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Après l’Aïd el-Idha, la Fête des mères : Chronique d’un passage de témoin émotionnel

  • Après l’Aïd el-Idha, la Fête des mères : Chronique d’un passage de témoin émotionnel

Par Rim Ouerghi

Il y a une ironie presque tendre, mais vertigineuse, dans le télescopage de notre calendrier cette année.

Pendant des semaines, la charge mentale des Tunisiennes a fonctionné à plein régime. Il a fallu orchestrer l’Aïd el-Idha : courir pour les préparatifs, passer des heures en cuisine, gérer le ballet incessant des visites familiales, veiller à ce que chaque détail soit parfait. Un marathon physique et psychologique où la maîtresse de maison s’oublie volontairement pour que la ferveur des autres puisse exister.

Et puis, à peine le tumulte de l’Aïd retombe-t-il, alors que les corps sont encore brisés par l’effort, une autre date s’impose immédiatement : la Fête des mères.

Entre l’Aïd el-Idha et la Fête des mères : Qui prend soin des Tunisiennes ?

C’est ici que se loge le cœur de ce passage de témoin émotionnel : au milieu de cette course effrénée, qui a eu le temps de penser à elle ?

Tandis que toute l’attention du foyer était focalisée sur les rituels et la logistique de l’Aïd el-Idha en Tunisie, la famille a-t-elle seulement eu un instant pour préparer la fête de celle qui a tout porté ? Dans le tourbillon des obligations familiales, a-t-on anticipé le cadeau, le geste, la pause de celle qui n’a pas arrêté de courir ?

La vérité est souvent là : prise dans le sillage de la grande fête religieuse, la Fête des mères est cueillie au vol, presque par surprise, par un entourage lui-même étourdi par les célébrations.

Le paradoxe de la femme tunisienne moderne : La culture du sacrifice

Pourtant, cette année, cette transition ne devrait pas être une simple ligne de plus sur le calendrier de la femme tunisienne moderne. Elle doit changer de sens. Elle doit devenir une urgence, un antidote à l’épuisement.

Cette journée de reconnaissance ne peut plus se contenter de célébrer la « maman » de manière abstraite. Elle doit venir réparer la fatigue de la femme d’il y a quarante-huit heures. Elle doit être la réponse directe  à ses pas comptés par centaines entre la cuisine et le salon, à son dos courbé par le poids des traditions tunisiennes qu’elle maintient en vie à bout de bras.

Célébrer les mères aujourd’hui, ce n’est pas leur demander de continuer à sourire sur une photo de famille impeccable.

Redéfinir nos traditions : Offrir la santé mentale en cadeau

Recevoir des fleurs et des mots doux est une joie légitime. Mais le plus beau manifeste de gratitude que notre société pourrait offrir à ses femmes rétrospectivement, c’est de comprendre que leur dévouement n’est pas un puits sans fond. La santé mentale des mères et leur bien-être doivent devenir une priorité quotidienne, bien au-delà d’une seule journée symbolique.

Cette année, que la Fête des mères soit le point final du marathon de l’Aïd. Le moment sacré où la reine du foyer quitte la scène des devoirs pour s’asseoir, enfin, au centre des attentions.

Sans culpabilité. Sans avoir à s’en excuser. Juste pour recevoir, à son tour, un peu de la douceur qu’elle distribue sans compter.

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