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CHRONIQUES/ La crise économique du CORONAVIRUS sera-t-elle plus sévère que la grande récession de 2008 ?

  • CHRONIQUES/ La crise économique du CORONAVIRUS sera-t-elle plus sévère que la grande récession de 2008 ?

Dr. Feryel OUERGHI
Maitre de Conférences en Sciences Economiques-
Will the economic crisis caused by CORONAVIRUS be deeper than the great recession of 2008?
Abstract
The financial crisis of 2008 or the subprime crisis had financial causes, with the housing bubble burst in the United States and the bankruptcy of the most important banks. This banking crisis was rapidly transmitted to the rest of the world, causing a sharp decrease in economic growth and an increase of unemployment. The Coronavirus crisis is a health crisis that caused a sudden stop in productive system all over the world. It’s a new type of crisis never experienced! It’s not an economic collapse originated by a speculative attack, nor by an increase in petroleum prices. Recession is inevitable! Strategies of managing the actual crisis are different of those of previous ones. The intervention of government is so important to prevent firm’s bankruptcies, adopting a fiscal policy: tax cuts and government spending. Although the impact of subprime crisis was limited on Tunisian economy, the actual one will have disastrous effects!
Les deux crises ont des origines différentes, et certainement des stratégies de sortie différentes. Celle de CORONAVIRUS ressemble plutôt à l’effet d’une guerre.
Causes différentes
La crise de 2008 ou la crise des subprimes avait des causes purement financières avec l’éclatement de la bulle immobilière, quand les ménages américains commençaient à rencontrer des problèmes pour rembourser les crédits qui leur avaient été accordés pour l’achat de leurs logements. Ces crédits étaient consentis aux ménages à faibles revenus, qui ont pu profiter des taux d’intérêt trop faibles, pratiqués par la Réserve Fédérale FED (Banque Centrale Américaine) depuis 2001. Ces crédits ont été accordés à des taux variables, donc dès que la FED a commencé à relever progressivement ses taux de 1% en 2004 à plus de 5% en 2006, les charges financières des emprunteurs ont commencé à s’alourdir, mettant ces derniers face à une défaillance de paiement. Les prix des immobiliers commençaient à s’effondrer, causant l’éclatement de la bulle immobilière, déclenchant ainsi la faillite des banques en cascade. La crise bancaire dépassait rapidement les frontières américaines pour mettre le système bancaire mondial en crise. D’autre part, les bourses du monde entier dégringolaient, pour connaitre un des plus graves krachs boursiers. La crise financière touchait la sphère réelle avec la faillite des entreprises, l’augmentation du taux de chômage et la baisse du taux de croissance mondial. Le monde a connu une des plus grandes récessions à travers l’histoire !
L’ampleur de la crise est l’une des conséquences de la globalisation financière et économique accélérée. Le développement des produits financiers innovants a participé à l’amplification et à la diffusion du risque dans l’économie. La course aux profits a encouragé les banques à prendre de plus en plus de risque en investissant dans des opérations de mauvaise qualité, qui ont mené à l’intoxication de tout le système bancaire et financier.
Quant à la crise du CORONAVIRUS, qui a causé l’arrêt de la machine productive dans le monde, qui commence par toucher la sphère réelle en premier lieu. Il n’y a donc aucune ressemblance entre l’actuelle crise et ses précédentes, elle n’est ni la cause de l’éclatement d’une bulle, ni la cause de l’effondrement des taux de change comme c’était le cas dans plusieurs pays émergents dans les années 1990, ni l’envolée des prix du pétrole comme c’était le cas pendant le choc pétrolier de 1973. C’est un problème économique qui touche le système productif causé par le confinement de la population qui réduit aussi bien la demande que l’offre.
C’est une crise d’un type nouveau, la dernière épidémie connue dans le monde est celle de la ‘’grippe espagnole’’ en 1918, quand les économies européennes étaient en pleine guerre, laissant toute comparaison fortuite.
Stratégies de sorties différentes
La crise des subprimes s’est déclenchée sur le marché financier américain pour se transmettre très rapidement vers d’autres pays, et toucher leurs fondamentaux économiques, à des degrés différents. Les stratégies de sortie de la crise des pays, consistait essentiellement à appliquer une politique monétaire qui consistait à baisser les taux d’intérêt directeurs, et une politique budgétaire à travers une baisse des impôts (TVA, impôt sur le revenu…) ou un soutien aux secteurs en difficultés générant beaucoup d’emplois.
La crise du CORONAVIRUS est une crise sanitaire qui s’est déclenchée en Chine pour se propager vers le reste du monde, l’impact sur les économies se fait directement. La situation de certains pays peut se détériorer encore en subissant l’impact négatif de leurs partenaires économiques.
Face à cette crise inédite, l’urgence est d’empêcher une envolée du chômage et des faillites en cascade des entreprises. Les banques centrales de la majorité des pays du monde ont ainsi baissé les taux d’intérêt et augmenté les programmes de rachat d’actifs, et les gouvernements augmentent leurs dépenses (dans la limite du possible), en annonçant une batterie de dispositifs d’aide aux entreprises et aux ménages.
Ces politiques économiques ne peuvent qu’atténuer l’ampleur de la récession, dont personne ne peut anticiper les dégâts. Des relances budgétaires massives et des mesures draconiennes sont à prévoir pour faire face à la forte baisse de la consommation et de l’investissement.
L’impact de la crise économique de 2008, n’était pas très ressenti en Tunisie. Etant donné qu’elle touchait essentiellement la sphère financière, et que la Tunisie n’est pas intégrée financièrement avec le reste du monde. Cependant, le pays est déjà affecté par le Coronavirus, plus de 10 millions de tunisiens sont confinés et l’appareil productif est presque paralysé, à l’exception de l’industrie alimentaire et de santé. L’activité économique ne va pas reprendre suite à l’arrêt de la période de confinement, ça dépend aussi de la reprise de nos partenaires commerciaux et de la reprise de leurs demandes aux produits tunisiens.
L’interconnexion entre les systèmes économiques des pays, générée par la mondialisation, ne peut qu’empirer la situation. Caractérisée par la libéralisation du commerce international et des flux de capitaux, la globalisation a certes permis une augmentation de la création des richesses dans le monde, cependant ces caractéristiques sont à l’origine de la rapide transmission du coronavirus, ce qui a mené les pays à fermer leurs frontières pour limiter les déplacements internationaux. Serait-il le moment de repenser la mondialisation et la dépendance des économies à l’égard des relations internationales ?
Dr. Feryel OUERGHI
Maitre de Conférences en Sciences Economiques

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