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Des enfants de l’Etat moderne capables de défier les donneurs de leçons!

  • Des enfants de l’Etat moderne capables de défier les donneurs de leçons!

Par Dr RejebHaji-
« En politique, on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables.»
Georges Clemenceau.
A l’évidence, le rôle d’un ambassadeur est généralement très mal connu, il faut le reconnaître. En effet chacun sait ce que fait un policier, un juge, un avocat, un sportif, même un gouverneur, symbole de l’autorité et responsable de l’ordre dans sa région, et on pourrait identifier à loisir les professions. Mais un diplomate, c’est quoi en fait? On les connaissait peu.
A l’exception d’une minorité de gens, ceux qui vivent en dehors du pays, le connaissent, puisqu’il est leur interlocuteur habituel dans leur vie quotidienne (carte de séjour, passeport, carte d’identité, extrait de naissance,…). Dans certains pays, le recrutement pour les fonctions de souveraineté, comme la diplomatie, passe par la fonction publique et donc par des concours. En France par exemple, les lauréats des « grands concours » (ENA) accèdent aux postes d’ambassadeurs. Ceux des « petits concours », celui de Secrétaire des affaires étrangères, il leur est réservé les fonctions consulaires ou des postes plus modestes.
Les emplois d’ambassadeurs sont considérés dans la Constitution française comme des emplois « réservés » c’est-à-dire à la discrétion du Président de la République. L’ambassadeur classique choisi, dont l’âge est en moyenne autour de 45-50 ans, après sa nomination et dans un délai de six mois, est tenu de présenter un plan d’action, avant d’avoir l’approbation du Ministre.
Mais avec le développement exponentiel des médias, le rôle de la diplomatie s’est cantonné dans la gestion des relations bilatérales. Mieux encore, les diplomates, dans leurs nouvelles missions, se consacrent à la recherche des confidences, offrent leurs services pour aider des prétendants au pouvoir, accordent des soutiens de principe et des appuis non négligeables pour la course à l’information. Ils sont réduits alors à la recherche des sbires, surtout binationaux, qui font du zèle. Leurs projets sont surtout d’ordre culturel, c’est-à-dire assurer la présence de la culture d’origine et de son développement à travers le pays où ils sont accrédités.
Un ambassadeur doit quitter la capitale, son lieu de travail et de résidence, pour organiser des déplacements et ne pas se limiter à du tourisme administratif. Il se déplace à l’intérieur du pays, soi-disant pour ne pas se couper des réalités et être aux faits des évènements. Ajouter à ce panorama subtil, il reçoit des centaines de personnalités diverses dans sa résidence, priorité aux élites et évidemment aux binationaux. Il faut avoir à l’esprit le passé de tel ancien ministre, le pourquoi de son limogeage, même les liens familiaux de son épouse ! Pour couvrir les frais, la recherche de sponsorisation est devenue pratique courante. La fête française du 14 juillet, par exemple, ne couterait pas un sou au contribuable français. « Cette terre est à l’image de ces fruits offerts par le Groupe Poulina et son entreprise, les Fruits de Carthage. » soulignera l’ambassadeur français. Mais pour mieux saisir ce nouveau rôle, il suffit de suivre l’ambassadeur de France et ses cavalcades à travers le pays, le parcourant du Nord au Sud. S’habillant s’il le faut du costume de la région, partageant le repas avec l’autochtone et même être plus qu’un fervent supporteur si besoin de l’équipe se fait sentir ! C’est la nouvelle orientation impulsée aux diplomates. Le pays d’accueil doit s’en méfier et exiger la réciprocité. L’objectif apparent est de comprendre le pays, les gens, les mentalités.
Le signal a été donné par la politique étrangère allemande (Diplomatie N° 74, Mai-Juin 2015). Son engagement dans « les domaines de la diplomatie culturelle, l’aide au développement et le soutien civil dans les régions en crise » où « près de 200 bureaux à l’étranger des fondations politiques disposant de moyens considérables, telles que la Fondation Konrad Adenauer (proche de la CDU) ou la Fondation Friedrich Ebert (proche du SPD). » Destinée « à promouvoir le dialogue politique et sociétal, afin de s’engager dans la promotion de la démocratie dans les régions en transformation, sans être soumis à la diplomatie allemande.
Il s’agit de promouvoir la démocratie en soutenant la société civile et les courants qu’ils jugent démocratiques. C’est la voie tracée par l’Allemagne et suivie aujourd’hui par la France. Il suffit de revenir au discours de l’Ambassadeur du 14 juillet. Une lecture approfondie de ce document mérite de la part de l’élite tunisienne, aujourd’hui déracinée et démobilisée, qu’elle s’y arrête. La conduite hors norme et le peu de respect de la déontologie confirment nos appréhensions. Ces déclarations ajoutées à l’interview de l’ambassadeur de l’UE au journal « le monde » sont à mon sens des fautes politiques, non encore réparées par des excuses au peuple tunisien. Quel dommage que ces missionnaires se trompent de diagnostic au sujet de la révolution d’un peuple, asservi par une dictature éhontée ! Mais le raccommodage des déclarations n’est pas un art facile. Comme il ne s’agit plus de remuer le couteau dans la plaie et tirer sur des ambulances, laissons au temps le temps du jugement de leurs déclarations.
Ceux qui espèrent entendre la participation chiffrée et la réponse aux engagements non tenus pour aider à reconstruire le pays, hâter sa transition démocratique et trouver en particulier une solution des immigrés tunisiens, seront déçus. Il est vrai que la plupart des partis européens sont aux abois et connaissent une poussée vers une droite dure, proche de l’extrême. Pour atténuer les effets, certains recourent à la flatterie et à l’histoire commune. Quelles solutions proposent-ils pour renforcer les liens d’amitié et de voisinage ? Il peut agir sur la consolidation des efforts pour lutter contre la discrimination et renforcer le front de lutte contre le terrorisme. La révolution spontanée du peuple tunisien repose sur une unité nationale qui a résisté à travers les crises. La sécurité de tous ne tardera pas à être assurée et l’effort poursuivi dans cette voie est un garant contre les menaces intérieures et extérieures qui guettent la révolution.
La coordination avec l’armée ne fera que renforcer la confiance du citoyen pour rebâtir son économie, refaire fleurir son tourisme, trouver de nouveaux débouchés pour ses chômeurs et inventer un nouveau système politique qui serait une garantie contre le conservatisme quelle que soit son origine.
Quant à la décentralisation, je doute fort qu’elle puisse être poursuivie telle que consignée dans la constitution. Ses risques seront graves pour un pays en quête de nouvelles solidarités agissantes. Le rôle de l’Etat ne sortirait pas renforcé pour corriger les inégalités. Au contraire, elle exacerberait à coup sûr les inégalités là où elle devrait être réduite. Il faut éviter les fausses réformes et les promesses sans lendemain, souvent encouragées par des tiers.
La Tunisie que nous aimons et que nous avons servie avec droiture et rigueur ne doit pas tourner à vide. Notre histoire a fait de nous ce que nous sommes, des enfants de l’Etat moderne, capables de défier les donneurs de leçons ! Un bel héritage à protéger de certains qui font le choix d’enfourcher la cause révolutionnaire, au profit de leur parti, de leurs idées rétrogrades et de leurs pourvoyeurs de fonds.
L’expérience démocratique européenne soumise à notre réflexion, ne fera que nous conforter dans le chemin que nous avons choisi. Même si le modèle est en crise et même si on assiste à des flots de sociétés civiles et de partis politiques de finances inconnues et contestées, le peuple continuera « son ébullition » pour dominer sa situation catastrophique de surendettement et de soumission à la vindicte de la finance internationale. Il puisera de sa jeunesse les efforts nécessaires pour se passer de ces conférences sans intérêt et de ces conférenciers au payement mirobolant.
Conscient que toute sa panoplie ne ferait que retarder son aspiration à la prospérité. Seul un recours aux hommes d’action et à l’intelligence des tunisiens, pourra remettre le pays en mouvement. L’histoire est là pour renforcer la conscience collective de la société. Ce dénominateur commun qui nous unit et qui mérite d’être renforcé en cette période de crise, c’est celui de « rendre notre révolution plus crédible, notre pays plus en sécurité, viable et agréablement vivable ».
Pour l’asseoir faut-il, comme ailleurs, légiférer par la loi même si souvent elle provient de l’exécutif. Ses nouveaux marqueurs seraient, par exemple, la probité, l’obligation de l’exemplarité et de l’éthique. La priorité pour notre pays, demeure la diminution du chômage. Un regroupement de toutes les structures existantes et la création d’un guichet unique qui aurait en charge des pôles d’emploi : Il agirait comme une météo de l’emploi dans toutes les régions de la République.
A l’heure d’internet tout le monde voit tout et se compare avec le reste du monde. L’enjeu n’est pas de fractionner le pays mais d’asseoir son unité autour d’une vision crédible! Le numérique, la voie de l’avenir, où chacun peut avoir sa place, peut y aider. Certains politiciens, de droite comme de gauche, veulent nous faire douter de ce que nous sommes, même si ceux qui ont pris le pouvoir l’ont mené, là où il est, proche de la déshérence ! On se croit tout permis dans la Tunisie moderne édifiée par Bourguiba et ses compagnons et il faut jouer toutes les cartes quitte à devenir des autocrates ! Seule compte la transparence de l’Histoire et non les règlements de compte personnels, encouragés par-ci par-là. Prenons l’ambassadeur au mot et suivons sa démarche à la lettre. Il avoue et c’est son mérite : « Mais je pense également, avec un fort sentiment d’émotion, à ce grand syndicaliste, FarhatHached, victime d’un odieux assassinat perpétré sous le Protectorat. Ce crime, nous nous devons, nous Français, d’en reconnaître l’origine… Je propose donc aujourd’hui qu’une commission de chercheurs des deux pays fasse apparaître, avec précision, la vérité et les responsabilités.» Ce sont des actes qu’on attend et non des vœux pieux!
Concluons par le rappel de son Ministre des affaires étrangères et souhaitons qu’il soit dans les actes de la diplomatie nouvelle: « Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères a encore rappelé récemment qu’il ne nous appartient pas de juger, de nous exprimer sur des lois votées à l’Assemblée des représentants des peuples ou de prodiguer conseils ou mises en garde. » Ainsi soit-il !
H.R.
*Dr d’Etat en économie, Dr en statistique, Diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris, suivi d sessions à Harvard, IAE de Paris, …, Diplômé de l’Institut de Défense Nationale (4ième promotion), chef de cabinet du feu Mohamed Sayah…Titulaire de plusieurs décorations (ordre de l’indépendance, ordre de la République,…)

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