À la veille des festivals d’été : Le plaidoyer pour l’excellence que la Tunisie mérite
- société
Par Dr.Rejeb Haji
« On ne bâtit rien avec la haine, la rancune ou l’esprit de vengeance. Il est plus facile de résister à la répression, aux souffrances physiques que de dominer les entraînements de ses passions. La véritable guerre sainte, le Jihad-el-akbar, c’est la guerre contre ses mauvais instincts. »
Habib Bourguiba, La Tunisie et la France, Introduction.
Ni le Premier ministre, ni ses ministres ne sont capables d’affronter leurs contradicteurs. Ils se couvrent sous le parapluie d’un Président usé par l’âge et soumis à des pressions des lobbyistes de tout genre. Nul ne vole au secours de ce dernier pour sortir le pays de l’ornière.
Je me rappelle de ses réflexions, le jour où il m’avait reçu à bras ouverts au Palais de Carthage, pour effacer moralement les préjudices et les vengeances que m’a fait subir un Premier ministre ringard et haineux qu’un coup d’Etat médical a placé sur orbite. Ce dernier n’avait d’ailleurs ni le niveau intellectuel requis pour la fonction ni les aptitudes nécessaires pour diriger un pays, comme le nôtre, de civilisation millénaire. Il était avec sa bande une anomalie de l’Histoire.
Il y a quelques mois, Le Président Beji Caïd Essebsi, venant entre autres lui présenter mes livres, me dit avec son humour coutumier, « Que veux-tu de plus, je te reçois dans le bureau de Bourguiba ». Parcourant avec moi les lieux décorés des effigies de Bourguiba, il s’arrêtait à chaque pas pour le tenir à témoin de ses propos. J’étais pour lui l’homme « fidèle de Sayah » à qui « il voue du respect malgré des divergences, me dit-il tout au long de l’entrevue ». Parcourant avec lui certaines péripéties de l’Histoire du pays, il était incollable sur la véracité des faits. Feuilletant mon essai en langue arabe, intitulé «تونسنا الى أين المسار », il me rétorqua que lui « connaît les défis à surmonter.» Amer, il m’a fait un tour d’horizon sur la situation du pays que je considère encore valable aujourd’hui, plus que jamais.
Quatre éléments que j’ai retenus et qui demeurent des fondamentaux, selon mon approche :
qu’il a sauvé le pays d’un bain de sang certain en ramenant Ghannouchi à dépasser ses rancœurs ;
qu’il n’y a plus d’hommes politiques, au vrai sens du terme, dans le pays ;
qu’il n’est pas seul maître à bord pour conduire la politique et que tout le monde doit l’aider dans sa démarche consensuelle ;
que ceux à qui ont fait confiance, à l’usure du pouvoir,généralement, ils perdent la voie du salut…
Si le pays va mal et nul ne le conteste, il n’y est pour rien. Dans son respect de la constitution, il en donne l’exemple.A travers ses interventions pointues, il tente de sauver les équilibres et tracer des lignes de réforme qui auraient dû faire l’unanimité des politiques- ou de ceux qui en restent- la plus large possible.A chaque fois, dans ses choix, il a pesé le pour et le contre. Il souhaitait que les gouvernants prennent conscience de leur rôle et assument leur propre responsabilité.
Loin de s’immiscer dans le travail quotidien des ministres, il leur prodigue des conseils à distance. Se réunir autour du Premier ministre périodiquement, tous les deux mois par exemple, pour dresser des bilans et faire un point d’étape des projets lancés et des chantiers en cours, ministère par ministère, seraient la voie de la raison.
Il ne suffit plus de multiplier les lois à quelques mois des élections. Il faut juste évaluer le travail accompli et expliquer les contraintes rencontrées pour l’application des lois. La croissance, le chômage, la fiscalité, l’économie parallèle et pourquoi pas la révision constitutionnelle…Il faut valoriser ce qui se fait dans ces domaines, remettre l’action gouvernementale en perspective et dessiner le programme de ces quelques mois à venir.
Malgré l’insécurité qui règne encore et les grèves annoncées qui risquent de bloquer le pays, il faut engager la consultation avec tout le monde en présentant l’état du pays, tel qu’il est, avec chiffres à l’appui et en tenant à témoin le peuple de la gravité de la situation et de la responsabilité de chacun pour le sortir de l’ornière.
Une décentralisation du conseil des ministres serait un clin d’œil pour les régions pour montrer que le gouvernement se bat sur tous les fronts. Pour cela, il faut de la lisibilité pour engager les réformes qu’elles soient celles des entreprises publiques, des caisses de sécurité sociales, des banques, de la fiscalité, de la formation professionnelle, voire même du budget encore en gestation alors que le temps légal de son dépôt devant l’ARP presse.
Ce qu’attendent les tunisiens, c’est moins de chaos et plus de résultats. Ils veulent sentir les changements dans leur vie quotidienne. Peu leur importe les exigences du FMI et ses recommandations qui sont partout les mêmes : préserver la stabilité macro-économique « en réduisant le déficit fiscal, en maintenant une politique monétaire prudente et en assurant un système fiscal sain » ; « renforcer les rentrées fiscales et la maîtrise des dépenses »… Il encourage les autorités « à continuer à supprimer les exemptions sur la TVA et les droits de douane » et à poursuivre « la lutte contre l’évasion fiscale, à renforcer encore les contrôles et à rationaliser les dépenses, tout en maintenant ses efforts sur une toute une série de domaines sociaux ou liés à l’entreprise (eau, énergie, partenariats public-privé…) ».
Le budget 2019 n’échappera pas à ces recommandations, sous peine de fermeture du robinet du crédit, déjà négocié. Combien de fois des Instances créées par la constitution, se sont avérées budgétivores, ont été dénoncées pour leur mauvaise gestion, avec des preuves formelles avancées?
En dépit des témoignages accablants, et de la collection d’échecs cuisants qui ont émaillé leur gestion et malgré les remarques pertinentes de la Cour des comptes, quelles sanctions ont été infligées à leurs responsables ?
Une stratégie déclare le ministre chargé des grandes réformes (quelle drôle d’appellation !), basée sur « la gouvernance générale, la gouvernance interne, le dialogue social et la structuration financière » va-t-elle suffire pour renflouer le tiers des entreprises publiques en difficulté, afin de ne pas les brader comme par le passé ?
Encore lui, il revient sur l’augmentation du carburant, dictée celle-là par le FMI, ce qu’il ne reconnait pas, ni sur le TMM qu’il reconnait lui-même « comme une décision impopulaire » ?Un manque de 4000 MD dit-il, qui ne peut provenir, selon lui, que des impôts ou des emprunts extérieurs comme si le pays ne souffre pas assez de sa dette et comme si la classe moyenne ne souffre pas assez de la pression fiscale ?
A vrai dire l’imagination n’est pas au pouvoir et le FMI est leur mentor préféré. Il finance, propose et contrôle, voilà où en est notre pays. L’exécutif ne joue plus son rôle, encore moins l’ARP dans sa mission de contrôle.
L’année 2019 sera une année « politicienne » et l’économie va sombrer encore plus dans la descente aux enfers.Une année semée d’embûches à prévoir! On ne perçoit pas des solutions à venir, plutôt une amorce de chaos où personne n’échappera quels que soient son rang et sa légitimité.
A bon entendeur salut !
H.R.
*Dr d’Etat en économie, Dr en statistique, Diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris, Diplômé de l’Institut de Défense Nationale (4ième promotion), Chef de cabinet de Mohamed Sayah, Premier maire de Melloulèche, Formation à Harvard University …
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