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Un nouveau rapport publié par l’Association Femme et Citoyenneté au Kef met en lumière une réalité glaçante : 78,4 % des violences faites aux femmes dans le gouvernorat du Kef sont d’origine conjugale. Ce chiffre, tiré du rapport annuel 2024 sur les violences basées sur le genre, révèle l’ampleur d’un phénomène encore trop banalisé, ancré dans les sphères privées, et souvent ignoré par les politiques publiques.
Présenté ce mercredi à Tunis, ce rapport s’inscrit dans le cadre du projet « Protection des femmes victimes de violences et prévention des féminicides en Tunisie », mis en œuvre par l’association. Il s’appuie sur une méthodologie mixte, combinant données quantitatives et témoignages qualitatifs recueillis auprès des femmes ayant sollicité l’appui du Centre Manara d’écoute et d’orientation.
Selon la coordinatrice du rapport, Monia Gharri, cette prévalence du violence conjugale révèle une normalisation inquiétante des rapports de domination dans l’espace privé, renforcée par des normes sociales qui culpabilisent les femmes et les incitent à garder le silence pour « préserver la famille ».
Le rapport note par ailleurs que 93,75 % des femmes ayant sollicité de l’aide en 2024 ont subi des violences psychologiques, considérées comme l’une des formes les plus destructrices, bien qu’invisibles. Ces violences incluent les humiliations, les menaces, la dévalorisation constante et le contrôle coercitif.
La majorité des survivantes de violences recensées au Kef en 2024 sont sans emploi (70,13 %), un facteur aggravant leur dépendance et leur exposition aux abus. De plus, 13,88 % d’entre elles sont analphabètes ou n’ont qu’un niveau primaire, ce qui limite drastiquement leur accès à l’information sur leurs droits, notamment concernant la loi organique n°58, entrée en vigueur en 2017.
L’isolement géographique est également un frein majeur : 27,9 % des femmes rurales n’ont pas pu accéder aux dispositifs prévus par la loi 58, en raison du manque d’unités spécialisées et de la difficulté à se déplacer.
Bien que pionnière à l’échelle régionale, la loi 58 contre les violences faites aux femmes souffre d’une application partielle et lente. Le délai d’obtention d’ordonnances de protection est souvent trop long, exposant les femmes à un danger réel pendant des semaines. De plus, les décisions de justice ne sont pas systématiquement relayées aux autorités sécuritaires à temps, compromettant leur exécution.
Elyès Jebali, chargé de projet au sein de l’association, souligne :
« Le manque de coordination intersectorielle entre justice, sécurité, santé et services sociaux fait échouer l’accompagnement global des victimes. Nous sommes encore loin d’un système protecteur. »
Le rapport appelle à :
Accélérer l’émission et la diffusion des ordonnances de protection.
Renforcer la formation obligatoire des juges, policiers et unités spécialisées, y compris les juges de la famille.
Augmenter le nombre d’unités spécialisées dans le gouvernorat du Kef, pour rapprocher les services des femmes rurales.
Mettre en place un système national unifié de collecte de données sur les violences fondées sur le genre et les féminicides.
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