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Le complot contre Tunisair ou l’art de faire couler le secteur public

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Le complot contre Tunisair ou l’art de faire couler le secteur public

 
Par Hajer Zarrouk
Depuis sa fondation en 1948, la compagnie nationale de transport aérien Tunisair n’a pas cessé de parfaire ses prestations, de former son personnel et d’étendre son réseau au point de devenir, dans les années quatre-vingt-dix, la première compagnie aérienne en Afrique et l’une des rares entreprises publiques bénéficiaires de l’économie tunisienne.
Toutefois, les années 2000 ont sonné l’heure de la disgrâce et Tunisair commence à pâtir de la politique dictatoriale de Ben Ali : attiré par « la poule aux œufs d’or », le clan Trabelsi a, en effet, décidé de faire main basse sur Tunisair avec la création de trois filiales « Tunisie Catering », « Tunisia Handling » et « Tunisair Technic », un choix d’extension qui a eu des répercussions négatives sur la compagnie aérienne désormais en sureffectif et handicapée par la bureaucratie et les lourdeurs administratives.
La chute du régime de Ben Ali n’a pas arrangé la situation. Bien au contraire, Tunisair continue sa chute vertigineuse appuyée par le surendettement, une ambiance de laisser-aller, de grèves intempestives et de revendications parfois étranges comme le refus des ouvriers de porter de nouvelles tenues bleues, exigeant –excusez du peu- des uniformes aux couleurs de la compagnie. Tunisair est ainsi devenue la proie de Qatar Airways qui a voulu l’acheter en 2012, mais plusieurs Tunisiens, guidés par la fibre nationaliste, se sont opposés à cette transaction qui, finalement, n’a pas eu lieu.
C’est alors que la transaction aurait pris une autre tournure : au lieu de céder Tunisair à Qatar Airways d’une manière arbitraire, vendeurs et acquéreurs pousseraient désormais la clientèle à délaisser volontairement la compagnie aérienne et à déclencher insidieusement sa faillite en enregistrant, par exemple, des retards record et en dépréciant son service. Cette tactique viserait, entre autres, à ne pas choquer les Tunisiens le jour où Tunisair serait vendue au Qataris et à voir en cet arrangement une bénédiction pour une entreprise, de toutes les façons, moribonde.
Plus encore, le complot contre Tunisair pourrait être lu comme un vaste jeu de corruption qui viserait à détourner, une à une, les entreprises du secteur public jadis prospères et qui irait au profit d’un réseau de bénéficiaires locaux peu scrupuleux appartenant à l’entreprenariat public et privé ou bien aux syndicats, des transactions opaques assez courantes dans les pays du tiers-monde et dignes d’une « république bananière ».
Aussi, il faudrait mettre à jour ces agissements en organisant, avec l’aides des ONG et de la société civile, des opérations ayant pour objectifs de dévoiler les acteurs de la corruption, de les sanctionner et de lutter contre la corruption institutionnalisée, ce fléau qui nuit à l’économie tunisienne et qui est en passe de vendre au rabais un pays tout entier.

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