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Première femme à la tête de la Tanzanie, Samia Suluhu Hassan incarnait, à son arrivée au pouvoir, l’espoir d’un tournant démocratique. Pourtant, en ce début d’année 2026, son nom arrive en tête d’un classement aussi symbolique que glaçant : celui du « tyran de l’année 2025 », établi par l’ONG britannique Index on Censorship. Retour sur le parcours et les dérives d’un pouvoir qui interroge.
Chaque année, l’organisation Index on Censorship attire l’attention de la communauté internationale en dressant la liste de dirigeants accusés d’avoir porté atteinte à la liberté d’expression. L’édition 2025 réunissait des figures majeures du pouvoir autoritaire mondial : Donald Trump, Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan, Narendra Modi, Benjamin Netanyahu ou encore l’ayatollah Ali Khamenei.
Une seule femme figurait parmi ces dirigeants : Samia Suluhu Hassan, présidente de la Tanzanie. À l’issue d’un vote massif du public, largement relayé sur les réseaux sociaux, elle a été désignée « tyran de l’année 2025 », devançant des leaders pourtant habitués à ce type de controverses.
Selon Index on Censorship, ce prix ne distingue pas « les pires criminels du monde », mais celles et ceux qui ont intensifié leurs attaques contre la liberté d’expression.
Née en 1960 à Zanzibar, fille d’instituteur, Samia Suluhu Hassan a longtemps incarné un parcours de réussite féminine dans une région où l’accès des femmes aux plus hautes fonctions politiques reste rare. Diplômée en développement économique communautaire aux États-Unis, passée par le Programme alimentaire mondial de l’ONU, elle gravit progressivement les échelons politiques jusqu’à devenir, en 2015, la première femme vice-présidente de Tanzanie.
En 2021, à la mort du président autoritaire John Magufuli, elle accède à la présidence. Son discours d’investiture, promettant justice et gouvernance sans peur ni favoritisme, nourrit alors l’espoir d’un renouveau démocratique.
Cet espoir s’est brutalement effondré lors des élections présidentielles d’octobre 2025. Officiellement réélue avec plus de 97 % des voix, Samia Suluhu Hassan voit son scrutin entaché de graves accusations.
Un rapport publié en janvier 2026 par le Centre for Information Resilience fait état de :
tirs à balles réelles sur des civils,
usage excessif de la force par les forces de l’ordre,
images satellites évoquant des fosses communes et des morgues improvisées.
L’opposition tanzanienne avance un bilan de plus de 700 morts, tandis qu’Internet a été coupé durant plusieurs jours, empêchant la diffusion d’informations indépendantes.
Bien avant le scrutin, Amnesty International alertait déjà sur une intensification de la répression visant journalistes, opposants politiques et acteurs de la société civile. La coupure d’Internet, les arrestations arbitraires et la restriction des médias ont contribué à isoler le pays du regard international.
Pour de nombreux observateurs, la présidente n’a pas rompu avec les pratiques autoritaires de son prédécesseur, mais les a au contraire consolidées.
La particularité du prix « tyran de l’année » réside dans son mode de désignation : le vote du public. De nombreux Tanzaniens ont saisi cette occasion pour exprimer, à distance et sans représailles directes, leur colère.
Des figures de la société civile, comme la militante Maria Sarungi Tsehai ou la poétesse Neema Komba, ont souligné la portée symbolique de cette nomination : rendre visible une violence souvent ignorée et rappeler que le fait d’être une femme au pouvoir ne garantit ni justice ni progrès démocratique.
Pour Femmes Maghrébines, cette affaire pose une question essentielle :
Le pouvoir féminin est-il automatiquement porteur de changement ?
L’exemple de Samia Suluhu Hassan rappelle que la lutte pour les droits humains, la liberté d’expression et la démocratie ne se joue pas sur le genre, mais sur les choix politiques, la transparence et le respect des peuples.
Élue « tyran de l’année 2025 », Samia Suluhu Hassan incarne la complexité du pouvoir contemporain : une femme à la tête d’un État, mais un régime accusé de violences, de censure et de répression. Une réalité qui invite à dépasser les symboles pour interroger les actes — et à rester vigilantes face à toute forme d’autoritarisme, où qu’il s’exerce.
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