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#Economie- Suite à la crise du coronavirus, la Tunisie sombrera-t-elle dans une sévère récession économique ?

  • #Economie- Suite à la crise du coronavirus, la Tunisie sombrera-t-elle dans une sévère récession économique ?

Dr. Feryel OUERGHI
Maître de Conférences en Sciences Economiques –
Le coronavirus a déclenché une crise sanitaire à l’échelle planétaire, qui à son tour a causé une sévère perte sur les grandes places financières dans le monde. Bien qu’il reste difficile de prévoir le taux de croissance mondiale pour l’année 2020, plusieurs institutions financières internationales ont révisé à la baisse leurs pronostics.
La croissance de l’économie mondiale s’est établie à 2,9% en 2019 et le FMI anticipait encore en janvier une croissance de 3,3% pour 2020, appelant néanmoins à une actualisation des prévisions. L’OCDE à son tour, baisse ses prévisions de croissance de 0,5 point et table sur une augmentation du PIB mondial de 2,4 %.
Plusieurs pays dans le monde ont revisé à la baisse leur taux de croissance, à l’instar de la Chine, qui prévoit un taux de croissance de 4.9% seulement, ou la France qui prévoit un taux de 0.9%. Face à une telle situation, les autorités publiques viennent en aide en urgence aux entreprises et aux ménages afin de maintenir leurs économies. La Chine a débloqué 43 milliards de dollars, le Japon quatre milliards de dollars, l’Angleterre 35 milliards d’euros et l’Italie 25 milliards d’euros. Les Etats-Unis et l’Angleterre ont baissé le taux d’intérêt afin de faciliter l’accès aux crédits des agents économiques.
Mais face à une telle situation, qu’en est-il pour l’économie tunisienne ?
Une économie qui peine déjà depuis plusieurs années, avec un déficit budgétaire de 3.5% et un taux d’endettement de 75% du PIB en 2019. L’Etat tunisien serait-il en mesure d’intervenir pour soutenir l’économie ?
La crise sanitaire a déjà touché le secteur touristique, qui représente 14.2% du PIB. Selon Jabeur ATTOUCH, le président de la Fédération Tunisienne des Agences de voyages, le coup est dur avec un taux d’annulation des réservations dans des hôtels tunisiens qui a atteint 45%. L’annulation des vols à certaines destinations et la suppression du pèlerinage, causeront des pertes colossales à la compagnie aérienne Tunisair, selon son PDG, Elyes MNAKBI.
La perturbation de la production chinoise durant ces dernières semaines, causera obligatoirement des perturbations au niveau de l’acheminement des marchandises vers la Tunisie, un pays avec lequel notre déficit commercial représente 30%. Ce qui entraînera à son tour des perturbations au niveau des chaines de productions de plusieurs entreprises tunisiennes, étant donné qu’on importe de la chine les matières premières, les machines, les accessoires, équipements, etc. Les entreprises tunisiennes seront touchées aussi par le ralentissement de l’activité (baisse du nombre d’heures du travail par jour suite au passage au régime de séance unique et à l’imposition du couvre-feu) et à la baisse de la consommation.
A ces problèmes s’ajoutent le repli prévu des Investissements Directs Étrangers et la baisse attendue des exportations suite à la baisse de la demande mondiale.
L’intervention de la Banque Centrale de Tunisie en baissant d’un point le taux d’intérêt est une tentative pour contenir les effets désastreux du coronavirus, ce qui permettra d’alléger les charges financières des entreprises, en particulier les PME, afin de préserver leur pérennité et leurs effectifs. D’un autre côté, le fardeau financier des personnes endettées auprès des banques va être allégé, ce qui permettra un pouvoir d’achat supplémentaire face à la conjoncture actuelle.
Cette mesure doit être accompagnée par d’autres afin de soutenir les entreprises, notamment la baisse du taux des réserves obligatoires, le report de paiement des tranches de crédits arrivant à échéance ou la possibilité d’octroyer de nouveaux financements.
Au niveau de la politique fiscale, l’Etat peut proposer un report des paiements de la déclaration fiscale et des cotisations sociales pour les entreprises en difficulté.
L’Etat peut également consacrer un fond pour encourager les jeunes à s’engager dans l’entrepreneuriat, ce qui peut résorber le taux de chômage.
Un seul point positif, c’est la baisse du prix du pétrole, qui peut permettre à l’Etat d’alléger le fardeau des subventions en énergie, cependant il ne faut pas les surestimer.
Toutefois, il reste difficile pour un pays fortement endetté, d’appliquer de telles politiques, les sources de l’Etat sont déjà limitées. Le recours aux organismes internationaux et à l’endettement extérieur est d’un côté de plus en difficile vu les circonstances internationales et d’un autre côté peut engager la Tunisie dans un problème de non soutenabilité de la dette publique, difficile à gérer.

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