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#Economie/ Les victoires peuvent passer par des batailles perdues ! Faut-il repenser la mondialisation ?

  • #Economie/ Les victoires peuvent passer par des batailles perdues ! Faut-il repenser la mondialisation ?

Par Dr. Feryel OUERGHI
Maître de Conférences en Sciences Economiques-
La crise sanitaire actuelle du CORONAVIRUS a dévoilé de grandes faiblesses dont souffre le système économique mondial. Plusieurs décideurs et experts se posent la question sur la fin de l’ère de la mondialisation, d’autres appellent à réfléchir une nouvelle forme de cette dernière. D’une façon générale, les crises permettent aux acteurs politiques et économiques de remettre en cause le système prévalant en procédant à une analyse et une appréciation des forces et des faiblesses. Toutes les institutions économiques et financières internationales, à l’instar de la Banque Mondiale, du FMI ou de l’OMC, sont nées après la deuxième guerre mondiale, afin de remédier aux limites de l’ordre économique mondial prévalant avant la guerre. Sommes-nous en phase de destruction créative ou sommes-nous en train de perdre une bataille pour gagner d’autres ?
Trente ans de mondialisation caractérisés par la remise en question de l’Etat providence et de la baisse progressive des services publics. Depuis le début des années quatre-vingt, le monde a connu une nouvelle division internationale du travail basée sur le seul aspect : la rentabilité !
Cette dernière a obligé la majorité des entreprises à se délocaliser à la recherche des faibles coûts de la main d’œuvre et a mené à des échanges de flux de capitaux quotidiens à des montants astronomiques à la recherche des rendements. Ce qui a mené à des systèmes économiques et financiers mondiaux de plus en plus interconnectés et interdépendants. Les pays ont perdu leur capacité à garder tout le processus de production des biens à l’échelle local, ils sont devenus un maillon dans une chaine : la chaine de valeur globale !
Il s’agit là d’une fragilité structurelle de tout le système, et c’est des fragilités que naissent les crises. Toutes les crises financières et économiques qui se sont produites dans le monde et à travers l’histoire, ne sont que l’expression de l’accumulation des fragilités dans le système. Il suffit d’un élément déclencheur pour que la crise s’éclate, c’est le cas du coronavirus actuellement.
La délocalisation des entreprises européennes et américaines vers l’Amérique Latine et le Sud Est Asiatique a fait profiter à ces pays émergents, ces derniers ne cessent à grimper dans le classement mondial aussi bien au niveau du commerce que de la production.
L’un de ces pays émergents est la Chine, une économie qui a réussi à réaliser une transition progressive en passant d’un modèle qui se base sur la croissance au détriment de la qualité à un modèle qui se base plus sur la qualité. Ce qui a permis au pays de s’en débarrasser progressivement de ses faiblesses structurelles telles que l’endettement élevé, l’épuisement des ressources ou la détérioration de l’environnement ; et de passer à un modèle économique qui favorise la recherche et le développement (R&D). C’est le deuxième plus grand pays investisseur au monde en R&D et le premier déposant de brevets au monde, et qui vise devenir le leadership mondial en matière de développement à l’horizon de 2035. La Chine continue à gagner des parts de marché au détriment d’autres puissance économiques mondiale tels que les Etats Unis et l’Europe.
La crise du CORONAVIRUS actuelle a dévoilé une fragilité systémique, à savoir la perte de la ‘’souveraineté industrielle’’ des pays surtout dans le secteur de la santé. La dépendance occidentale par rapport à la Chine en matière d’approvisionnement en médicaments par exemple prouve une grande faiblesse ; 60% des composants actifs utilisés en France sont produits en Chine et en Inde. Certains médicaments sont délocalisés à la recherche des moindres coûts, et pour augmenter les marges de profits lors de la ventes (tels que les antibiotiques, les médicaments contre le diabète et l’hypertension, les antidépresseurs, etc.). C’est aussi le cas de l’Italie, de l’Espagne, etc.
Ces pays doivent récupérer leur production nationale !
Il est trop tôt de parler de la fin de la mondialisation, il faut plutôt ‘’repenser la mondialisation’’ ou opter pour une politique de ‘’relocalisation’’. Étant donné qu’un des arguments de la délocalisation est la recherche des moindres coûts salariaux, ces derniers peuvent être remplacés par la robotisation de plusieurs tâches d’assemblage et de montage, en plus les coûts salariaux peuvent augmenter dans certains pays émergents, rendant la délocalisation peu intéressante. Un autre argument qui peut plaidoyer à la relocalisation, c’est les exigences environnementales, la pollution peut baisser si le transport international baisse en encouragent la production sur place.

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