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Olivier Rousteing chez Rabanne : la couture comme émancipation, acte deux

  • Olivier Rousteing chez Rabanne : la couture comme émancipation, acte deux

Le styliste français, qui a redonné à Balmain quatorze ans de démesure pop, prend la direction artistique de Rabanne. Deux maisons, une même conviction : la mode comme outil de liberté pour les femmes qui la portent.

Par la rédaction — Femmes Maghrébines

Une capture d’écran de messages avec sa mère, un simple « Let the journey begin » posté sur Instagram : c’est ainsi qu’Olivier Rousteing a choisi d’annoncer, ce 14 juillet, l’ouverture d’un nouveau chapitre. À 40 ans, le créateur français quitte le souvenir encore chaud de ses quatorze années passées à la tête de Balmain pour prendre la direction artistique de Rabanne, maison espagnole du groupe Puig déjà propriétaire de Jean Paul Gaultier et Nina Ricci. Sa première collection sera présentée en mars 2027. Entre-temps, une question s’impose : que peut-il se passer quand l’un des rares directeurs artistiques noirs du luxe mondial hérite d’une maison qui, depuis 1966, a fait de la libération du corps féminin son unique doctrine ?

I.Une maison née pour affranchir les femmes

Il faut comprendre ce qu’est Rabanne pour saisir l’enjeu de cette nomination. En 1966, Paco Rabanne présente sa collection fondatrice, « Douze robes importables en matériaux contemporains » : des robes en aluminium, en plastique, en métal assemblé, qui rompent avec l’idée même de la couture façonnée sur le corps de la femme selon les canons de l’époque. Le geste est autant esthétique que politique — il libère la silhouette féminine du carcan textile traditionnel, l’arme d’une allure futuriste et conquérante. Le successeur Julien Dossena, qui a dirigé la maison pendant treize ans jusqu’à son départ en juin dernier, résumait ainsi l’intention du fondateur : il a « libéré les femmes », affirmant vouloir poursuivre cette approche dans un vocabulaire contemporain, respectueux mais toujours innovant.

Sous Dossena, la cotte de mailles est redevenue un objet culte porté par Dua Lipa, la maison a franchi en 2023 la barre du milliard d’euros de chiffre d’affaires — une première pour une marque du groupe Puig — et a abandonné le prénom « Paco » pour s’affirmer comme une identité davantage universelle. C’est cet héritage, à la fois commercial et symbolique, qu’Olivier Rousteing hérite aujourd’hui.

II.Rousteing, ou la couture comme confiance en soi

Le styliste, né sous X à Bordeaux d’une mère somalienne de 15 ans et d’un père éthiopien, tous deux anonymes, puis adopté à l’âge d’un an, a construit toute sa carrière chez Balmain autour d’une conviction affichée sans détour : la mode comme instrument d’émancipation et d’estime de soi. Nommé directeur artistique à 25 ans — le plus jeune à ce poste dans une maison française depuis Yves Saint Laurent chez Dior en 1955 — il y a défendu, selon ses propres mots, une esthétique pensée pour « une femme forte et libre », tout en revendiquant une masculinité éloignée des standards virils, décolletés et paillettes comprises.

Dans sa déclaration accompagnant l’annonce, Rousteing a résumé sa philosophie : pour lui, la mode relève de l’émotion, de l’identité et de la confiance en soi nécessaire pour exprimer qui l’on est réellement — une conviction qu’il dit voir en écho direct avec la vision de Paco Rabanne sur la liberté et l’individualité. Ana Trias, présidente des marques prestige et mode du groupe Puig, a justifié ce choix par la capacité singulière du créateur à porter une mode qui célèbre la confiance en soi et l’expression personnelle.

Deux maisons, deux fondateurs différents, une même intuition : que la mode, quand elle est bien pensée, ne façonne pas seulement un corps — elle autorise une femme à occuper l’espace autrement.

III.Ce que Balmain retient de Rousteing

Sous sa direction, Balmain a multiplié les collaborations grand public — H&M, Beyoncé, Netflix — et ouvert ses défilés au public sous forme de festivals, démocratisant un univers du luxe traditionnellement fermé. Il a également bâti la « Balmain Army », une communauté de muses et d’égéries reliées par les réseaux sociaux, transformant la maison en une des références françaises les plus suivies au monde sur Instagram. Rachid Mohamed Rachid, président de Balmain, a salué à son départ un « leadership visionnaire » qui a non seulement redéfini les frontières de la mode, mais inspiré toute une génération par son engagement envers l’inclusivité.

C’est peu dire que son arrivée chez Rabanne est scrutée : la maison, connue pour son avant-gardisme technique plus que pour l’artisanat traditionnel, offre à Rousteing un territoire d’expérimentation différent de celui, plus flamboyant et référencé années 1980, qu’il a façonné pendant quatorze ans. Le défi : injecter sa signature — l’émotion, le corps, l’estime de soi — dans un langage de maison bâti sur le métal, la lumière et le mouvement plutôt que sur la broderie et le drapé.

IV.Une figure rare dans le luxe mondial

Au-delà du dossier de style, cette nomination a une portée symbolique. Rousteing demeure l’un des rares créateurs noirs à diriger une maison de luxe française, un fait qu’il évoque rarement de façon frontale mais qui a structuré, en creux, tout son parcours — de son adoption bordelaise à sa quête de ses origines biologiques, documentée dans le film Wonder Boy sorti sur Netflix en 2019. Sa nomination chez Rabanne s’inscrit ainsi dans un renouvellement plus large des visages à la tête des grandes maisons parisiennes, où les trajectoires personnelles pèsent de plus en plus dans la manière dont une griffe choisit de raconter son avenir.

Reste une question que seul mars 2027 pourra trancher : Rousteing saura-t-il faire de Rabanne ce qu’il a fait de Balmain — une maison où chaque femme, en l’enfilant, a le sentiment de porter une armure plutôt qu’un vêtement ?

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