Manipulation masculine : le pervers narcissique n’est pas seul. Quels sont les autres profils toxiques à connaître ?
- société
Par la rédaction de Femmes Maghrébines
Depuis toujours, la question de la polygamie soulève passions, débats et réflexions profondes. Est-elle un attribut « naturel » de l’homme ou une construction culturelle héritée de siècles de pratiques patriarcales ? Dans les sociétés arabo-musulmanes, cette question prend une dimension particulière, entre héritage religieux, traditions sociales et réformes modernes.
Certains discours, souvent portés par une lecture psychobiologique, avancent que l’homme serait naturellement polygame, du fait d’une prétendue « programmation » biologique à vouloir disséminer ses gènes. Cette vision simpliste, pourtant largement contestée par la psychologie contemporaine, réduit les relations humaines à des instincts primaires et évacue toute dimension affective, sociale et morale.
Or, les études modernes en psychologie montrent que les comportements amoureux et sexuels sont profondément influencés par l’éducation, les valeurs et le contexte socioculturel. La fidélité ou l’envie d’exclusivité ne sont pas des traits uniquement féminins ; ils existent chez de nombreux hommes, selon leur histoire, leur conception du couple, et leur environnement.
Dans le monde arabo-musulman, la polygamie a longtemps été perçue comme une possibilité légitime, encadrée par la religion. L’islam l’autorise sous conditions strictes : justice entre les épouses, capacité financière et émotionnelle de subvenir équitablement à leurs besoins. Mais dans la réalité, ces conditions sont rarement réunies.
Historiquement, la polygamie a souvent servi des intérêts socioéconomiques, ou a été utilisée comme un marqueur de pouvoir masculin. Peu de voix, jusque récemment, se sont interrogées sur les impacts psychologiques de cette pratique sur les femmes… mais aussi sur les hommes.
La Tunisie, en 1956, a été le premier pays du monde arabo-musulman à interdire la polygamie par le Code du Statut Personnel. Cette décision, à l’époque audacieuse, affirmait que l’égalité au sein du couple passait par l’exclusivité mutuelle. Elle reconnaissait aussi les dégâts psychologiques causés par la polygamie : jalousie, insécurité affective, conflits familiaux, instabilité des enfants…
Cette réforme, loin d’être une rupture avec la religion, a été défendue par des penseurs éclairés comme une relecture progressiste des textes, au service du bien-être des individus.
La montée de certains discours conservateurs remet aujourd’hui en cause cette avancée. Des voix, parfois jeunes et éduquées, revendiquent un retour à la polygamie comme une « liberté masculine », souvent en décalage total avec la réalité sociale, économique et émotionnelle du couple moderne.
Face à cela, il est essentiel de rappeler que la nature humaine n’est pas figée. Elle est capable d’évoluer. L’homme, tout comme la femme, peut choisir le respect, l’engagement, l’équilibre émotionnel. Être un homme « moderne », ce n’est pas suivre ses instincts, c’est les dépasser pour construire un lien fondé sur la réciprocité.
Plutôt que de demander si l’homme est polygame « par nature », ne devrions-nous pas questionner les modèles de masculinité que nous perpétuons ? Une société mature est celle qui interroge ses héritages, évalue les souffrances qu’ils engendrent et fait des choix conscients pour le bien commun. Dans ce sens, la Tunisie a été – et reste – un modèle. Il nous appartient, aujourd’hui, de continuer à porter cette exigence d’égalité et de respect mutuel.
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