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Succession à l’ONU : Le plafond de verre de Manhattan va-t-il enfin céder ?

  • Succession à l’ONU : Le plafond de verre de Manhattan va-t-il enfin céder ?

L’histoire aime les longs préludes, mais au Palais de Verre, le tic-tac de l’horloge diplomatique est devenu assourdissant. Alors que le second mandat d’António Guterres expire à la fin de l’année, les couloirs du Conseil de sécurité entament en ce début juillet 2026 leurs grandes manœuvres rituelles. Mais cette année, le scrutin n’est pas seulement une affaire de géopolitique régionale. C’est un test de cohérence morale pour une institution qui prône l’égalité des sexes à travers le monde, mais n’a été dirigée que par des hommes depuis sa fondation en 1945.

Sur les six candidats officiellement en lice, quatre sont des femmes, toutes issues du groupe d’Amérique latine et des Caraïbes (GRULAC), la région dont c’est théoriquement le tour de gouverner.

Voici une analyse des forces en présence, des dynamiques de coulisses et des pièges politiques qui guettent cette élection historique.

Le tableau des forces : Qui sont les candidates au poste de « SG » ?

La sélection combinera le vote des membres permanents du Conseil de sécurité (les « P5 » disposant d’un droit de veto) et l’aval de l’Assemblée générale. Les quatre candidates en lice affichent des profils lourds, mêlant expérience d’État et maîtrise des rouages de l’ONU :

Candidate

Pays d’origine

Parrainage officiel

Atout majeur

Défi politique

Michelle Bachelet

Chili

Brésil, Mexique

Ex-Présidente du Chili, ex-Cheffe du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, première directrice d’UN Women.

Le gouvernement de droite chilien de J.A. Kast lui a retiré son soutien national en mars dernier.

Rebeca Grynspan

Costa Rica

Costa Rica

Secrétaire générale de la CNUCED, ancienne vice-présidente. Excellente réputation sur les dossiers économiques.

Profil perçu comme plus technocratique que politique à l’échelle des chefs d’État.

María Fernanda Espinosa

Équateur

Antigua-et-Barbuda

Ancienne présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, ex-ministre des Affaires étrangères.

N’est pas directement soutenue par son propre pays d’origine (l’Équateur).

Carolyn Rodrigues Birkett

Guyana

Guyana

Représentante permanente du Guyana à l’ONU, ex-ministre des Affaires étrangères.

Profil plus jeune, bénéficie d’une forte dynamique fraîchement lancée mi-juin.

Le facteur « P5 » et les « Backroom Deals » : Le grand paradoxe

L’investigation montre que l’enthousiasme de la société civile se heurte à la réalité froide de la « Realpolitik ». Un rapport récent de la campagne citoyenne 1 for 8 Billion a mis en lumière les accords de coulisses exigés par les superpuissances. Pour obtenir l’aval des États-Unis, de la Chine ou de la Russie, une candidate ne doit pas seulement être compétente, elle doit être « acceptable ».

Le piège des droits de l’homme : Le profil de Michelle Bachelet, bien qu’historique, porte les stigmates de ses anciennes fonctions au Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Ses rapports passés, notamment sur des dossiers sensibles liés à de grandes puissances, font planer l’ombre d’un veto de Moscou ou de Pékin.
La menace Grossi : Face à ce bloc féminin, le principal concurrent masculin, l’Argentin Rafael Grossi (actuel patron de l’AIEA), joue la carte du profil ultra-technique indispensable en période de tensions nucléaires globales. Pour de nombreux diplomates conservateurs, il reste le candidat du statu quo rassurant.

Le mot d’un diplomate sous couvert d’anonymat :« Tout le monde s’accorde publiquement à dire qu’il faut une femme. Mais dans le secret de la « Consultation Room », si une candidate refuse de promettre les postes de sous-secrétaires généraux aux grandes puissances, son genre ne la sauvera pas d’un veto. »

La diplomatie féministe au pied du mur

Tant Michelle Bachelet que Rebeca Grynspan et María Fernanda Espinosa ont signé le mois dernier à Londres les Principes d’Intégrité, s’engageant à refuser ces partages de pouvoir secrets. Une posture éthique saluée par les coalitions féministes internationales, mais qui complique leur feuille de route politique face à des puissances habituées au troc de postes d’influence.

L’ONU célèbre ses 81 ans. Elle s’apprête à choisir si son avenir sera guidé par la représentativité réelle d’un monde composé à moitié de femmes, ou si les portes du bureau du 38e étage du secrétariat général resteront désespérément fermées à la moitié de l’humanité. Les prochains « straw polls » (sondages informels) du Conseil de sécurité prévus fin juillet donneront la tendance : rupture historique ou énième rendez-vous manqué.

 

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