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Par la rédaction de Femmes Maghrébines
Le 23 janvier 1846, la Tunisie entre dans l’Histoire. Ce jour‑là, le bey Ahmed Ier signe un décret abolissant officiellement l’esclavage sur l’ensemble du territoire tunisien. Un acte fondateur, audacieux et profondément progressiste pour son époque, qui fait de la Tunisie le premier pays du monde arabo‑musulman et l’un des tout premiers États africains à mettre fin à cette pratique.
Près de deux siècles plus tard, cette date mérite d’être rappelée, interrogée et replacée dans notre actualité contemporaine.
En 1846, l’esclavage est encore largement pratiqué à travers le monde. La France ne l’abolira définitivement qu’en 1848, les États‑Unis en 1865. Dans ce contexte international marqué par les résistances politiques et économiques, la décision d’Ahmed Bey apparaît comme un choix courageux et visionnaire.
Le décret beylical interdit formellement :
Il proclame la liberté immédiate des personnes réduites en servitude, mettant fin à un système profondément ancré dans les structures sociales de l’époque.
Ahmed Bey Ier n’était pas un souverain ordinaire. Inspiré par les réformes modernistes et conscient des mutations du monde, il engage dès les années 1830 une série de transformations majeures :
L’abolition de l’esclavage s’inscrit dans cette vision globale d’un État plus juste, plus moderne et plus respectueux de l’être humain.
Contrairement à certaines idées reçues, l’abolition de l’esclavage en Tunisie ne fut pas imposée de l’extérieur. Elle s’appuyait aussi sur des lectures réformistes de l’islam, portées par des érudits et des juristes de l’époque.
Ces derniers soulignaient que :
La décision du bey s’inscrivait ainsi dans une démarche à la fois politique, morale et spirituelle.
Si le décret de 1846 marque une rupture juridique nette, les réalités sociales ont mis plus de temps à évoluer. Comme dans de nombreux pays ayant aboli l’esclavage, ses conséquences sociales, économiques et symboliques ont perduré.
Discriminations, marginalisation et inégalités héritées de cette période ont traversé les générations. Aujourd’hui encore, certaines formes de racisme et de stigmatisation trouvent leurs racines dans cette histoire longtemps passée sous silence.
Dans une Tunisie contemporaine engagée dans les débats sur :
le 23 janvier 1846 nous rappelle que le progrès n’est jamais linéaire, mais qu’il est possible lorsque le courage politique rencontre la conscience collective.
Cette date invite aussi à une réflexion essentielle : abolir une pratique ne suffit pas, il faut aussi déconstruire ses héritages.
Longtemps absente des manuels scolaires et du récit national populaire, l’abolition de l’esclavage en Tunisie mérite d’être davantage valorisée.
Rappeler cette page d’histoire, c’est :
Le 23 janvier 1846 n’est pas qu’une date historique. C’est un symbole fort de ce que la Tunisie a su être : un pays précurseur, réformateur et profondément attaché à la dignité humaine.
À l’heure où les sociétés questionnent leur passé pour mieux construire leur avenir, se souvenir de cette abolition, c’est affirmer que certaines valeurs ne vieillissent jamais.
Un héritage à célébrer, à transmettre et à défendre.
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