×

"Je me sens guérie. Suis-je guérie ???"

  • "Je me sens guérie. Suis-je guérie ???"


Par Samara KAROUI-
A chaque contrôle médicale, mon médecin me félicite et me proclame « tout va bien », tu as bel et bien passé le mauvais cap.
Des mots, des phrases qui font plaisir et qui laisse perplexe.
Si tout va bien ! si j’ai survécu ! ??
Pourquoi alors je continue à vous voir mon « cher Médecin » ??
C’est vrai que vous m’êtes sympathique, enfin, un peu ; mais pas au point de devoir pointer le bout de mon nez dans votre cabinet pour faire cette révision moteur ou locomotive de tout mon corps ; ignorant complétement mon cœur qui tremble appréhendant une mauvaise nouvelle.
A force de m’habituer à me préparer pour venir vous voir ; faisant tant d’effort pour avoir bonne mine, pour paraitre bien, normale. Tout cela pour vous amener à me dire chaque fois cette belle phrase « tout va bien ».
A force de m’habituer à ces RDV hebdomadaire, je crains de tomber amoureuse follement de vous ! Surement que je ne serai pas la seule, vous êtes le don juan de tant de femmes. Mais je ne le voudrais nullement, votre femme m’est très sympathique ; je l’aime bien.
A vrai dire je n’oserai jamais, vous me faites trop penser à ma maladie. J’aime vous considérer comme mon sauveur, le sauveur de tant de femmes.
Bref, revenons à des sujets plus terre à terre. 
La guérison est un mot magique qui veut tout dire et ne rien dire .

G U E R I S O N 

Chaque lettre a vécu sa propre création avec ces biens et ces maux.
Et en les unissons, nous obtenons un mot divergeant sur une histoire généralement commençant assez mal et qui peut finir comme un beau rêve.
Le commencement est déjà déclenchant :
Garder toujours le moral est la première ligne de conduite à prendre à l’annonce de la catastrophe de la maladie « CANCER »
Vous diriez trop facile à dire, trop difficile à faire ? Oui surement.
Il n’y a jamais eu de recette prête à l’avance pour avoir et garder le moral dans n’importe quelle situation et surtout en étant atteint du cancer, même s’il est diagnostiqué tôt et ne constitue pas un danger pour la vie.
Le mot en lui-même peut nous faire basculer vers une attaque cardiaque, comment nous dire garder le moral. ??!!
L’annonce de la maladie passe par tant d’émotions, le refus, la panique, le rire, l’indifférence, la peur, le renie. On ne peut deviner qui vient et qui précède, chaque personne à des neurones réceptifs propres à lui qui nous sont si étrangers. La réaction est différente d’une personne à une autre.
Mais heureusement qu’il y un brin de raisonnement en chacun de nous qui rend l’annonce de la maladie un peu atténuante en pensant à tous ceux que nous aimons et qu’on ne doit pas les faire souffrir.
Nous y revenons plus en détails sur ce qui précède.
Le malade qui est en chacun de nous cherche toujours un soutien quelque part pour s’y accrocher. C’est pourquoi vivre en Union avec nous proches reste primordial.

UNION oui, on dit l’union fait toujours la force.

S’unir à ceux qu’on aime, chercher un sourire, un soutien, une paix dans chaque geste, chaque parole venant d’eux pour se sauver de l’image que nous donne ce cancer ou alors essayer de le vaincre.
Les gens seuls, éparpillés ont du mal à s’en sortir, la solitude est la pire ennemis du cancer, elle crée des doutes, des incompréhensions qui font chavirés le mal vers l’inguérissable.
Ce mal qui s’installe en nous et ne veux pas nous laisser, nous lâcher. On arrive à un point dans l’horizon où il n’y a plus de recul, notre unique pensée est partir, quitter, lâcher et en finir avec ce mal.

EN FINIR, un mot dur à lire et dur à écrire.

En finir avec le mal qui détruits nos cellules jour après jour. Même ces cellules on en a marre et ne veulent plus se multiplier, procréer. Elles ont détestées notre corps fragile, faible, moche, malade.
Cette pensée d’en finir nous hante jour et nuit, même quand tout va bien, ce n’est qu’illusion, illusion, un petit répit puisque tout va mal.
Le pourquoi de notre lutte s’impose à notre esprit, on aime beaucoup croire qu’on le fait pour tous ceux qu’on ne veut pas laisser ; mais la vrai raison est qu’on n’a pas peur de ne pas tenir le coup jusqu’à la fin mais de continuer dans cette souffrance sans pour autant partir, mourir. C’est la pire des situations dans toutes les maladies et surtout pour le cancer. Rester dans la souffrance, l’invalidité et l’attente cette heure et qu’elle n’arrive pas pour dire nos adieux.
Je pense qu’à ce moment précis de notre vie, il faut prendre notre courage à deux mains, essayer de mettre un plan, une stratégie pour lutter, pour rire de ce cancer, pour vaincre ces douleurs, ces métamorphoses que subissent notre corps, notre âme. Cette laideur qui s’installe en nous est insupportable, mais oui lutter pour s’en sortir, pour gagner cette lutte entre le cancer et nous.
Que faire ? Comment faire ? 
Rire de cette maladie
mon dieu comment rire de mon état, de mon corps endommagé!!!
ouii !!
C’est la seule alternative qui se présente à notre esprit..
Oui il faut rire de cette maladie, se moquer d’elle, l’ignorer.
Cela parait tellement insensée, illogique, idiot même. Mais le merveilleux dans toute cette bataille c’est que c’est très faisable, oui faisable. On peut rire, se moquer du cancer ; et surtout apprécier son vrai visage quand il sait qu’il part vers sa perte.
Un travail s’impose à nous, même en étant si fatiguée, si faible par ce qui nous arrive. Il faut se forcer à se mettre dans notre tête si fatiguée que c’est une maladie comme une autre, qu’il y a des maladies pire que le cancer. L’important est de croire si fort que ce n’est pas ce cancer qui va décider de notre départ vers l’au-delà et qu’à vrai dire notre heure n’a pas sonné, c’est simple comme tout.
Se moquer de notre douleur, de notre faiblesse, de notre fragilité et surtout de notre physique qui commence à prendre des proportions, des formes bizarres est la thérapie la plus insensée et la plus réussie. C’est vrai qu’il faut nous armer d’une grande patience, un grand amour de soi et une grande croyance pour réussir à rire de notre état, de notre souffrance, de notre maladie et à prendre ce chemin pour abattre cette affreuse maladie.
Et un éclair se crée devant nous, une lumière jaillit en nous et tout peut s’éclaircir d’un coup.
Quand on arrive à simplifier notre maladie, essayer de ne jamais amplifier ce qui nous arrive ; on commence à prendre confiance en notre capacité à se sentir mieux. Notre envie reprend tout doucement et là ; commence la vraie vie où se crée des images, des situations, des décors qui nous mettent à l’aise, qui nous rendent le sourire dans nos cœurs.
On apprend à écouter notre corps, nos membres, nos organes et c’est si impressionnant de communiquer avec toutes les parties, les coins et les recoins de ce tat de chair qui change de couleur, d’aspect et de formes. On apprend à demander et à recevoir des réponses.
Un exploit, vraiment ; et c’est à partir de ce moment à qu’on commence à aimer notre corps enflée, nos yeux cernés, notre visage fatigué, car on s’est pertinemment que ce n’est que passager, que ces effets-là sont les conséquences de cette maladie et non la cause.
Le meilleur remède est d’apprendre à se dire que tout est question de temps, tout est provisoire, tout va passer. Ces mots sont les clés qui nous poussent vers l’avant, nous donnent une énergie pour se mettre debout encore une fois.
Une fois on a acquis ces capacités, on a assimilé ces remèdes ; on sent l’effet positif que ça nous fait… on est mieux.. On va vers la guérison, l’oublie de cette maladie. On va écraser ce cancer.
L’envie d’offrir ces secrets, de les partager avec d’autres atteint de cette maladie noire devient si impératif, si intense. Je commence à en parler autour de moi, partager avec eux le comment et le pourquoi de certains états et certains effets. Mon discours est toujours basé sur l’obligeance d’aimer soi-même. Comment apprécier nos coins et recoins de notre corps endommagés.
D’où la nécessité d’Initier les autres pour mieux prendre soins d’eux, pour aller plus vite vers la guérison.

INITIER

Oui initier les autre malades, les guider pas à pas à faire des gestes simples pour prendre soin de leur corps, être attentif à ce qu’il nous demande.
Oui j’ai appris à écouter mon corps..je l’entend me demander un moment de repos, un massage, une douche, un soin quelconque.
Le plaisir de répondre à ces demandes nous donne une satisfaction énorme. Et c’est là qu’on commence à aimer notre chair, notre corps même s’il est déformé, manquant un organe.

SAVOURER

Que c’est beau de pouvoir savourer notre bien-être et ce qu’on fait est capable de réaliser allant d’un être faible, anéantie par la maladie vers une personne forte, courageuse, décidée à aller jusqu’au bout dans cette guerre contre ce cancer.
Les journées commencent à être paisible, les nuits douces et c’est ainsi que le chemin qu’on avait pris dès l’annonce de la maladie commence à diminuer, on n’est pas loin du but, la bataille est presque finie. Une nouvelle vie s’offre à nous sans ce cancer.
Oui la vie reprend son cours normal avec une suspension d’un temps que chacun voit sa longueur comme il l’entend.

 
ORGANISER

Il est temps alors de commencer à organiser cette nouvelle vie qui s’offre à nous. Le destin nous donne une deuxième chance, surtout sachons bien la saisir et ne perdant pas le temps dans des suppositions inutiles ou précoces.
Le bonheur vient à notre rencontre, je la sent comme une renaissance, une nouvelle porte qui s’ouvre, une chance pour vivre de belle choses, de belles histoires, oui j’ai encore le temps de les vivres de savourer mon existence, d’apprécier ma bonne santé.

NAGER 

Cet exploit, celui d’aller jusqu’au bout de la guérison me rend si heureuse, je nage dans le bonheur d’avoir survécu au cancer, une maladie qui fait peur, qui nous rend si vulnérable, si misérable des fois.
Guérison…. Quelques lettres liées les unes aux autres suivant un ordre bien précis peuvent procurer une joie énorme ou imposer une souffrance éternelle. Je décortique ce mot et je découvre que pour l’atteindre il nous faut passer pour un guerrier, un dur guerrier qui n’a pas peur du protocole de soins, des souffrances, des échecs et des tortures qu’on nous impose au cours du traitement. On ressent ces sons qui résonnent en nous, qui nous matraquent, qui sifflent dans nos oreilles en passant sous et dans ces machines gigantesques ces monstres qui soi-disant diagnostiquent notre état, ou en est de ce nombres de cellules qui submergent notre corps et qui détruisent notre sang, notre peau et ravagent tout à son passage.
Mais notre seul et unique manière de nous en sortir et d’en rire de tout cela. J’ai tout le temps dit à mes amis. Je ris, je ris de tout et de rien.. parce qu’entre la guerrière que je suis devenue pendant ma souffrance et ces sons que je subissent au cours de tout ce traitement, je ne peux qu’avoir le courage de rire, créer les moments, les instants pour provoquer un rire. Le rire fait rajeunir notre visage, nous fait paraître plus belle, plus jeune et dissimulant les agressions que nous a fait subir la chimiothérapie et la radiothérapie.
J’adore ce mot de guérison, trois grandes syllabes pleines de sens, de valeurs, de force.
Et c’est ainsi que j’ai pu passer le cap, sauter ce grand pont, passer à l’autre rive ou la lumière a jaillit, la chaleur du soleil m’a accueillie, m’a ouvert les bras.

j’ai pu ouvrir mes ailes pour m’envoler, respirer cette belle odeur de la vie

 
A Suivre …..

DOSSIERS SPÉCIAUX