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La Tunisie est-elle un pays encore réformable?

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La Tunisie est-elle un pays encore réformable? 

Par Pr. Chokri Mamoghli
 
Le nouveau gouvernement tunisien qui s’apprête à prendre les rênes du pays se propose selon les échos qui nous sont parvenus de mettre en œuvre un programme économique, financier et social pour les 100 premiers jours de son accession aux responsabilités. En tenant compte des délais que nécessite le choix du chef du gouvernement, de ses ministres, des débats à la l’Assemblée, cela nous mènera en  gros, vers la fin du mois d’avril.
D’après les mêmes échos, outre les partis politiques, la Banque Centrale de Tunisie et même certaines ambassades (de quoi se mêlent-elles), ont réfléchi au contenu des ces politiques ainsi qu’au mode de leur implémentation.
La question qui interpelle tout le monde est celle de savoir si notre pays est encore réformable? Est-il possible d’apporter du changement tant le pays est sclérosé, figé, bloqué, ligoté par les lobbys de toutes sortes. Un gouvernement aussi bien intentionné, peut-il encore apporter des changements significatifs à quelque niveau que ce soit.
Au plan fiscal est-il possible de lutter contre la fraude et l’évasion fiscale, de revoir l’assiette? De réformer l’impôt sur les sociétés et celui sur les personnes physiques? Est-il possible d’obliger les entreprises et les professions libérales à payer plus? Médecins, pharmaciens, expert-comptables, dentistes, laboratoires d’analyses médicales, avocats,… sont-ils prêts à payer leur véritable dû?
Les citoyens consommateurs sont-ils prêts à renoncer aux subventions des prix de certains produits dont ils bénéficient sans aucune raison? Est-il possible de réorienter le système de subventions uniquement vers les classes défavorisées? Est-il possible de toucher au prix du pain, de l’huile, du lait.. sans que toute la Tunisie crie au scandale. Est-il normal que ce système de gaspillage organisé profite aux étrangers et notamment à ceux qui résident de manière permanente chez nous sans payer le moindre impôt?
Le système éducatif est-il révisable? Dès que l’on essaie de réfléchir aux contenus des programmes, aux coefficients, aux modes d’évaluation, une armée de rentiers des cours particuliers se lève et fait barrage à toute tentative. Toutes les fausses bonnes raisons sont avancées. Les élèves et les parents sont instrumentalisés et les réformes, que dis-je les réformettes sont avortées. Vidées de leurs contenus.
Est-il possible de revoir le statut des entreprises publiques? Celles du système bancaire, d’El-Fouledh, de la SNCFT, de Tunis-air, de Transtu, des trois grands offices des céréales, de l’huile et du commerce sans que tout le monde parle de vente du pays au FMI et à la Banque Mondiale? Ces entreprises et offices sont devenues de véritables vaches à lait qui ne donnent plus de lait. C’est terminé, mais les tunisiens n’en sont pas conscients.
Est-il possible de revoir l’architecture du secteur touristique et ses performances, de s’attaquer à la question tragique de son endettement, de faire le tri entre vrais entrepreneurs et véritables escrocs sans que l’on s’attaque à l’administration et  aux responsables du secteur que l’on menace et que l’on traite d’incompétents?
Est-il encore possible de procéder à un aménagement du territoire, de bâtir des échangeurs dans les villes, des autoroutes dans les campagnes sans que l’État ne soit pris en otage. Blocages de tous ordres, procès, tribunaux, sit-ins, retards sont devenus la règle en la matière.
Il est possible de multiplier les exemples à l’infini. Le fait est que notre pays est devenu non réformable, bloqué, otage des intérêts catégoriels et des corporatismes et qu’aucun gouvernement n’y pourra quelque chose en 100 jours ni en 1000 jours si une condition préalable n’est pas remplie. Tous les tunisiens à travers leurs lobbies doivent consentir des sacrifices. Personne ne doit y échapper.
Dans le cas contraire, rendez-vous dans cinq ans afin de faire les mêmes constats.

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