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Rapport alarmant sur l’IA : vers une nouvelle fracture Nord-Sud

  • Rapport alarmant sur l’IA : vers une nouvelle fracture Nord-Sud

Alors que l’intelligence artificielle s’impose comme la technologie la plus structurante du XXIᵉ siècle, un constat s’impose avec force : son développement accéléré risque de creuser davantage les inégalités mondiales. Entre promesses de croissance et menaces d’exclusion, le monde pourrait entrer dans une nouvelle ère de fracture Nord-Sud.

Une révolution technologique aux bénéfices inégalement répartis

L’intelligence artificielle n’est plus une projection futuriste. Elle transforme déjà l’économie mondiale, les modes de production, les services, l’éducation et le travail. Selon le Rapport sur la technologie et l’innovation 2025 de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le marché mondial de l’IA pourrait atteindre 4 800 milliards de dollars d’ici 2033, soit une multiplication par vingt-cinq en une décennie.

Cette croissance spectaculaire positionne l’IA comme la principale technologie d’avant-garde, représentant près de 29 % du marché mondial des technologies émergentes, contre seulement 7 % dix ans plus tôt. Mais derrière ces chiffres impressionnants se cache une réalité plus préoccupante : la concentration extrême des capacités technologiques et économiques.

En 2022, à peine 100 entreprises, majoritairement basées aux États-Unis et en Chine, concentraient 40 % des dépenses mondiales de recherche et développement. Ces deux pays détiennent à eux seuls 60 % des brevets en intelligence artificielle et produisent environ un tiers des publications scientifiques mondiales dans ce domaine. Une domination qui laisse peu de place aux pays en développement dans la course à l’innovation.

Quand la puissance technologique redessine les rapports de force mondiaux

Cette asymétrie est encore plus frappante à l’échelle des multinationales. Les géants technologiques comme Apple, Nvidia ou Microsoft affichent chacun une capitalisation boursière avoisinant 3 000 milliards de dollars, soit l’équivalent du produit intérieur brut de l’ensemble du continent africain. Une comparaison qui illustre la disproportion des moyens, mais aussi le risque d’un verrouillage durable de la valeur ajoutée technologique.

Pour la CNUCED, cette concentration pourrait élargir dangereusement les fossés technologiques, limitant l’accès des pays du Sud aux bénéfices de l’économie numérique et renforçant leur dépendance structurelle.

IA et emploi : un choc asymétrique pour les économies du Sud

L’impact de l’intelligence artificielle sur le marché du travail est déjà mesurable. À l’échelle mondiale, jusqu’à 40 % des emplois pourraient être affectés par l’automatisation intelligente. Les économies avancées sont les plus exposées en volume, mais aussi les mieux armées pour absorber le choc.

Dans les pays développés, près de 27 % des emplois pourraient être renforcés par l’IA, grâce à des gains de productivité et à une complémentarité accrue entre technologies et compétences humaines. À l’inverse, dans de nombreux pays en développement, l’automatisation risque surtout de favoriser le capital au détriment du travail, fragilisant l’un de leurs principaux avantages comparatifs : une main-d’œuvre abondante et à faible coût.

Cette dynamique pourrait accentuer les inégalités internes, affaiblir les classes moyennes émergentes et alimenter une instabilité sociale durable.

Un retard stratégique qui coûte cher

Le fossé ne se limite pas aux infrastructures ou aux investissements. Il est aussi politique et stratégique. Aujourd’hui, moins d’un tiers des pays en développement disposent d’une stratégie nationale dédiée à l’intelligence artificielle. En comparaison, près de deux tiers des économies développées avaient déjà adopté une feuille de route en la matière dès 2023.

Ce retard compromet leur capacité à utiliser l’IA comme levier de croissance, d’innovation et de création d’emplois qualifiés. Pour inverser la tendance, la CNUCED identifie trois priorités majeures :

  • investir dans les infrastructures numériques et énergétiques,

  • favoriser l’accès aux données ouvertes,

  • renforcer les compétences en intelligence artificielle, notamment par l’éducation et la formation continue.

Gouvernance mondiale : une voix du Sud encore marginalisée

Au-delà des enjeux économiques, la gouvernance mondiale de l’IA pose un problème fondamental d’équité. Selon la CNUCED, 118 pays, majoritairement en développement, sont absents des principales initiatives internationales de régulation de l’intelligence artificielle. À l’inverse, seuls les pays du G7 participent à l’ensemble de ces cadres décisionnels.

Ce déséquilibre interroge la légitimité des règles qui façonneront l’avenir numérique mondial. « Il faut déplacer l’attention de la technologie vers les personnes », a souligné Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED, appelant à la co-construction d’un cadre mondial de l’IA centré sur l’humain.

Éviter un monde à deux vitesses

L’intelligence artificielle peut devenir un formidable moteur de prospérité partagée, à condition d’être accompagnée de choix politiques clairs. Transparence accrue des entreprises technologiques, infrastructures partagées, innovation ouverte, coopération internationale – notamment Sud-Sud – figurent parmi les leviers essentiels pour éviter une nouvelle fracture mondiale.

La CNUCED insiste également sur la nécessité de politiques de l’emploi proactives, fondées sur la formation, la reconversion et l’adaptation des compétences. Sans ces garde-fous, l’IA risque de transformer une promesse de progrès en un facteur supplémentaire de fragmentation économique et sociale.

À l’heure où la technologie avance plus vite que les cadres de régulation, une question demeure centrale : l’intelligence artificielle servira-t-elle à réduire les inégalités mondiales ou à les figer durablement ? Le choix appartient désormais aux États, aux institutions internationales et aux acteurs économiques

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