Fora’ESS : « Les femmes ne sont pas des bénéficiaires, mais les décideuses de l’économie sociale et solidaire »
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La Tunisie rurale fait face à un double défi historique : d’un côté, une urgence climatique marquée par des années de sécheresse consécutives et un stress hydrique critique ; de l’autre, une précarité économique qui frappe de plein fouet les femmes, pourtant piliers invisibles du secteur de l’agriculture.
C’est dans ce contexte tendu qu’a été officiellement lancé le projet « FATIMA » (Femmes, Agriculture, Technologie, Innovation et Marchés d’Avenir). Dotée d’un budget de 3,26 millions d’euros, cette initiative sur 36 mois ne se contente pas d’apporter une aide ponctuelle : elle ambitionne de restructurer le modèle agricole de quatre gouvernorats clés en combinant haute technologie, durabilité environnementale et émancipation financière.
Le Plan Mattei en action : Un consortium international au chevet du Sud et du Centre
Financé par le ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale via l’AICS (Agence italienne pour la coopération au développement), FATIMA est l’une des déclinaisons concrètes du Plan Mattei pour l’Afrique. Ce programme s’appuie sur une alliance stratégique entre des institutions de premier plan :
Le choix des zones d’intervention n’est pas le fruit du hasard. Le projet cible quatre gouvernorats confrontés à des réalités climatiques extrêmes mais dotés d’un fort potentiel de résilience : Kairouan et Sidi Bouzid (Tunisie centrale), ainsi que Tozeur et Kébili (zones oasiennes du Sud).
Décryptage : Les trois leviers scientifiques et sociaux du projet
Pour transformer durablement ces régions, le projet FATIMA refuse les solutions génériques et déploie une stratégie articulée autour de trois axes interconnectés.
Face à la raréfaction de l’eau, l’agriculture traditionnelle tunisienne doit muter. FATIMA va introduire des technologies de rupture adaptées aux petites exploitations :
En Tunisie, les femmes représentent une part massive de la main-d’œuvre agricole, mais la grande majorité travaille sans couverture sociale, sous-payée et sans accès à la propriété terrienne. Le projet FATIMA attaque ce problème structurel de front :
L’un des plus grands freins pour les petits producteurs tunisiens reste la dépendance aux circuits de distribution traditionnels et aux intermédiaires (les « gacharas »), qui captent l’essentiel de la valeur ajoutée. FATIMA prévoit la création de chaînes de valeur locales courtes et équitables. L’objectif est de connecter directement les groupements de femmes aux marchés régionaux, nationaux, voire internationaux (notamment pour les produits oasiens de Tozeur et Kébili comme les dattes et leurs dérivés), garantissant ainsi un revenu digne et stable.
Quels impacts concrets attendus d’ici 3 ans ?
L’évaluation du projet reposera sur des indicateurs de terrain très précis. L’initiative vise à impacter directement 1 200 bénéficiaires directs (femmes et jeunes entrepreneurs agricoles) et à améliorer indirectement les conditions de vie de près de 10 000 personnes au sein des communautés rurales.
L’enjeu global : Au-delà des chiffres, le succès de FATIMA servira de laboratoire pour la Tunisie. Si ce modèle associant autonomisation des femmes et gestion technologique de l’eau fait ses preuves à Kairouan ou à Sidi Bouzid, il pourrait redéfinir la politique nationale d’extension des périmètres irrigués et de stabilisation des populations rurales face à l’exode et au changement climatique.
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