À la veille des festivals d’été : Le plaidoyer pour l’excellence que la Tunisie mérite
- société
Quand la puissance de la transmission devient un moteur de transformation collective
Pour qui observe l’évolution des dynamiques professionnelles des femmes en Tunisie, le parcours d’Imen Louati offre une grille de lecture intéressante. Connaissant; personnellement; son ancrage sur ces questions et sa recherche constante de mécanismes capables de stimuler l’ambition économique ou d’accélérer les trajectoires de carrière, sa dernière initiative n’est pas une surprise. La première édition de « ODD’acieuse Le Rendez-Vous » s’inscrit précisément dans cette démarche de terrain. Loin des formats institutionnels figés, ce projet a été pensé comme un espace de transmission directe, fondé sur un postulat précis : la réussite ne se consolide pas par des discours convenus, mais par le partage lucide des réalités, des doutes et des arbitrages inhérents aux parcours de direction.
Derrière la concrétisation de cette journée, c’est en réalité un basculement plus vaste qui s’opère sous nos yeux. Nous assistons à la structuration d’un véritable paradigme : celui d’une autonomisation (empowerment) pragmatique qui refuse les faux-semblants et s’appuie sur la transmission, le capital social horizontal et l’innovation collaborative.
La fin du mythe de la « femme d’exception »
Pendant des décennies, le récit du leadership féminin s’est construit autour de figures extraordinaires. Des femmes brillantes, inspirantes, admirables, mais presque toujours présentées comme des anomalies statistiques. Or, l’exception éloigne autant qu’elle inspire. Lorsqu’une réussite semble hors norme, elle devient difficilement reproductible ; elle fascine, mais elle ne transforme pas le collectif.
L’exception inspire, mais l’authenticité libère. En remplaçant l’admiration passive par la projection active, ces leaders transforment les héroïnes en modèles accessibles.
Cette déconstruction du mythe permet à chaque femme de s’approprier le droit à l’ambition : « Si elle a traversé ces tempêtes et y est parvenue, alors le chemin m’est également ouvert. »
La sororité comme capital social stratégique
Le concept de sororité a trop longtemps été cantonné au registre de la seule solidarité affective. Il mérite pourtant d’être théorisé sous un angle purement stratégique. Dans le paradigme économique actuel, le succès ne dépend plus uniquement du capital humain (diplômes, compétences), mais de la qualité et de la densité des connexions humaines.
Ce que les sociologues qualifient de capital social ; cet actif immatériel fait de recommandations, d’accès privilégiés à l’information et de confiance mutuelle; a historiquement manqué aux femmes, souvent exclues des cercles d’affaires traditionnels.
Des plateformes comme ODD’acieuse agissent comme des incubateurs de ce capital social horizontal. Elles permettent à des femmes venues d’univers cloisonnés de se reconnaître et de bâtir des passerelles. C’est précisément dans l’infra-discours, dans ces conversations informelles qui prolongent les panels, que se nouent les alliances économiques les plus durables.
L’intelligence collective : Le nouvel horizon de l’impact
La complexité des défis contemporains de la Tunisie; qu’il s’agisse de transition numérique, d’innovation, d’inclusion ou de développement durable (ODD); exige de dépasser les trajectoires individuelles, aussi brillantes soient-elles. Aucun parcours isolé ne peut répondre aux crises de notre époque.
Lorsque des décideuses de la finance, des ingénieures, des actrices culturelles et des entrepreneures à impact s’asseyent autour d’une même table, elles produisent une valeur supérieure à la simple somme de leurs réseaux : elles génèrent une intelligence collective. Cette capacité à penser ensemble, à croiser les expertises et à hybrider les solutions est probablement l’une des ressources stratégiques les plus sous-exploitées, et pourtant les plus vitales, du pays.
Un changement de paradigme pour l’empowerment
Les débats historiques autour de la condition féminine en Tunisie se sont articulés, à juste titre, autour des droits constitutionnels, de la représentativité légale et de l’égalité des chances. Ces combats juridiques restent fondamentaux. Cependant, nous assistons à l’émergence d’une phase supérieure de l’écosystème féminin.
Les femmes ne demandent plus l’autorisation d’entrer ; elles bâtissent les pièces où se prennent les décisions. Elles créent de la valeur, modèlent des écosystèmes, investissent la gouvernance et s’imposent comme les architectes de la transformation socio-économique. Dans cette perspective, ces initiatives ne sont plus de simples événements de networking : ce sont des laboratoires du futur. C’est là que s’écrit une nouvelle culture du pouvoir : collaborative, inclusive et ancrée dans l’action effective. Une nouvelle grammaire est en marche, et elle redessine, de manière irréversible, les contours de l’avenir de la Tunisie.
Par Rim Ouerghi
Directrice de publication de Femmes Maghrébines
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