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75 % des Tunisiennes sans compte bancaire : une bombe économique à retardement

  • 75 % des Tunisiennes sans compte bancaire : une bombe économique à retardement

Exclure les femmes du système bancaire est une erreur économique majeure dont les  conséquences sont systémiques. Si la recherche académique sur ce sujet le prouve, la réalité tunisienne l’illustre crûment mettant à nue un système d’une exclusion dissonante et brutale! 

En décembre 2025, la chercheuse et économiste tunisienne Rim Oueghlissi a publié un article dans le Journal of Economic Integration, l’économiste dont le titre était direct et brut:   « Economic Uncertainty in Developing Countries: Does Financial Inclusion Matter?

Une claque empirique!

Une question académique en apparence. Une claque empirique, en réalité, pour tous ces experts tunisiens qui continuent à considérer l’exclusion bancaire comme un dommage collatéral inévitable.

Pourtant, la réponse est là, sans équivoque: oui, l’inclusion financière compte. Elle est même une aubaine pour le secteur bancaire. Mieux encore, elle réduit significativement l’incertitude économique et la fragilité du système bancaire.

Pourtant, la réalité tunisienne est choquante. Selon l’étude, 75 % des femmes adultes n’ont pas de compte bancaire! Du côté des hommes, nous parlons de 45%! 
Une exclusion, qui d’après la chercheuse est loin d’être neutre et inévitable. Elle est surtout un facteur aggravant de l’incertitude économique. Le système bancaire tunisien est un système fermé, concentré sur une minorité de clients formels, urbains et solvables, ce qui le rend automatiquement plus fragile et instable. Sous couvert de prudence et de gestion de risque, il filtre et exclut 75%  des femmes tunisiennes actives!

Exclusion économique genrée 

Les récits se ressemblent dans les quartiers marginalisés. Les femmes rurales sont tout bonnement bannies du système bancaire tunisien. 
« On m’a dit que c’était compliqué, que ce n’était pas pour moi », raconte Leila, aide ménagère à Monastir.
« On m’a demandé un contrat de travail que je n’ai jamais eu », confie Sihem, artisane de Kairouan.

L’absence de proximité géographique des agences bancaires est elle aussi un ultime signe d’exclusion. C’est d’autant plus notoire dans les zones rurales. Le message est clair : vous n’êtes pas bancables! Une marginalisation sociale doublée d’une grave erreur macroéconomique.

Quand les banques excluent les femmes, c’est l’économie tunisienne qui vacille

Un système bancaire qui exclut massivement le trois quart des femmes actives et le quart des hommes adultes devient automatiquement dépendant d’un nombre très restreint de gros déposants.  Les risques de retraits massifs en cas de perte de confiance fragilise l’ensemble du système bancaire ainsi que sa liquidité. Quand la confiance s’effrite, c’est le dinar qui encaisse le choc.

La politique monétaire devient alors une épreuve systémique de  survie permanente. Malgré les risques encourus et la réalité bancaire en Tunisie, on laisse perdurer un système axé sur l’exclusion qui se voile la face derrière le fameux discours technocratique sur la stabilité des prix. Comme si une stabilité durable pouvait exister dans un pays où la majorité des femmes est exclue du système financier formel.

L’on ne bâtit guère une stabilité monétaire sur l’exclusion de la majorité. On ne protège pas un système bancaire en marginalisant ses femmes. Ce n’est pas en fermant les portes que les portes sauront réduire les risques. 

La Tunisie a, plus que jamais besoin d’un système bancaire fort, inclusif, audacieux et responsable.

Il faudra rappeler que si l’inclusion financière renforce la résilience bancaire, stabilise les dépôts et améliore l’efficacité de la politique monétaire, l’exclusion bancaire présente  un facteur de fragilité systémique.

Melek LAKDAR

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