Mon mari m’a trompée avec sa secrétaire, mais je n’ai pas choisi de le quitter.
- société
Salwa, 40 ans, divorcée, désabusée, s’inscrit un jour sur Facebook sur les conseils d’une amie proche. Elle y retrouve par hasard un ami d’enfance qu’elle n’a pas revu depuis vingt-sept ans. Surprise ! L’amour est au rendez-vous.
Comme dit Kundera : « Nous traversons le présent les yeux bandé» Je suis restée mariée une décennie avec quelqu’un d’arrogant et manipulateur qui m’avait éblouie au début. Il m’avait donné deux adorables filles. Après un divorce désastreux, que j’ai vécu avec mes filles comme une guerre de tranchées, le calme s’est enfin rétabli dans ma vie. J’ai eu garde alternée de mes deux filles, une semaine sur deux.
De son côté, mon ex a refait sa vie, sans aucun scrupule avec une femme charmante comme si elle était caché derrière la porte attendant notre divorce. Moi, je rêvais de rencontrer à nouveau l’amour, le vrai. Mes parents forment un couple admirable et j’ai toujours eu ce modèle fusionnel en tête. Mais j’ai découvert — effrayée ! — le monde des rapports entre les hommes et les femmes de 40 ans…
Une cruauté que je ne soupçonnais pas, surtout quand on est protégé par son mariage ou par son couple. Les hommes, je les rencontre tous les jours ; chez des amis, à des dîners, je les croise dans mon boulot (je travaille dans une association caritative) et je découvre dans la douleur qu’ils sont incontestablement, en position de force : ils en usent et en abusent.
On passe une nuit ensemble, mais attention : il ne faut surtout pas considérer cela comme un privilège propre, pas question de croire que quelque chose s’est nouée pour autant ! Pas de relation, pas d’engagement, pas même de tendresse ou d’affection le temps d’une nuitée. Un soir, je rencontre un gars plutôt sympa, drôle, divorcé avec deux enfants. Brillant avec un beau travail. On s’envoie des Textos.
On devient extrêmement intimes par messagerie interposée jusqu’à se déclarer carrément notre flamme via Internet et s’envoyer des poèmes d’amour ! On se voit enfin, et je m’attends à une soirée d’un romantisme inouï. Sauf que voilà. J’arrive chez lui, il se précipite sur moi et m’entraîne dans sa chambre. Moi, je le repousse violemment, il s’énerve et me renvoie de chez lui. C’est ça l’amour ???
Rien d’émouvant, tout est artificiel et puis je ne l’ai jamais revu. Et puis y en a encore, un homme vraiment lâche, en instance de divorce, qui a fini par m’avouer : « Je voulais te remercier, Salwa, grâce à toi je suis retourné avec ma femme, je me suis rendu compte à quel point je tenais à elle. ». Au bout de deux ans et au fil de quelques relations cruelles et absurdes, je perds mes repères. Mais je fourbis mes armes et je deviens plus lucide : je me dis que cette chose qui se nomme « Amour » n’existe pas et je finis par ne plus y croire…
Un jour ma meilleure amie a insisté pour que je m’inscrive sur Facebook, afin de retrouver nos amis d’enfance et voir ce que qu’ils sont devenus. Quand elle m’a montré ce que c’était, ça m’a tout de suite amusée. Je me suis dit : pourquoi pas ? Et puis en fouillant j’ai reconnu son nom sur la « Facelist » d’une amie… Elyess !
Nous avions passé un an ensemble sur les bancs de notre école, en 1988. Un établissement austère où les profs nous appelaient par notre nom de famille, où nous les filles étaient minoritaires. Depuis, il avait disparu de ma vie, je n’avais plus entendu parler de lui. Je l’ai « poké ». Je n’étais même pas sûre qu’il prenne la peine de me répondre. Mais il m’a envoyé immédiatement un message sympa : « Salwa ! Un nom qui remonte du fond des âges : c’est la magie de Facebook ! ». Et il m’ajoute à sa liste d’amis. Après cette première reprise de contact, j’ai tenté de rassembler des bribes de souvenirs. Elyess était vraiment quelqu’un à part. Il n’était pas comme les autres. Avec une sorte d’élégance mystérieuse. En cherchant dans mes affaires j’ai trouvé une photo de classe commune (celle de la 4ème année primaire) : il est plus grand que tous les autres, très jeune homme de bonne famille avec son beau blazer bleu. Moi, je portais des lunettes, genre grande perche, l’air tellement timide et mal dans ma peau qu’il est impossible de deviner qu’un jour je sortirai de ma coquille. Que de souvenirs me parviennent et me bousculent…
Lui : « Je me rappelle que tu lisais beaucoup et je t’avais dit que tu étais une grande lectrice ! »
Moi : « Je me souviens de tes petits foulards BCBG ! De ton meilleur copain que je détestais ! »
Pendant un mois, quelques messages sur Facebook (j’apprends qu’il est devenu architecte, divorcé, et qu’il avait trois enfants), puis nous échangeons nos numéros de portable. Je l’appelle rapidement pour convenir d’un rendez-vous. J’étais tellement nerveuse à l’idée de lui parler. J’avais oublié sa voix, une belle voix grave, chaleureuse et sympathique. On se met d’accord sur le fait de se retrouver au restaurant le sur lendemain. Va-t-il venir ? Reconnaîtra-t-il la grande perche à lunettes de l’école primaire ? Je ressens une certaine angoisse. Mais il arrive enfin au restaurant. Je lui dis en souriant : « Tu n’as pas changé du tout après toutes ces années ! ».
Il s’habillait toujours de la même manière, assez classique, et ça lui allait à merveille. Je découvre, avec mes yeux démystifiés de femme de 40 ans, l’homme que j’avais côtoyé sans le connaître pendant un an, trente-deux ans auparavant. Mais ce qui me frappa tout de suite c’était son regard respectueux. J’avais l’impression qu’il me regardait « de loin ». Nous ne sommes pas du tout dans ces rapports d’immédiate « séduction/agressivité » dont j’ai fait les frais pendant ces deux dernières années…
Non, rien à voir avec ça. Son joli regard me donna l’impression de respirer. Notre conversation est plaisante, on a mille choses à se dire, nous nous racontons nos divorces, nos enfants, les vieux amis de l’école perdus de vue ou retrouvés.
Il me raccompagne ensuite au métro et me souffle : « On va se revoir régulièrement, maintenant ! » Phrase bien éduquée, que je mets sur le compte de sa bonne éducation. Alors je sors mon joker, car je veux le revoir vite : « Et si tu m’accompagnais chez des amis, la semaine prochaine ? » Il accepte volontiers… Avant la soirée en question, alors qu’il doit passer vers 22 heures, je m’inquiète. Je n’arrive pas à croire qu’il va vraiment venir.
Que ça puisse être aussi simple. Qu’il puisse faire irruption au milieu de tous ces visages méconnus. Mais c’est exactement ce qui se produit. A 22 heures pile, on sonne et je me précipite vers la porte d’entrée. Il était là, si grand, si élégant, courtois. Je le regarde avec reconnaissance. Plus tard, il m’avouera que ce regard a compté pour lui. J’avais l’air tellement contente de sa venue qu’il lui était difficile de ne pas partager ma joie.
Nous voilà debout dans le couloir, nous parlons ensemble et le reste du monde s’estompa petit à petit; les autres discutèrent et passèrent dans une sorte de brouhaha. Moi je ne les voyais plus. J’étais penchée vers lui et je sentais sa présence rassurante.
Quelques jours plus tard, il m’emmène écouter un pianiste génial au Théâtre Municipal. J’attends qu’il me prenne la main, mais non !
Je le trouve timide, touchant. Plein de charme. Nous dînons tous les deux après le concert. C’est dans sa voiture que, n’y tenant plus, je lui dis, comme dans un film de Chahin : « Au fait, tu ne voudrais pas m’embrasser, là, maintenant ? » et c’est là que notre histoire démarre vraiment. J’ai eu du mal à croire à ce qui m’arrivait. Après toutes ces expériences négatives, il m’a fallu accepter l’idée qu’on apprend de ses erreurs.
C’est ce qui m’a permis d’avancer. Aujourd’hui, cela fait quatre mois que nous nous aimons. C’est la première fois de ma vie que je suis aussi bien avec un homme. Se remarier ? Noon je ne crois pas. On a mis si longtemps à se « trouver ». Nous allons partir en vacances ensemble, en tête à tête.
Nous avons cinq enfants à nous deux, deux divorces et notre nouvel amour. J’estime que nous sommes bien comme ça, à nous retrouver, quand nos enfants sont chez l’autre parent, comme un jeune couple fougueux et follement amoureux.
J’adore cette entente implicite, ce respect mutuel entre nous deux, notre réciprocité, nos éclats de rire. Notre envie de profiter tout simplement de la vie et d’être heureux, enfin, à 40 ans.
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