Le Rendez-vous de Femmes Maghrébines : une première édition empreinte de spiritualité et d’élévation
- société
A la lecture de ses œuvres, on ne peut faire autrement que se laisser entrainer dans son monde, sa belle plume et son amour pour la langue de Shakespear ne peuvent qu’ensorceler celui qui se laisse tenter. Une femme d’exception qui ne possède comme arme que son stylo, son imagination et ses émotions, qu’elle laisse couler sur le papier pour notre grand plaisir.
Faouzia Zouari, Docteur en littérature française et comparée à la Sorbonne, rédactrice du magazine El Qantara, journaliste à l’hebdomadaire Jeune Afrique, avant d’occuper depuis plus de dix ans plusieurs postes à l’institut du monde arabe. Cette écrivaine qui séduit hors de nos frontières, ne peut que nous rendre fière.
Malgré son emploi du temps chargé et le fait qu’elle soit occupée à finir son prochain livre, elle a accepté de répondre à nos questions. Un talent Tunisien de plus, une femme de plus qui vaut le détour, une femme qui porte haut notre drapeau et qui rend fière sa patrie.
FM : Du Kef à la Sorbonne, comment aviez vous convaincu vos parents, pourtant vous étiez la seule fille de votre famille à avoir pu terminer ses études?
FZ : « Du Kef à la Sorbonne, c’est vrai que c’était un véritable saut ! Heureusement qu’il ne fut pas périlleux. En fait, le prétexte imparable qui pouvait convaincre mes parents pour me laisser partir à l’étranger, c’étaient les études. Nous étions à une époque qui avait le culte du diplôme et décrocher celui-ci valait mieux que de trouver un bon mari. J’avais, bien sûr, fait la promesse de revenir, mais je ne savais pas alors que je m’installerais définitivement en France. N’empêche, j’étais l’une des rares jeunes filles à quitter la région dans ces années-là, voire la seule femme de la famille à émigrer. Je ne l’avais pas vu de la sorte au moment où je le faisais, je franchissais les frontières, je transgressais certains tabous sans en être consciente. Aujourd’hui, je ne veux pas en faire un acte d’héroïsme. La preuve : je n’ai jamais rompu avec les miens. »
FM : Docteur en littérature française, écrivain, journaliste, un parcours impressionnant, on sent que l’écriture est une passion pour vous, avons-nous raison?
FZ : « Je ne sais pas si mon parcours est impressionnant. En tout cas, je voulais être à la hauteur des attentes de mes parents, du défi lancé aux femmes, de mon pays qui pariait sur l’instruction des générations d’après l’Indépendance. Une fois le doctorat en poche, j’ai rejoint le monde du travail, plus précisément au sein de l’Institut du Monde arabe, avant de me consacrer au journalisme. Après, je suis « rentrée en écriture », comme on dit « rentrer dans les ordres ». Je découvrais que tout ce parcours, justement, m’y menait fatalement. Aujourd’hui, c’est ce qui occupe le principal de mon temps. L’écriture est devenue ma demeure essentielle. Peut-être mon pays d’entre les frontières. »
FM : Que pensez-vous de ce qui se passe dans notre société d’aujourd’hui, entre extrémisme et terrorisme ?
FZ : « Je vois les remous, les incohérences, le chaos qui règnent et cela me fait mal pour ma Tunisie. J’ai cru comme beaucoup en cette Révolution. Mais, à part la liberté de s’exprimer – souvent confondu avec celle d’insulter ou de vitupérer- , je ne vois pas de grands acquis. Si j’en juge par la précarité actuelle, la corruption, la cherté de la vie, le terrorisme, je ne peux applaudir, à moins d’être masochiste ou dans le déni de la réalité. Nous assistons depuis cinq ans à la destruction des fondements de l’État moderne que Bourguiba avait initié, à une lutte de pouvoir plus insidieuse et intense qu’auparavant, à des querelles de chapelle et à une classe dirigeante amatrice de la chose politique. Les scissions de Nida Tounès ont constitué le dramatique feuilleton de cet automne et ce fut un spectacle affligeant et édifiant sur la lutte pour les « chaises ». L’alliance avec le parti en-Nahdah a été une épée dans le dos de ceux et celles qui ont voté pour le parti de Qaïd Essebsi. Mais il faut dire aussi que l’on ne peut tout attendre des politiques. Il y a le peuple. Or, si la société civile a lutté corps et âme depuis cinq ans, elle a souvent été portée par les femmes. Beaucoup de jeunes n’ont pas toujours été au rendez-vous de l’édification d’un nouveau pays. La veine destructrice des radicalisés, le terrorisme qui enrôle des centaines de filles et de garçons et qui menace le pays sont devenu lot du quotidien. Par conséquent, je comprends qu’on puisse dénoncer l’incompétence de l’Etat, l’arrogance des nantis et l’enrichissement de ceux qui, hier, dans les prisons, ou à l’étranger n’avaient pas le sou et qui aujourd’hui caracolent à la tête de grosses fortunes. Il n’empêche que si la revendication sociale est légitime, rien n’autorise à ce qu’elle passe par la violence et les actes de vandalisme. Qui va épargner ce pays, lui donner du temps pour se retourner, le construire et non le détruire ? L’aimer tout simplement. »
FM : Vous avez écris de nombreux livres, où vous racontiez souvent le parcours de certaines femmes maghrébines installées en Europe. Vous parlez de déracinement, de malaise… Est-ce que vous vous êtes inspirée en partie de votre vécu ?
FZ : « Je ne connais pas d’écrivains qui ne s’inspirent de leur vie, ou alors, ils n’en ont pas eue. J’ai souvent utilisé des faits réels de l’immigration et du vécu des femmes pour écrire mes romans. Mais j’ai puisé à chaque fois dans ma propre histoire, mon enfance, mon parcours, comme vous dites. Le roman mixe ce que nous sommes avec ce qui relève des autres. Et l’enfance est toujours là, formidable trésor où l’on puise la force et la sincérité de ce qu’on donne à lire. »
FM : Pensez-vous pouvoir influencer ou aider les femmes et la société en général, par vos écritures ?
FZ : « Je l’espère. En tout cas, dans le journalisme comme dans les livres que je publie, on trouvera toujours chez moi un parti-pris féminin, un féminisme qui ne dit pas son nom. S’il y a une cause pour moi, mais aussi pour nos sociétés et pour le monde arabe, c’est bien celle des femmes. Aucun projet de modernité ne peut se concevoir sans elles. Aucune révolution ne peut mériter ce nom si elle n’intègre pas l’émancipation des femmes et leur accès aux affaires de la cité. Je poursuis l’œuvre des pionniers et des pionnières non pas par des actes militants ou des manifestes, mais à travers l’essai et le roman. Je veux être témoin de la condition féminine et rendre hommage à ce sexe qu’on dit faible parce qu’on craint sa force. »
FM : Parlez nous de votre dernier livre?
FZ : « Ma mère. Moitié fiction, moitié réalité. Je suis revenue à elle après la Révolution, persuadée que sa mort, en 2008, signait la naissance d’un nouveau monde qui s’avérait si peu tendre envers nos anciens. A travers elle, c’est la Tunisie de jadis que je raconte où la tradition avait son mot à dire, la magie, la foi dans les saints, un monde plein de secrets et de mystère qui avait une forme de pouvoir occulte. Dans cet hommage, il y a tout ce qui j’ai hérité de ma mère et que je veux transmettre au jeune lecteur Tunisien pour qu’il n’oublie pas que nous avons une histoire et que nos mamans y ont tenu de vrais rôles, fût-ce derrière les murs et sous le safsari. »
FM : Vous êtes un exemple à suivre par beaucoup de femmes grâce votre parcours et vos réussites impressionnants. Quel est votre conseils à toutes ces femmes et c’est quoi votre secret de la réussite ?
FZ : « Je dis ceci aux femmes : ne jamais baisser les bras ; croire en leur compétences et capacités ; continuer à démontrer qu’à travail égal, elles sont aussi efficaces et productives, voire plus. Si la Tunisie veut tenir debout et compter dans le concert des nations modernes, c’est sur elles qu’il faut tabler. Et Si le monde aspire à la paix, à la démocratie, à la justice et à la préservation de la Vie, à coup sûr, elles sont son avenir. »
Encore une preuve de plus : « Impossible n’est pas tunisien ! », oui on peut l’affirmer, les enfants de cette patrie et ses femmes en premier lieu ne s’arrêteront devant rien ! Notre pays ira loin grâce à ses femmes et c’est une conviction !
Par Jihène Sayari
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