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Elle pensait que c’était du stress. C’était son cœur qui lâchait.

  • Elle pensait que c’était du stress. C’était son cœur qui lâchait.

 

L’infarctus a longtemps eu un visage : celui d’un homme, la main sur la poitrine. Ce visage a menti à des générations de femmes — et leur a parfois coûté la vie. En 2026, il est urgent de briser ce mythe. Surtout en Tunisie, où les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité.

Elle a attendu. Parce que la douleur ne ressemblait pas à ce qu’on lui avait décrit. Pas de coup de poing dans la poitrine, pas de bras gauche paralysé. Juste une fatigue écrasante depuis quelques jours, des nausées qu’elle a mises sur le compte du surmenage, une gêne dans le dos qui lui semblait bénigne. Elle a attendu. Et cette attente a failli lui coûter la vie.

Ce récit, les cardiologues tunisiens le connaissent par cœur. Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité en Tunisie — 26% des décès enregistrés chaque année dans le pays. Et pourtant, dans l’imaginaire collectif, cette maladie reste masculine. Ce préjugé silencieux est l’une des causes les plus sous-estimées de la surmortalité féminine.

 

1 sur 4  est la proportion d’infarctus féminins survenant avant 65 ans aujourd’hui — contre 1 sur 6 il y a seulement vingt ans. Les femmes font des infarctus de plus en plus jeunes. Et elles le savent de moins en moins.

Le problème ne tient pas uniquement à l’ignorance des patientes. Il tient à un biais qui traverse toute la chaîne médicale.

 

 L’infarctus féminin ne ressemble pas à l’infarctus masculin. 

 

Chez une femme, l’alerte peut se manifester par une fatigue inhabituelle, des nausées, une douleur dans le dos ou la mâchoire, un simple essoufflement. Des symptômes dits « atypiques » — qualificatif trompeur, puisqu’ils sont en réalité typiques du cœur des femmes, simplement absents des manuels écrits sur des cohortes majoritairement masculines.

« Près de la moitié des femmes de moins de 60 ans victimes d’un infarctus n’ont pas ressenti les symptômes classiques. L’atypique, chez les femmes, c’est la norme. »

Ce retard de reconnaissance n’est pas anodin. Les femmes sont prises en charge plus tardivement que les hommes après un infarctus — et elles en meurent davantage, non pas parce que leur cœur est plus fragile, mais parce que leur douleur est moins vite crue, moins vite identifiée, moins vite traitée. Un rapport de l’Académie de médecine publié en 2025 va plus loin encore : il établit que les femmes ont moins de chances que les hommes de se voir prescrire les médicaments essentiels après un infarctus. La médecine aussi a ses angles morts.

En Tunisie, la situation est aggravée par des facteurs de risque spécifiques qui restent peu évoqués dans les consultations. L’hypertension artérielle touche 36% des femmes tunisiennes contre 25% des hommes. Le diabète, facteur cardiovasculaire majeur, concerne des millions de Tunisiennes souvent diagnostiquées tardivement. Et la ménopause — moment charnière où la protection hormonale naturelle disparaît — est encore rarement l’occasion d’un bilan cardiaque préventif.

CE QU’IL FAUT SAVOIR

Les signaux d’alarme chez la femme

Une fatigue intense et inexpliquée qui dure plusieurs jours
Des nausées ou vomissements sans raison apparente
Une douleur dans le dos, la mâchoire ou le cou
Un essoufflement inhabituel, même au repos
Une oppression dans la poitrine — pas forcément violente
Des sueurs froides sans fièvre, une pâleur soudaine

Face à l’un de ces signes, le réflexe doit être immédiat : appeler le 190 (SAMU Tunisie) et ne pas attendre. Pas demain. Pas après avoir vérifié que ce n’est pas « juste du stress ». Le cœur n’attend pas, et lui accorder le bénéfice du doute peut coûter ce qu’aucune prudence excessive ne coûtera jamais.

CE QUE NOUS DEVONS CHANGER

Pendant trop longtemps, les femmes ont appris à minimiser leur douleur — par habitude, par pudeur, parfois parce qu’on ne les a pas crues. Il est temps de désapprendre cela. Votre cœur mérite exactement la même urgence, la même attention, le même sérieux que celui d’un homme. Ni plus, ni moins. Juste enfin la vérité.

 

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