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Pour la première fois documentée à cette échelle, la majorité des personnes qui migrent en Europe et en Asie centrale sont des femmes — non plus pour suivre un conjoint ou un parent, mais pour étudier, travailler, fuir un danger ou se reconstruire ailleurs, seules. Un rapport d’ONU Femmes vient de le mettre en chiffres.
Par la rédaction — Femmes Maghrébines
« Pendant trop longtemps, la migration a été perçue comme neutre du point de vue du genre. » La phrase, prononcée par Belén Sanz Luque, directrice régionale d’ONU Femmes pour l’Europe et l’Asie centrale, ouvre un rapport qui vient bousculer une idée reçue tenace : celle d’une migration essentiellement masculine, où les femmes ne feraient que suivre. Publié le 16 juillet 2026, le document révèle qu’elles représentent désormais 54 % de l’ensemble des migrants de la région — un basculement que l’organisation qualifie de transformation fondamentale plutôt que de simple évolution statistique.
54 % des migrants d’Europe et d’Asie centrale sont aujourd’hui des femmes, selon le rapport d’ONU Femmes.
13 Mde femmes nées dans la région vivent aujourd’hui à l’étranger, tandis que la région accueille plus de 9,5 millions de migrantes venues d’ailleurs.
61 %des migrants moldaves arrivés dans l’Union européenne entre 2022 et 2024 étaient des femmes ; 56 % pour l’Ukraine.
Le changement le plus significatif que documente le rapport tient moins au nombre qu’à la nature du départ. Les femmes migrent de plus en plus de manière indépendante, à la recherche d’éducation, d’un travail décent, de sécurité et de perspectives économiques — et non plus principalement pour accompagner un membre de leur famille. Dans les Balkans occidentaux et en Türkiye, plus de la moitié des étudiants partis étudier à l’étranger sont des femmes, dont beaucoup restent ensuite sur place pour y construire une carrière.
Mais cette autonomie nouvelle se heurte à un plafond bien réel. Les migrantes les plus diplômées peinent fréquemment à trouver un emploi à la hauteur de leur qualification : près de 45 % des migrantes originaires de Macédoine du Nord, 50 % de celles venues d’Albanie et 55 % de celles arrivées du Kosovo se retrouvent surqualifiées pour les postes qu’elles occupent. Le vieillissement démographique du continent européen, par ailleurs, alimente une demande croissante de main-d’œuvre féminine migrante dans le travail domestique, les soins de longue durée, l’hôtellerie et le commerce de détail — des secteurs où l’emploi reste souvent informel, mal rémunéré et insuffisamment protégé, ce qui accroît les risques d’exploitation et de violences fondées sur le genre. Entre 30 et 50 % des migrantes originaires du Kirghizistan et du Tadjikistan, respectivement, y sont employées.
« La migration a un visage de femme. Il est temps de le voir. »
II.La guerre et le climat, deux moteurs qui redessinent les départs
Ce basculement démographique ne se produit pas dans le vide. Il s’inscrit dans un contexte marqué par la guerre à grande échelle en Ukraine, les bouleversements géopolitiques dans le Sud-Caucase, les dynamiques post-conflit non résolues des Balkans occidentaux, et des pressions climatiques en intensification — inondations, sécheresses, séismes, pénuries d’eau et vagues de chaleur extrême. À l’intérieur même de l’Ukraine, près de 60 % des foyers déplacés à l’intérieur du pays sont aujourd’hui dirigés par des femmes, reflet direct de l’impact disproportionné de la guerre sur leur vie et leurs moyens de subsistance.
Le climat s’impose par ailleurs comme un moteur migratoire à part entière : le rapport estime que jusqu’à 2,4 millions de personnes pourraient être déplacées d’ici 2050 en Asie centrale du seul fait des catastrophes liées au changement climatique — une projection qui replace la question migratoire féminine dans un enjeu bien plus vaste que la seule géopolitique régionale.
UNE RÉALITÉ QUI RESTE DANGEREUSE POUR BEAUCOUP
Le rapport documente aussi une zone d’ombre persistante : la traite des êtres humains. En 2022, les femmes et les filles représentaient 74 % des victimes de traite identifiées en Albanie, 93 % au Kosovo et 81 % au Monténégro. En Türkiye, elles constituaient 82 % des victimes identifiées entre 2019 et 2023 — plus de la moitié des cas relevant de l’exploitation sexuelle. Les femmes et filles issues de communautés marginalisées, notamment roms, y restent particulièrement exposées, avec un accès souvent limité à la protection, à la justice et à un accompagnement de long terme.
III.Ce que réclame ONU Femmes
Le rapport appelle les gouvernements et leurs partenaires à renforcer une gouvernance migratoire sensible au genre : élargir les voies de migration sûres et régulières, protéger les droits professionnels des migrantes, améliorer la reconnaissance de leurs qualifications, investir dans une protection sociale adaptée, et garantir leur pleine participation aux décisions qui concernent leur propre vie. Pour Belén Sanz Luque, quelle que soit la raison du départ — fuite d’un conflit, d’une violence, d’une catastrophe, ou quête d’éducation et d’opportunité — les femmes méritent des parcours migratoires sûrs, fondés sur les droits, et adaptés à leurs réalités.
Derrière chaque statistique de ce rapport se dessine une même figure : celle d’une femme qui ne suit plus, mais qui décide. Reste à savoir si les politiques migratoires de la région sauront, enfin, la voir.
Femmes Maghrébines — Actualité
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