Tunisiennes sous alerte rouge : l’épidémie silencieuse des crises de panique que personne ne veut soigner
- société
Une économiste, jamais un pilote. Un bureau à Davos, jamais un cockpit. Le 23 juillet 2026, l’IATA a fait le pari le plus radical de ses quatre-vingt-un ans d’existence : confier les commandes du lobby le plus puissant de l’aviation mondiale à une femme qui n’a jamais travaillé dans ce secteur. Est-ce une audace visionnaire, ou l’aveu que le sérail aérien n’a plus les réponses à ses propres crises ?
Femmes Maghrébines — Portrait
Une organisation qui pèse sur les cieux de 340 compagnies aériennes, qui négocie avec les gouvernements, arbitre les taxes carbone et fixe les standards de tout un secteur, vient de choisir pour la première fois de son histoire une femme pour la diriger. Et pas n’importe laquelle : Saadia Zahidi, économiste suisso-pakistanaise de 46 ans, n’a jamais dirigé une compagnie aérienne, jamais négocié un couloir aérien, jamais géré une flotte. Elle vient d’un tout autre monde : celui des rapports macroéconomiques, des sommets alpins et des indicateurs de parité mondiale.
C’est précisément ce qui rend sa nomination fascinante — et, pour certains dans le sérail aérien, difficile à digérer.
I.Une carrière construite loin des pistes
Saadia Zahidi a passé plus de deux décennies au Forum économique mondial, où elle a gravi tous les échelons jusqu’à devenir directrice générale et membre du comité exécutif. C’est elle qui a fondé et dirigé le Centre pour la nouvelle économie et la société, le laboratoire du Forum consacré à l’avenir du travail et aux mutations du marché de l’emploi. C’est encore elle qui est à l’origine de deux des publications les plus citées au monde en matière économique et sociale : le rapport Future of Jobs et le Global Gender Gap Report, référence annuelle sur les inégalités entre hommes et femmes à l’échelle planétaire.
Diplômée de Smith College, du Graduate Institute de Genève et d’Harvard, elle a également siégé au panel du secrétaire général des Nations unies sur l’autonomisation économique des femmes, et au groupe consultatif de haut niveau de l’Agence spatiale européenne. Elle est enfin l’autrice de Fifty Million Rising, un ouvrage consacré à la montée en puissance des femmes actives dans le monde musulman — un sujet qui, on l’imagine, résonne particulièrement pour nos lectrices.
CE QUE L’ON SAIT DE LA TRANSITION
Saadia Zahidi prendra officiellement ses fonctions le 1er novembre 2026, succédant à l’Irlandais Willie Walsh, ancien patron d’Aer Lingus et de British Airways, qui rejoint la compagnie indienne IndiGo.
Entre le départ de Walsh, effectif le 31 juillet, et l’arrivée de Zahidi, l’intérim sera assuré par Sandrine Le Borgne, directrice financière de l’IATA.
Elle devient la neuvième personne à diriger l’organisation depuis sa création en 1945 — et la toute première femme.
II.Le pari du regard extérieur
Le président du conseil d’administration de l’IATA, Roberto Alvo — également patron de LATAM Airlines — a justifié ce choix par la perspective macroéconomique que Saadia Zahidi apporte à une industrie confrontée à des mutations structurelles : décarbonation, pénurie de compétences, résilience des chaînes d’approvisionnement, transformation numérique, et croissance de la demande dans les marchés émergents. Autant de dossiers où l’expertise d’une économiste rompue aux grands équilibres mondiaux pourrait peser davantage qu’un savoir-faire strictement aéronautique.
C’est un raisonnement qui a du sens sur le papier. Il n’en demeure pas moins un pari : celui de croire qu’une compréhension fine des dynamiques économiques mondiales peut compenser l’absence totale d’expérience opérationnelle dans un secteur aussi technique, aussi réglementé, aussi marqué par ses codes internes que l’aviation commerciale.
« On ne lui demande pas de savoir piloter un avion. On lui demande de piloter un secteur entier vers sa survie. »
III.Ce que sa nomination dit du plafond de verre
Il aura fallu quatre-vingt-un ans à l’IATA pour confier sa direction générale à une femme. Ce chiffre, à lui seul, en dit plus long que n’importe quel communiqué de presse sur la lenteur avec laquelle les bastions industriels les plus stratégiques — transport, énergie, finance — ouvrent leurs portes aux femmes de pouvoir. Saadia Zahidi n’arrive pas seulement avec un CV impressionnant : elle arrive en symbole, qu’elle le veuille ou non, de la question que continuent de se poser toutes les femmes qui dirigent aujourd’hui hors des sentiers dont elles sont issues — faut-il avoir fait ses preuves dans le sérail pour prétendre le diriger, ou la diversité des trajectoires est-elle justement ce qui manquait à ces industries pour se réinventer ?
Sa propre expertise en matière d’écarts de genre dans le monde du travail donne à cette nomination une résonance presque ironique : la femme qui mesurait depuis vingt ans le plafond de verre mondial vient de le traverser elle-même, dans l’un des secteurs les plus masculins qui soient.
IV.Les dossiers brûlants qui l’attendent
Saadia Zahidi hérite d’une industrie sous tension. Lors d’un podcast du Forum économique mondial en janvier 2026, elle avait elle-même exprimé son inquiétude de voir les risques environnementaux relégués au second plan par des dirigeants absorbés par les tensions commerciales et géopolitiques — une déclaration qui prend un relief particulier alors qu’elle devra désormais représenter une industrie parmi les plus scrutées sur la question climatique. Décarbonation, tensions géopolitiques sur les coulours aériens, pénurie de personnel qualifié, digitalisation des opérations : la liste des urgences ne laisse aucune place à un apprentissage progressif.
Reste à savoir si le regard d’une économiste venue de l’extérieur saura imposer une vision, là où des décennies de dirigeants issus du sérail n’ont parfois fait que gérer l’urgence. La réponse se jouera vite : l’aviation mondiale n’attend pas.
.