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Majoritaires à l’université, minoritaires dans les sciences : un paradoxe qui parle aussi aux Tunisiennes

  • Majoritaires à l’université, minoritaires dans les sciences : un paradoxe qui parle aussi aux Tunisiennes

Les femmes réussissent mieux leurs études que les hommes — mais désertent encore les filières scientifiques les plus sélectives. Un constat qui résonne étrangement avec une réalité tunisienne bien connue : l’excellence académique des femmes ne suffit toujours pas à leur ouvrir toutes les portes.

Femmes Maghrébines · Rédaction

Une note publiée en mars 2026 par le Service statistique de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, intitulée « Vers l’égalité femmes-hommes ? Chiffres clés 2026 », dresse un constat qui pourrait surprendre : dans l’Union européenne, les femmes sont aujourd’hui plus diplômées du supérieur que les hommes. En 2024, 50 % des femmes de 25 à 34 ans dans l’UE27 détenaient un diplôme du supérieur, contre 39 % des hommes — un écart qui s’est nettement creusé en dix ans.

La France dépasse même la moyenne européenne, avec 57 % de femmes diplômées dans cette tranche d’âge, contre 50 % des hommes. Dans certains pays, l’écart est encore plus marqué : 63 % contre 50 % en Suède, 60 % contre 47 % en Espagne.

Meilleures au lycée, plus rares en filières scientifiques

Cette avance se construit dès le secondaire. En France, 85 % des filles obtiennent le baccalauréat, contre 75 % des garçons. Mais les choix d’orientation divergent fortement : 45 % des filles de terminale ne suivent aucune spécialité scientifique, contre seulement 25 % des garçons. À l’inverse, 52 % des garçons choisissent deux spécialités scientifiques, contre 34 % des filles seulement.

Cet écart se prolonge naturellement dans le supérieur. Les femmes sont ultra-majoritaires dans le paramédical et le social (83 %), en lettres et sciences humaines (71 %) ou en médecine (64 %). Elles restent en revanche minoritaires dans les filières scientifiques et technologiques les plus sélectives.

30 %Femmes en écoles d’ingénieurs
40 %Femmes en CPGE
29 %Femmes en master de mathématiques

Même à l’intérieur des sciences, l’écart se creuse davantage : les femmes représentent 67 % des étudiants en sciences de la vie, mais seulement 34 % en sciences fondamentales. Au doctorat, elles ne sont que 21 % en mathématiques et 27 % en sciences et technologies de l’information.

Un diplôme qui protège moins les femmes sur le marché du travail

 

Le paradoxe le plus frappant concerne l’insertion professionnelle. Douze mois après l’obtention d’un master, 71 % des diplômées occupent un emploi salarié, contre 77 % des hommes ; 51 % des femmes ont un emploi stable, contre 61 % des hommes. Sur le plan salarial, l’écart atteint environ 9 % : 2 120 euros de salaire médian pour les femmes diplômées de master en 2022, contre 2 330 euros pour les hommes.

Et en Tunisie ?Le même paradoxe existe, sous une forme plus marquée encore. Le taux d’activité des femmes tunisiennes ne dépasse pas 28,2 % de la population active, contre 65,8 % pour les hommes — et le chômage grimpe à 40,7 % chez les femmes diplômées du supérieur, contre 17,6 % chez les hommes. Autrement dit : plus une Tunisienne est diplômée, plus elle risque, paradoxalement, de se retrouver exclue du marché du travail.

Ce que révèlent ces chiffres, français comme tunisiens, dépasse la seule question de l’orientation scolaire. Il ne suffit pas que les femmes réussissent mieux à l’école ou à l’université pour que cette réussite se traduise en emploi, en salaire ou en reconnaissance professionnelle équivalente. Tant que les filières les plus valorisées — sciences, ingénierie, technologies — resteront perçues comme un territoire majoritairement masculin, l’écart scolaire en faveur des femmes continuera de s’effacer, une fois passé le seuil du monde du travail.

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