Derrière la Beauté de l’Artisanat Tunisien : Le Système Économique Invisible des Femmes
- société
Femmes Maghrébines
Elle a dernièrement honorée la Tunisie après avoir été sélectionnée parmi seulement cinq femmes du monde entier pour le prix international « Women For Change 2015 » d’Orange, Maître Khadija Al Maddani, une des premières Avocates, consultante chercheuse et militante de premier rang des droits de la femme.
A la première vue, on est impressionnée par sa modestie, sa spontanéité et sa forte personnalité. Pour ces raisons et bien d’autres, la rencontre était exceptionnelle telle que l’interviewée. Maître Khadija Maddani nous a accordé cette interview pour nous parler de son long parcours depuis son jeune âge jusqu’à l’heure. Cette femme militante mérite qu’on vote pour elle. Visitez le site http://www.fondationorange.com/Khedija-El-Madani et faites-le à l’honneur de la Tunisie.
Veuillez nous parler de votre honorable parcours depuis votre enfance?
Mon enfance fût très épanouie, j’ai grandit dans une famille moderniste et depuis toute petite, j’étais convaincue que je serais avocate parce que c’était mon rêve depuis toujours. Et j’ai eu la chance de réaliser ce rêve, ce qui n’était pas donné à tout le monde, j’en suis consciente et je suis heureuse parce que j’ai réussi ce métier que j’aime toujours autant.
A la faculté, je me suis intéressée à la question des droits de la femme. Car c’est là où j’ai découvert la discrimination et l’inégalité entre femmes et hommes, c’est en quittant le cocon familial que j’ai découvert le vrai statut de la femme. Etudiante, j’ai commencé par la préparation des exposés sur le sujet. Et quand j’ai eu mon diplôme d’avocate et je me suis engagée dans une longue expérience dans le palais de la justice, je me suis concrètement impliquée dans la défense de la femme et de ses droits et j’ai adhéré à l’alliance des femmes de carrière juridique dont j’ai été une des membres fondatrices en 1981, puis je suis devenue la vice présidente de l’alliance avant d’occuper le poste de la présidente pendant une dizaine d’années. Puis j’ai passé le flambeau à d’autres femmes. Cette expérience m’a offert l’occasion pour s’approcher un peu plus de vécu et de la réalité de la femme tunisienne et j’espère avoir été utile !
J’ai énormément appris de cette expérience, parce que dans le cadre de cette alliance on proposait des consultations gratuites une fois par semaine (au début il ne y’avait que des femmes qui venaient pour des consultations, mais après quelque temps, il y’a eu des hommes qui venaient nous voir pour des conseils juridiques). Ces consultations m’ont donné l’occasion pour mieux cerner la situation de la femme tunisienne qui subissait des persécutions genrées. Cette situation m’a encouragé pour travailler avec ferveur afin de combattre tout genre de violence. Même dans le cadre de la pratique de mon métier j’ai appris beaucoup de choses, je suis même fière d’avoir participé au développement de la jurisprudence en matière des droits fondamentaux de la femme et de l’enfant. Peut être vous ne savez pas que le rôle de l’avocat ne se contente pas de défendre un dossier. Mais on fait également avancer nos idées notamment à propos du régime de la garde, des visites pour les parents divorcés… J’ai eu la chance d’en parler avec le premier président de la Cour d’appel le défunt Abdelwaheb Ben Amer, paix à son âme …
Beaucoup d’injustices sont encore réservées aux femmes. Alors, pour insuffler l’espoir à toutes celles qui vivent l’injustice au quotidien, j’ai continué à faire des recherches et à participer à des études et je me suis aussi engagée en tant que formatrice de formateurs en matière de violence conjugale. Pendant les années 2000, j’ai constaté que la société commençait à « se radicaliser », je me suis donc lancé le défi de suivre des cours de troisième cycle en théologie et j’ai obtenu mon master.
Veuillez nous présenter l’association « AVEC » ?
J’ai créé l’association « AVEC » en avril 2011, et j’ai choisi pour l’association le nom « vigilance et égalité des chances pour cause » : la vigilance pour qu’on soit attentif et avoir conscience de ce qui se passe en terme d’injustices envers les femmes, l’égalité des chances parce que le concept d’égalité des chances est garant de l’exercice des droits de l’homme et notamment ceux de la femme. On peut avoir beaucoup de droits qui sont restés encre sur papier, c’est pour cette raison que l’égalité des chances doit assurer exercice de ces droits. Le nom de l’association a été choisi avec soin, j’ai beaucoup réfléchi à chaque mot.
Que pouvez-vous nous dire à propos du projet « sentinelles de l’égalité des chances » ?
J’ai déjà collaboré avec plusieurs associations de transition démocratique, on a mené une enquête sur 5 gouvernorats dont la région de Kasserine pour étudier les écarts entre les régions et essentiellement entre les hommes et les femmes parce que lorsqu’on parle d’inégalité, quelque soit le domaine, ce sont toujours les femmes qui subissent des réelles discriminations. Même sur le plan international la question de la pauvreté de la femme est encore posée. D’ailleurs, j’ai publié une petite pensée sur le site d’orange où je dis : « l’impossible n’est pas féminin d’ailleurs, regardez comment se passe la journée d’une femme ordinaire », on doit atteindre la perfection au quotidien et ce pour toutes les tâches effectuées par les femmes! Donc, les sentinelles, c’est pour observer les écarts et essayer de les réduire.
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