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Le consensus tue-t-il la démocratie ?

  • Le consensus tue-t-il la démocratie ?

Par Hajer Zarrouk
“ To me consensus seems to be the process of abandoning all beliefs, principles, values and policies”.
Margaret Thatcher
Debout dès l’aube dans des fils d’attente interminables, des milliers de citoyens tunisiens sont allés s’exprimer en élisant à deux reprises leurs représentants parlementaires et leur président. Certains d’entre eux voulaient en finir avec trois ans d’incertitude et de sentiment d’insécurité. D’autres voulaient en finir avec une classe dirigeante jugée inefficace et dont l’idéologie serait à mille lieux de leurs idéaux de liberté et de démocratie.
Pourtant, la désillusion fut grande quand le parti vainqueur qui annonçait hier ne « faire alliance qu’avec ceux qui lui ressemblent », a fait marche arrière et a intégré les islamistes dans le nouveau gouvernement qui, selon son chef Habib Essid, correspondrait plutôt à un gouvernement d’union nationale. L’unanimisme, ressenti lors de l’affichage du pourcentage de vote de confiance, laisse donc un goût amer pour ces démocrates qui, non seulement, ont espéré sanctionner le parti au pouvoir, mais qui voulaient également un réel jeu démocratique où l’opposition endosserait un rôle considérable, si ce n’est, primordial dans la lutte politique.
Au lieu de cela, on assiste aujourd’hui au déséquilibre et à l’appauvrissement de la scène politique tunisienne ainsi qu’à la réapparition de scores majoritaires qu’on croyait morts et enterrés après la chute du régime de Ben Ali. Du coup, l’on se demande de quelle deuxième république parle-t-on dans les médias et dans l’espace public ?
Dans les démocraties libérales, le consensus signifie se mettre d’accord sur les principes éthiques, législatifs, exécutifs et juridiques qui régissent un pays. Le philosophe Jürgen Habermas souligne à ce titre : « Le consensus à la fois visé et mis en question à l’intérieur d’une association d’individus libres et égaux ne repose finalement que sur l’unité d’une procédure. Cette procédure de formation démocratique de l’opinion et de la volonté est déterminée par la Constitution de l’Etat de droit. Dans une société pluraliste, la constitution exprime un consensus formel ».
D’un autre côté, le consensus, dans son optique de gouvernance, apparaît dans certaines organisations traditionnelles à l’instar de la « palabre africaine » ou bien de la Choura dans lesquelles le principe l’alternance est absent. Aussi, pour un pays – comme la Tunisie – qui a choisi la voie du libéralisme politique depuis la chute de la dictature, adopter une posture consensuelle et gouverner dans « l’entente cordiale » pourraient détruire la démocratie représentative moderne dans la mesure où elle devrait être un hémicycle marqué par la compétition entre la majorité et les forces politiques alternatives et un lieu de débats contradictoires.
Ne dit-on pas que l’opposition est « l’œil » de la majorité ?

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