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Noura Nefzi :  » Etre Femme et Monteuse en Tunisie !! »

  • Noura Nefzi :  » Etre Femme et Monteuse en Tunisie !! »

 

Maintenant que le secret est levé, que les trophées ont été décernés et que les vainqueurs sont heureux, il est grand temps pour nous de partager avec nos chères lectrices et chers lecteurs l’interview réalisée avec Noura Nefzi, monteuse et membre du jury de A-Mag Ramadan Ceremony

« J’ai été contacté par Kamel Ben Othman, j’ai vu le sérieux du Projet,  je me suis emballée et j’ai tout de suite adhéré. »

 

Femmes Maghrébines : et si vous nous parliez un peu de vous ?

Noura Nefzi, membre du jury de A Mag Ramadan Ceremony, je suis  enseignante universitaire et chercheuse, également docteure en design image, mais je suis avant tout  monteuse de films, c’est ma fierté.

Au début je pensais, et tout le monde pensait, que j’allais vers la réalisation, mais non, j’aime le métier de montage, sa force, le pouvoir que ça a sur le court des projets et du coup je suis toujours monteuse, même si on me demande souvent ma lecture sur certains projets et que je suis payée pour ça.

Mais je reste fidèle au métier de monteuse.

Le montage c’est une dynamique, ce n’est pas uniquement le monteur ou la monteuse. La dynamique tourne autour des convictions et des idées du réalisateur, et c’est le rôle du monteur ou de la monteuse d’user de son savoir faire et d’utiliser tous ses moyens pour véhiculer et rendre accessible ce point de vue aux spectateurs.

Le bébé est celui du réalisateur et l’équipe du montage, monteuse ou monteur prend à sa charge l’éducation de ce bébé comme le veut l’initiateur du projet.

F.M. : Ce n’est pas injuste vis-à-vis du monteur de voir tout le travail attribué au réalisateur ?

N.N : Personnellement, je ne vois aucune sorte d’injustice ou de mise au deuxième plan, bien  au contraire. Un réalisateur qui fait appel à moi pour l’accompagner dans son projet est une grande confiance.C’est un travail d’équipe où l’équipe de montage doit donner son plus.

En Tunisie, nous monteurs nous ne sommes pas nombreux, il y a du travail pour tous, mais il faut être créatifs et donner une valeur ajoutée.

F.M. : Concernant la cérémonie,  est-ce que  vous pensez que ce sera une tache facile ou compliquée d’évaluer les projets de cette année?

N.N : A mon avis ça sera très  compliqué, le fait d’être du domaine nous empêche un peu d’être objectifs, nous connaissons parfaitement les difficultés et les moyens très limités alloués à ces projets donc cela peut parfois expliquer certaines défaillances.

Le budget est notre première difficulté dans le pays,  mais nous sommes aussi face à une différence de savoir faire, de technique entre les projets, du oint de vue image, son, réalisation…

 

F.M.  :Avez-vous déjà tranché, vous Noura Nefzi?

N.N. : Oui bien sur mais je ne pourrai pas vous les dévoiler, c’est top confidentiel et la décision sera collégiale.

Mais je pense que dans chaque travail il y a une partie qui excelle, un coté qui sort du lot, mais il y a un travail qui fait la différence.

 

F.M. : Comment est-ce que vous évaluez la présence de la femme devant et derrière la caméra ?

N.N : Ce paradigme a toujours existé, depuis la naissance du cinéma, vu que ce domaine relève de l’art mais aussi de l’industrie et ce coté industriel a toujours contribuer à faire de la femme dans le cinéma, une femme objet, je parle même du cinéma classique hollywoodien qui est notre référence dans ce sens.

Il y a aussi la présence de la femme derrière la caméra, c’est un problème qui existe à l’échelle internationale, mêmes les oscars et  les grands festivals de renommée sont conscients de cela et essayent d’y remédier.

Salma Baccar me l’a souvent dit, en tant que créatrice on m’a laissé une part du champ libre, mais en tant que réalisatrice c’était difficile vu que c’est un poste décisionnel.

Donc pour revenir à ce qu’on nous a servi cette année, l’image de la femme opprimée, accablée, faible et très sentimentale, ne me convient pas.

Il y a des représentations de la femme qui m’ont beaucoup dérangée et qui plus est lorsqu’il s’agit de projets réalisés par des femmes.

Quand je me mets à comparer les réalisations tunisiennes à celles de certains pays du monde arabes, des pays où la femme a beaucoup moins d’acquis que chez nous,  je ne peux qu’être déçue.

Cette année, par exemple, et ce n’est pas une exception, nous n’avons pas de premier rôle féminin.Il n y avait pas de rôle féminin qui pourrait servir de modèle pour la femme tunisienne.

Partout dans le monde il  y a des recherches qui sont entrain de se faire pour réfléchir la position de la femme dans le cinéma derrière et devant la caméra.

Alors qu’en Tunisie certains départements sont encore réservés aux hommes et généralement ce sont les départements où il y a de la technicité et cela est une fausse démarche et une fausse idée, car les femmes peuvent assurer.

Prenons les métiers de machino par exemple, nous avons lors des formations eu des filles qui ont assuré convenablement.

En tant que DOP, en tant que tout.

On peut devenir réalisateur si on n’a pas eu de formation de réalisation, mais on ne peut pas le devenir si on n’a pas eu de formation du tout.

Le travail doit être cohérent, entre l’écriture, la réalisation et le montage.

Lorsqu’il y a une erreur, elle est généralement partagée.

Femmes Maghrébines : L’erreur à ne pas  faire?

NN: trop de mélodrame dans toutes les réalisations, c’est un choix mais  moi je ne suis pas très adepte. Dans les comédies aussi, les gags sont très espacées, il y a un tempo qu’il faut entretenir, un nombre de gags par minutes.qui n’est malheureusement pas respecté.

Mais tout cela est un défi vu les conditions et les contraintes budgétaires. C’est pour cela que les techniciens tunisiens sont de plus en plus séduits par l’étranger, les pays arabes que ce soit pour les salaires ou pour l’engagement dans le projet avant les tunisiens.

 

Interview réalisée par : Nesrine Ben Khedija

 

 

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