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L’avenir immédiat est-il  un chemin de roses !?

  • L’avenir immédiat est-il  un chemin de roses !?

 
Par Dr  RejebHaji*

 « Que l’on se place sur le plan économique, sur le plan social ou sur le plan politique, il n’est de succès que par l’union, le sens du collectif, de la confiance réciproque entre peuple et gouvernants. »                                   Habib Bourguiba,  20 novembre 1958.

  La crise économique mondiale, ces dernières années, n’a épargné aucun pays quel que soit son système politico-social. Les révolutions du printemps  l’ont subie de plein fouet  et les promesses d’aide des pays riches sont restées lettre morte donc sans lendemain.
Il est vrai que les causes de la crise remontent  à la tendance de ces Etats à dépenser plus qu’ils ne possèdent. Ils se sont retrouvés, aujourd’hui, accablés de dettes et leur souveraineté confisquée par les prêteurs, sans état d’âme. En ce début d’année 2018, une lueur d’espoir, celle de la croissance qui pointe. On assiste, en effet, à l’amorce du redressement  dans des pays partenaires. Il faut espérer que les effets induits de leur croissance, vont entraîner notre économie à la sortie de sa torpeur.
En parallèle, un effort doit être fait  pour stabiliser les comptes et lutter contre des piliers que sont l’économie parallèle et le gaspillage des ressources. Les améliorations sociales deviennent nécessaires et urgentes car elles peuvent avoir comme conséquences d’accroître le pouvoir d’achat et par suite la demande. Par contre le recours à l’imposition, tel que prévu dans le budget 2018, ne fera qu’accentuer  les déficits et plonger les indicateurs économiques, déjà au rouge, dans l’abîme. Notre monnaie, reflet de notre économie, poursuit sa descente aux enfers.
         Comment concilier une expansion souhaitée, sans hausse des prix ?
Une question qui demeure sans réponse. Aucun gouvernement n’a réussi à résoudre totalement cette contradiction. Seules des tentatives pour réduire les conséquences négatives ont été avancées. Les années sombres où le « politicard » a pris les rênes du  pouvoir et a conduit le pays là où il se trouve, c’est à dire, au bord de la rupture et de la faillite, ont été néfastes sur tous les plans économique, social et même environnemental. L’élite a été démobilisée donc absente de la sphère politique.
Des ilots d’économistes perdus, çà et là, dans un océan politique sans fond, n’ont pu trouver le bon entendeur. Ils se sont alors rabattus sur les institutions internationales et ont mis leur savoir dans le rapport préparé par  la Banque Mondiale intitulé « la révolution inachevée ».Ils ont été ses principaux auteurs.
Les rêveurs d’une véritable révolution, celle qui devrait aboutir à un bouleversement politique conduisant à un changement de régime ont eu pour leur compte, une succession de gouvernants sans âme et sans projet.  Une gouvernance qui se compte par centaines de ministres, certains venus d’ailleurs avec double nationalité, sans expérience du pouvoir, peu aptes à la gestion des affaires. Leur bilan se résume en une accentuation du chômage et une augmentation de la pauvreté.
Notre révolution spontanée demeure sans leadeur charismatique, ni idéologie revendiquée, ni débats d’idées pour reconstruire Carthage et lui rendre son apogée. Seuls apparaissent  un conservatisme d’un autre temps et un repli sur les valeurs traditionnelles : famille, religion, morale. Pourtant la société post-bourguibiste a évolué vers la modernité par  une évolution des mœurs, une tolérance accrue et une plus grande ouverture sur l’environnement.
Misant sur  la faiblesse du pouvoir d’alors, la radicalité a pris racine, en phase avec les changements. Au nom d’une  liberté retrouvée,  des sites véhiculant les idéologies extrémistes rencontrèrent un succès croissant. Leur naissance pourrait être considérée comme une réaction contre le chômage, l’injustice, la pauvreté, la corruption que le pouvoir, en favorisant par sa politique, en premier lieu  ses alliés, a été incapable  à lui seul de les juguler voire de les éradiquer. Cette absence de liberté a été, d’ailleurs, à l’origine de la prolifération des organisations non gouvernementales et même des partis politiques.  Ces associations, sans contrôle de leur financement, représentent un danger imminent pour une souveraineté gravée dans le marbre par le sang des martyrs.
Après l’échec de l’expérience de la troïka sous l’égide d’Ennahdha, dont le marqueur demeure le modèle institutionnel choisi- la constitution- les tunisiens ont  rééquilibré leur choix aux élections suivantes dans l’espoir d’aller de l’avant pour satisfaire les objectifs de leur révolution. Les gérants de la révolution n’ont pas été de toute clarté quant au fonctionnement de l’Etat. Cet ensemble d’administrations composé d’hommes et de femmes qui travaillent selon leurs habitudes, avec une organisation pyramidale, où  les instructions proviennent de la hiérarchie. Certains se sont trouvés au banc des accusés pour avoir exécuter des ordres. S’il est admis que toutes les révolutions ont été confrontées au problème de la loyauté des services de l’Etat, souvent la création d’une justice transitionnelle a été préférée à l’épuration pure et simple. Qu’en est-il de la nôtre ?
La troïka, il est vrai, a gagné les élections mais pas le pouvoir, car il faut une génération pour bâtir une nouvelle administration. Leur recrutement anarchique a été fort coûteux et  n’a fait qu’alourdir l’Administration et donc son fonctionnement. Comme les révolutions vieillissent mal parce qu’elles heurtent des intérêts et des convictions, il y a lieu de chercher à les revivifier en trouvant les compromis nécessaires et en appelant au consensus le plus large.
Avec ses failles, ses faiblesses, ses difficultés et ses déceptions, il faut malgré tout, protéger notre révolution, par le choix des hommes et des femmes dont les marqueurs seraient la probité, l’obligation de l’exemplarité et de l’éthique. Il est temps de réagir, le pays est proche de la déshérence ! La démocratie c’est le respect de la loi.
Mais certaines actions sont nécessaires pour consolider l’unité nationale, mise à mal ces derniers temps, car l’avenir immédiat n’est pas un chemin de rose. Les défis sont immenses : le chômage, la sécurité, l’emploi, la lutte contre le terrorisme…L’implication de toutes les forces vives dans la vie de la cité pourrait être la voie de sortie.
Éloigner, pour un moment, les responsables des partis politiques de la gouvernance et leur demander de sensibiliser leurs militants pour un appui au gouvernement,  le temps restant de la législature, serait un acte de bravoure sans égal et de patriotisme sans limite. Ils pourraient être la soupape de la marmite qui bouillonne et s’inscrire ainsi comme ceux qui  auront contribué à rendre au pays son souffle et à l’économie sa crédibilité.
Ils auront le temps de préparer à loisir leurs troupes aux élections futures, cogiter leur feuille de route et dessiner les contours de la société qu’ils nous proposent. La réflexion serait alors centrée pour eux sur l’entreprise et la famille, les deux composantes essentielles du futur.
Quant à la gouvernance, mieux organiser sans doute pour innover, devrait tenir des réunions trimestrielles avec les premiers responsables  des organisations nationales représentatives et des grands partis sortis des urnes, conformément aux dernières élections. Ensemble, ils peuvent passer au crible la situation générale du pays, pour apporter les correctifs nécessaires à temps et désamorcer  les conflits latents.
Un travail important pourrait être l’œuvre de commissions choisies pour leur connaissance du domaine et désignées par le Premier Ministre voire même par le Président de la République. Ils auront à débattre, à dialoguer, à consulter non dans la confrontation mais par la voie du dialogue et de la concertation. Ils constitueront une boite à idées où aucune question n’est taboue. Sans personnalisation de problèmes, ni silence complice, ni démon numide mais une réflexion responsable qui transcende les courtes vues des politiques d’aujourd’hui.
L’avenir de la Tunisie se joue sur ce qui se fait et sur ce que nous avons tous à bâtir en commun, dans le respect de la loi puis à le défendre et à le sauvegarder. Le monde nous observe et les délateurs nous guettent ! Ces derniers rêvent de transformer des protestations pacifiques en violence, ils vont vers un échec assourdissant car notre peuple aguerri ne se laissera pas faire ! Il sait que,  comme disait Sénèque, « Par la crainte de l’avenir, nombreux sont ceux qui empoisonnent le présent » !
H.R.

*Dr d’Etat en économie, Dr en statistique, Diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris, Diplômé de l’Institut de Défense Nationale (4ième promotion), chef de cabinet dans plusieurs ministères…

 
 
 

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