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Ramadan Vs Maman ou comment être au four et au moulin

  • Ramadan Vs Maman ou comment être au four et au moulin

Si le mois de Ramadan est un moment tant attendu par les familles en Tunisie, il représente de plus en plus une compétition olympique pour la grande majorité des femmes. 

Car, derrière cette aura mystique, ces beaux moments de recueillement et de prières, ces dîners familiaux, il y a une personne qui peine à joindre les deux bouts, à assurer une ambiance familiale bonne enfant et qui assure toute seule le travail d’une ruche: la maman, celle qui a toujours été l’emblème du sacrifice, du don de soi, de l’inconditionnel amour jusqu’à s’oublier, jusqu’à l’épuisement, l’effacement…

force est de constater que Ramadan est devenu pour les femmes actives un énième challenge à relever haut la main, à tenir le rythme 30 jours. Elles se doivent d’être irréprochables en tant que professionnelles, mamans, ménagères, cuisinières, épouses. Une pression sociale qui oublie que les schémas ont changé ces 4 ou 5 dernières décennies, que, comme leurs conjoints, les femmes aussi travaillent, participe aux finances du foyer. Nous ne sommes plus dans le modèle social des années 50s ou 60s.

Malgré cela, les Tunisiennes subissent, en silence, des injustices sociales qui ont la peau dure. Elles sont considérées comme un fée qui possède une baguette magique et capable de tout faire!

 

 

Les vieilles habitudes ont la peau dure!

Malgré son émancipation qui ne date pas d’hier, les femmes tunisiennes continuent à subir le poids des coutumes désuets et des traditions archaïques qu’elles traînent sur le dos, comme un lourd fardeau qu’elles sont condamnées à accepter sans ciller.

Des clichés sexués dans les publicités squattent déjà la rue. Il suffit de s’arrêter un instant sur les affichages urbains qui s’imposent à nous sur les routes pour comprendre que les vieilles habitudes ont la peau dure. On n’y voit que des femmes dans la cuisine, réduites au statut de ménagères souriantes, tenant le produit alimentaire ou de nettoyage de telle ou telle enseigne. Toujours et encore ces stéréotypes qu’on lui colle comme une étiquette et qui en dit long sur la profondeur de la question. Un   marché publicitaire, pourtant dirigé par de jeunes et vraies compétences, mais qui tombe toujours dans ses vieux travers s’entête à se révolutionner demeurant encore à des années lumières de la nouvelle voie que la femme tunisienne active  s’est tracée.

 

 

Vers un partage équitable des tâches?

L’image ancrée dans notre mémoire collective est celle d’une maman dévouée, débordée, hyper vigilante. Quant au papa et aux garçons, ils se la coulent douce, pénards, passent la plus tard de leur temps à dormir, jeûne oblige. Mais pas la maman! Elle, malgré le fait qu’elle aussi a passé sa journée à travailler et à faire les courses, qu’elle jeûne aussi, elle! Pas de répit! C’est une super héroïne! Une surhumaine qui n’a pas le droit au repos. Elle ne doit surtout pas se plaindre car le mari est à jeun. Il ne faut jamais déranger un patriarche. La terre cessera de tourner ou le ciel lui tombera dessus.

Et comme pour assurer la pérennité de telles coutumes discriminatoires, les filles, futures mamans à leur tour, se doivent de s’activer avec leur maman, histoire de passer le flambeau et surtout garantir la continuité désuète et inéquitable des rôles dans le couple.

Car on attend trop de la femme! Cuisine, ménage, éducation des enfants. Qu’elle soit au bureau ou chez elle, elle doit assurer et surtout pas se plaindre!

Il est grand temps de reconnaître la surcharge mentale que subissent, spécialement pendant Ramadan et d’alléger ce lourd fardeau qu’elles portent sur leurs frêles épaules. Les hommes, les familles et la société dans son ensemble doivent prendre conscience de cette pression et faire en sorte de changer la donne,  partager les tâches ménagères au quotidien, indépendamment du mois saint. Il y va de la stabilité et la solidité du foyer. Car une femme dépassée, et surmenée physiquement et mentalement, se tue à petit feu et quand elle s’écroule, c’est tout le foyer qui s’écroule avec elle.

Les femmes, quant à elles, doivent apprendre à déléguer; car elles n’ont pas été éduquées à cela. Certaines responsabilités peuvent être confiées au conjoint ou aux enfants. Un partage équitable des charges sauvera et la femme et la famille.

De nos jours, nous voyons petit à petit de jeunes couples qui adoptent ce modèle de partage car ils ont vu que le fonctionnement ou le modèle familial d’avant, où la femme devrait tout assurer, n’est plus possible ni viable. La maïeutique d’une nouveau modèle basé sur le partage, l’entraide et l’équité est en train de se faire doucement mais sûrement.

Sinon, inchalla romdhankom mabrouk! C’est le mois de l’empathie et du partage. Honorons-le.

 

 

Melek LAKDAR

DOSSIERS SPÉCIAUX