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Google lance un coach de bien-être propulsé par l’IA — l’OMS appelle à la vigilance

  • Google lance un coach de bien-être propulsé par l’IA — l’OMS appelle à la vigilance

 

Elle connaît vos nuits, compte vos pas, analyse vos habitudes et vous suggère comment mieux vivre. Mais peut-on vraiment confier son bien-être à une machine ?

FEMMES MAGHRÉBINES · RÉDACTION

Il y a quelques années encore, prendre soin de soi supposait un carnet, un coach, un nutritionniste, un médecin — ou simplement beaucoup de volonté. Aujourd’hui, il suffit souvent d’ouvrir son téléphone. La montre sait combien on a dormi, l’application connaît le nombre de pas, le bracelet mesure l’activité. Et désormais, l’intelligence artificielle met toutes ces données en récit pour expliquer ce qu’il faudrait faire pour aller mieux : dormir davantage, marcher plus, adapter son alimentation, réduire son activité lorsque le corps semble fatigué. Le wellness entre dans une nouvelle ère, celle du coaching algorithmique — et une question s’impose : à force de vouloir mieux nous connaître, sommes-nous en train de confier notre corps à des machines qui, sur le papier, nous connaissent mieux que nous-mêmes ?

De l’application qui compte à l’IA qui conseille

Pendant longtemps, les applications de santé se contentaient d’accumuler des chiffres — pas, calories, fréquence cardiaque, heures de sommeil. Des données, encore des données, sans grille de lecture. L’intelligence artificielle change cette logique : elle ne se contente plus d’afficher un chiffre, elle tente de l’interpréter. C’est ce qui fait émerger une nouvelle génération de « coachs » numériques.

Ce qui existe déjàEn 2026, Google a développé son Health Coach, intégré à Google Health et alimenté par Gemini, avec l’ambition d’analyser différentes données personnelles de santé et d’activité pour proposer des recommandations individualisées — croisant notamment sommeil, activité physique, entraînement et récupération.

La promesse séduit : un coach disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre, qui ne se fatigue jamais, ne juge jamais, et connaît tout l’historique. Mais cette promesse soulève une question plus profonde — que se passe-t-il lorsque le bien-être devient une affaire de données ?

Quand le sommeil devient une statistique

Dormir huit heures ne suffit plus. Il faudrait désormais connaître la qualité de son sommeil, son rythme, sa récupération, ses variations, et jusqu’à la relation entre sommeil et activité physique. Montres et bagues connectées ont transformé le sommeil en tableau de bord ; l’IA va plus loin encore, comparant plusieurs semaines de données pour détecter des tendances et proposer des ajustements. Mal dormi ? Elle suggère de ralentir. Beaucoup marché ? Elle recommande de récupérer.

Le problème, c’est que le corps humain n’est pas une équation parfaite. Une nuit difficile peut tenir à une inquiétude que la montre ignore. Une fatigue peut être émotionnelle. Une baisse d’énergie peut avoir une cause médicale que rien, dans les données, ne laisse deviner. Une femme peut afficher d’excellentes statistiques tout en se sentant profondément mal — parce que ce que mesure une machine n’est pas nécessairement ce que ressent une personne.

Personnaliser une réponse à partir de données n’est pas la même chose que connaître une personne.

Le danger de la fausse personnalisation

Le mot « personnalisé » est devenu l’un des plus séduisants du marketing wellness — routine personnalisée, programme personnalisé, coaching personnalisé. Mais une IA ne voit pas nécessairement ce que vit une personne. Elle ne connaît pas toujours son histoire familiale, ne comprend pas forcément son environnement professionnel, et ne mesure pas la pression mentale d’une femme qui jongle entre carrière, enfants, couple, responsabilités et charge invisible. Elle peut analyser des données ; elle ne peut pas toujours comprendre le contexte humain qui les sous-tend.

C’est précisément pour cette raison que l’Organisation mondiale de la santé insiste, en 2026, sur la nécessité d’une supervision humaine, d’une gouvernance responsable et d’une vigilance accrue face aux biais et aux risques liés à l’usage de l’IA dans le domaine de la santé.

Et quand l’IA devient confidente ?

Le sujet devient plus sensible encore lorsqu’il touche au bien-être psychologique. De plus en plus de personnes utilisent des outils conversationnels pour parler de leurs émotions, de leur anxiété, de leur solitude ou de leurs difficultés quotidiennes. L’OMS a d’ailleurs consacré, en 2026, une réflexion spécifique à l’usage responsable de l’IA en santé mentale, alertant notamment sur l’utilisation d’outils génératifs qui n’ont ni été conçus ni testés comme des dispositifs de santé mentale à part entière.

La machine, elle, répond toujours. Elle ne dit jamais qu’elle est trop occupée, ne regarde pas sa montre, ne juge pas, reste disponible à trois heures du matin. Cette disponibilité crée une impression troublante de proximité — mais une conversation avec une IA ne doit jamais être confondue avec une relation humaine, ni avec une prise en charge professionnelle.

Le paradoxe du wellness contemporain

Voilà peut-être la grande contradiction de notre époque : nous voulons être plus proches de notre corps, mieux dormir, mieux manger, mieux gérer notre stress et nos émotions — et pour y parvenir, nous multiplions les technologies qui transforment le bien-être en une vaste collecte de données. Mais à force de mesurer notre vie, n’avons-nous pas fini par oublier de simplement la vivre ?

Une femme n’a peut-être pas besoin de savoir combien de calories elle a brûlées pendant sa promenade — elle a simplement besoin de marcher parce que cela lui fait du bien. Une mauvaise nuit n’a pas besoin d’un score ; elle a parfois besoin d’un dimanche sans obligations. Le meilleur indicateur de bien-être ne se trouve peut-être dans aucune montre connectée, mais dans la simple sensation de se sentir bien dans sa propre vie.

L’IA, oui — mais à sa juste place

L’intelligence artificielle peut être un formidable outil : elle aide à organiser, comprendre, suivre et visualiser certaines habitudes, elle peut encourager à bouger davantage ou à prendre conscience de certains comportements. Mais elle ne doit jamais devenir l’autorité absolue sur notre corps. Elle peut accompagner, suggérer, alerter, informer — mais face à un symptôme, une douleur persistante, une détresse psychologique ou une question médicale, le professionnel de santé reste irremplaçable. L’OMS le rappelle sans ambiguïté : l’IA doit renforcer les systèmes de santé et la décision humaine, non s’y substituer.

La vraie question n’est donc pas de savoir si l’IA entrera dans notre quotidien — elle y est déjà. La vraie question est de savoir qui décide au final : l’algorithme ou nous, nos données ou nos sensations, nos scores ou notre intuition. Le wellness de demain ne sera probablement pas celui où l’on suit aveuglément chaque recommandation générée par une machine, mais celui où l’on saura utiliser la technologie sans en devenir dépendante. Car prendre soin de soi, ce n’est pas seulement optimiser son sommeil ou son nombre de pas — c’est aussi apprendre à écouter ce qu’aucun algorithme ne peut entièrement mesurer : son corps, ses émotions, ses limites, et cette petite voix intérieure qui sait parfois, avant toutes les données du monde, que quelque chose ne va pas.

Le véritable luxe du wellness aujourd’hui n’est peut-être pas de devenir une femme parfaitement optimisée, mais une femme pleinement à l’écoute d’elle-même.

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