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Première femme à la tête de la Commission européenne, première femme ministre de la Défense en Allemagne, mère de sept enfants et médecin de formation : depuis Kiev, où elle vient de sceller un accord de défense inédit avec l’Ukraine, retour sur la trajectoire d’une femme qui a fait de la diplomatie de guerre un territoire qu’on lui refusait par principe.
Par la rédaction — Femmes Maghrébines
Le 15 juillet, à Kiev, Volodymyr Zelensky lui a passé autour du cou le tout nouvel Ordre de l’Europe, distinction créée pour honorer celles et ceux qui défendent le droit de l’Ukraine à exister en tant que nation indépendante. Quelques instants plus tard, Ursula von der Leyen annonçait un accord de défense inédit entre l’Union européenne et l’Ukraine, centré sur la production conjointe de drones. Ce geste diplomatique, le onzième déplacement en Ukraine qu’elle effectue depuis le début de la guerre, n’est pas un épisode isolé : il s’inscrit dans une trajectoire longue de deux décennies, où une femme a méthodiquement conquis des terrains — la Défense, la présidence de l’exécutif européen, la diplomatie de guerre — traditionnellement considérés comme les derniers bastions masculins du pouvoir.
1ʳᵉfemme à devenir présidente de la Commission européenne, depuis décembre 2019, et première femme ministre de la Défense de l’histoire allemande, dès 2013.
7enfants, nés entre 1987 et 1999, qu’elle a élevés tout en poursuivant une carrière de médecin puis d’élue.
11ᵉvisite en Ukraine depuis le début de la guerre, un chiffre qu’elle met elle-même en avant comme mesure de son engagement.
I.D’un cabinet médical aux ministères régaliens
Rien, sur le papier, ne prédestinait Ursula von der Leyen à la diplomatie de guerre. Née Albrecht en 1958 à Bruxelles, fille d’un haut fonctionnaire européen, elle étudie l’économie à Londres avant de se tourner vers la médecine, qu’elle exerce comme assistante en maternité à l’université de Hanovre. Elle met sa carrière entre parenthèses pour suivre son mari, chercheur, à Stanford, où elle est un temps femme au foyer avant de revenir en Allemagne se consacrer à l’épidémiologie et à la santé publique. Ce n’est qu’à 44 ans, en 2003, qu’elle entre véritablement en politique, élue au Parlement régional de Basse-Saxe.
Repérée par Angela Merkel, elle gravit alors les échelons du gouvernement fédéral allemand à un rythme inhabituel pour une femme dans un parti conservateur : ministre de la Famille en 2005, où elle impose un développement massif des crèches contre l’avis même de son propre camp ; ministre du Travail en 2009 ; puis, en 2013, ministre fédérale de la Défense — une première pour une femme dans l’histoire du pays. C’est dans ce ministère régalien, réputé le plus hermétique aux femmes, qu’elle affine la maîtrise des dossiers militaires et industriels qui structure aujourd’hui sa diplomatie à Bruxelles.
UNE ASCENSION, ÉTAPE PAR ÉTAPE
II.Une présidence forgée dans les crises
Élue en juillet 2019 à la tête de la Commission européenne dans des conditions disputées — elle ne devait initialement son nom qu’à un compromis entre chefs d’État —, Ursula von der Leyen prend ses fonctions en décembre de la même année, devenant la première femme à diriger l’institution depuis sa création. Son mandat est presque aussitôt happé par la pandémie de Covid-19, puis par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Deux crises majeures, dans lesquelles elle choisit de s’imposer comme une présence visible plutôt qu’en retrait : négociation groupée des vaccins pour l’ensemble des Vingt-Sept, plan de relance européen de 750 milliards d’euros, puis soutien continu à Kiev, matérialisé par des déplacements réguliers sur le terrain — le 15 juillet marquait le onzième.
Cette exposition constante lui vaut d’être désignée depuis 2022 « femme la plus puissante du monde » par le magazine Forbes, un classement qu’elle occupe plusieurs années consécutives. Elle n’est pas exempte de critiques : sa gestion jugée par certains observateurs plus verticale que celle de ses prédécesseurs, ou les questions soulevées sur ses échanges avec les laboratoires pharmaceutiques durant la crise sanitaire, ont nourri des controverses récurrentes à Bruxelles — un débat que Femmes Maghrébines rapporte ici pour mémoire, sans le trancher.
« Nous avons navigué dans les eaux les plus agitées que notre Union ait jamais connues, et nous avons gardé le cap. »
III.Kiev, dernier chapitre d’une diplomatie de terrain
L’accord annoncé le 15 juillet à Kiev illustre cette méthode : associer présence physique et annonce concrète. Le texte prévoit une coopération pour se protéger contre les drones et missiles de courte et moyenne portée, déployer à grande échelle des systèmes déjà éprouvés — y compris stockés hors du territoire ukrainien — et donner aux deux industries de défense la prévisibilité nécessaire pour investir. « Nous devons unir nos forces », a-t-elle déclaré, présentant l’accord comme la rencontre entre « l’ingéniosité ukrainienne » et la « puissance industrielle » du continent qu’elle représente.
Le contexte reste éprouvant : le jour même de sa visite, des frappes russes tuaient plusieurs civils à Odessa et dans la région de Soumy, tandis que le président serbe pro-Moscou participait, au même sommet régional à Kiev, sans que son pays n’ait rejoint les sanctions occidentales. Aucun accord de paix n’est en vue entre Kiev et Moscou. Mais pour Ursula von der Leyen, chaque déplacement de ce type sert un objectif constant depuis son entrée au ministère de la Défense allemand il y a treize ans : démontrer, par la présence et par l’action, qu’une femme peut occuper sans détour le terrain le plus régalien de tous, celui de la sécurité et de la guerre.
De la maternité de Hanovre au sommet de l’exécutif européen, la trajectoire d’Ursula von der Leyen tient en une conviction implicite plus qu’en un discours : les dossiers les plus durs de la politique — la défense, la guerre, la sécurité du continent — n’ont pas de sexe assigné. Kiev, le 15 juillet, en est la dernière démonstration.
Femmes Maghrébines
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