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C’est l’événement qui bouscule déjà les pronostics de cette 60e édition anniversaire du Festival International de Carthage. Pour la toute première fois de sa carrière, l’artiste britannique d’origine azerbaïdjanaise Sami Yusuf foulera la scène mythique du Théâtre romain le 1er août prochain. Présenté par les médias internationaux comme la plus grande « rock star de l’Islam », ce multi-instrumentiste au rayonnement planétaire ne vient pas seulement livrer une performance vocale. Sa venue à Carthage pose une question culturelle et sociologique fascinante : pourquoi le public tunisien vibre-t-il avec une telle intensité pour ce genre de propositions artistiques ?
Qui est Sami Yusuf ? L’architecte d’une spiritualité moderne
Pour comprendre le phénomène, il faut détacher Sami Yusuf de la case réductrice des « chants religieux » (Anachid) traditionnels. Révélé au monde en 2003 avec son album iconique Al-Mu’allim, cet artiste formé aux prestigieuses écoles de musique londoniennes a inventé un genre : la musique spirituelle globale (Spiritique).
Sami Yusuf ne se contente pas de chanter la foi ; il la met en scène à travers des arrangements d’une complexité rare. Capable de passer du piano au oud, du violon au tar, il fusionne la rigueur de la musique classique occidentale, la mystique des traditions soufies et les rythmes persans, arabes ou andalous. En chantant en anglais, en arabe, en turc ou en persan, il a séduit plus de 45 millions d’auditeurs à travers le monde. Son dernier projet, Ecstasy, témoigne de cette maturité artistique où le sacré s’exprime dans une langue musicale universelle et sophistiquée.
Le penchant tunisien pour le sacré : Entre héritage soufi et besoin de sérénité
L’engouement immédiat des Tunisiens pour ce concert — dont la billetterie électronique s’arrache à des tarifs premium — n’est pas un hasard. Il révèle une facette profonde de notre identité culturelle.
La Tunisie possède une mémoire organique liée au chant spirituel. De la Hadra aux chants des confréries soufies qui rythment nos nuits de Ramadan, le public tunisien a une oreille éduquée à la transe mystique et à la poésie sacrée. Cependant, là où les productions locales restent parfois folklorisées, Sami Yusuf apporte une dimension cosmopolite et moderne.
Le penchant du Tunisien pour ce type de chant traduit également un besoin d’apaisement collectivement partagé. Dans un quotidien souvent marqué par les tensions économiques et l’anxiété sociale, le concert de Sami Yusuf est perçu comme une parenthèse de pureté. Ce n’est pas une démarche de repli identitaire, mais une quête de beauté et de verticalité. Le public y cherche des messages de tolérance, d’amour universel et de paix, loin des clivages politiques ou dogmatiques.
Le défi de Carthage
Passer à Carthage pour la première fois est un examen de passage unique. Le public y est réputé pour son exigence, sa chaleur, mais aussi son intransigeance. Pour Sami Yusuf, le défi sera de transformer les gradins de pierre en un immense espace de communion.
En programmant cet artiste majeur, Carthage prouve qu’il reste le carrefour de toutes les sensibilités. Entre la nostalgie de Mayada El Hennawy et l’énergie de Cheb Khaled, la soirée du 1er août s’annonce déjà comme un moment suspendu. Un moment où la Tunisie, fidèle à son histoire, viendra chercher dans la musique spirituelle une part d’éternité et de dignité partagée.
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