L’intelligence émotionnelle face aux algorithmes : Pourquoi l’empathie est la compétence ultime du futur
- société
Pendant longtemps, en Tunisie comme ailleurs, parler de sa santé mentale était un tabou. Dépression, épuisement, anxiété, profond mal-être, tout est interprété comme « caprices », « manque de volonté », “fatigue passagère”, ou encore “c’est dans la tête!”.
L’incompréhension totale de la société et des proches enfonce encore plus la femme dans l’abîme. Face aux sempiternelles charges quotidiennes auxquelles font face les femmes de nos jours, une société totalement impassible, ingrate et stoïque. Oser dire que l’on ne va pas bien est toujours taxé de paresse voire de faiblesse, surtout pour les femmes actives qui doivent jongler entre famille et travail.
Aujourd’hui, la donne a changé. Grâce à plusieurs facteurs, dont les réseaux sociaux, la parole féminine s’est émancipée et le clash intergénérationnel est mis à nu.
Si de par le passé, les femmes se plaignaient dans la sphère privée, camouflant leur mal-être et souffrant en silence, aujourd’hui, avec l’invasion des réseaux sociaux, les langues se délièrent. Des groupes privés et des communautés exclusivement féminins se créèrent. Un espace d’échanges, d’empathie, d’entraide, dénués des préjugés. De plus en plus de Tunisiennes sortent de leur silence et mettent publiquement un nom à la tourmente émotionnelle qu’elles vivent et subissent : burn-out, dépression post-partum, anxiété, déprime, surcharge émotionnelle, incompréhension et impassibilité de l’entourage . Elles mettent des mots sur des souffrances longtemps tues, non pas pour attiser la pitié d’autrui mais car elles refusent, désormais, de souffrir en silence.
quand on se confie à nos mamans ou les personnes les plus proches d’une autre génération, on ne cesse de de faire face à des réactions malveillantes. On entend : »Oh mais tu es trop sensible!« , « c’est normal, c’est ça une maman« , « A notre époque, on n’allait pas voir un psy parce qu’on a trop de charges domestiques!«
Une réaction enrageante et frustrante pour ces femmes qui souffrent déjà mentalement et physiquement. La plus part de ces phrases sont dites par des femmes, les mamans, les grands-mères, les belles-mères. Comme si on banalisait la gravité de la santé mentale de la femme et on l’intimait au silence.
Face à cela, les femmes modernes refusent de se laisser faire, rejettent l’impassibilité des anciens et de l’entourage. Il s’agit pour elles, de reconnaître publiquement les limites mentales et physiques humaines et de réclamer le changement social dans les distributions des rôles dans les familles afin de préserver leur santé et avoir le droit à une vie plus sereine.
Faire face à un quotidien exigeant et surchargé, à une interminable To Do List, il est nécessaire de se préserver, se ménager et de s’accorder le droit de respirer. C’est même un acte de bravoure et de respect envers soi-même.
Dans ce nouveau contexte, prendre soin de soi n’est point un luxe, c’est même une urgence. S’imposer de simples rituels au quotidien aide à se reconnecter à soi-même et être à l’écoute de son corps. Faire de la marche, de la lecture, méditer, prier, écrire, se confier à une amie de confiance, vider son sac, s’accorder des moments de calme ou aux choses que l’on aime : sont des habitudes que l’on peut installer pour se reconnecter à ses besoins et de se rappeler que notre santé mentale est bien plus précieuse que la société nous le laisse croire.
il est également important de chercher de l’aide quand on voit que l’on est en train de craquer. C’est loin d’être une honte ou une faiblesse. C’est un acte de responsabilité et d’amour pour soi-même. C’est un droit.
Aujourd’hui, force est de constater que la quasi-totalité des femmes tunisiennes sont victimes de surcharge mentale. L’incompréhension de la société, le partage de la vie avec des partenaires de plus en plus démissionnaires, les exigences du quotidien, mettent en péril la santé mentale des femmes.
Aujourd’hui, elles se révoltent et ose dire publiquement “ça suffit!”! Elles réclament leur droit à une vie plus équitable et sereine et au partage des responsabilités avec leurs partenaires. Elles éduquent la postérité à ces valeurs pour en finir avec ces habitudes désuètes et dangereuses sur le noyau familial même.
Loin de renier les valeurs familiales et culturelles dans lesquelles elles ont grandi, elles réclament le droit de dire STOP à un schéma qui l’écrase en silence mettant sa santé mentale en péril.
Elle récuse totalement que la souffrance psychique des femmes demeurent une norme silencieuse. Elles ouvrent le débat sur la santé mentale, devenu un phénomène qui nécessite réflexion, accompagnement, écoute et traitement.
Melek LAKDAR
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