Réhabiliter la confiance comme actif économique : la véritable richesse de notre pays
- société
En Tunisie, les bancs des amphithéâtres sont féminins, mais les bureaux de direction restent désespérément masculins. Alors que le pays cherche désespérément un second souffle économique, une ressource stratégique dort sous nos yeux : les femmes. Pourquoi le pays se prive-t-il de son meilleur atout ?
C’est une anomalie tunisienne qui défie la logique économique. Dans nos universités, les femmes ne se contentent pas d’être présentes ; elles dominent. Médecine, ingénierie, biotechnologies, gestion… elles occupent les premiers rangs. Pourtant, une fois le diplôme en poche, la trajectoire se brise.
Le taux de chômage des femmes diplômées est quasi double de celui des hommes. Ce n’est pas un manque de compétence, c’est une éviction systémique. Nous formons à grands frais une élite intellectuelle pour ensuite la condamner à l’inactivité ou à la sous-utilisation dans des secteurs précaires.
Le constat est brutal : La Tunisie exporte ses talents ou les laisse s’étioler au foyer, alors qu’elle devrait les placer au cœur de sa relance.
Si le talent est là, pourquoi ne franchit-il pas la porte de l’entreprise ? La réponse ne se trouve pas uniquement dans les CV, mais dans les structures sociales invisibles.
Le sacrifice du « Double Temps » : La répartition des tâches domestiques reste l’un des plus grands obstacles. En Tunisie, une femme consacre en moyenne 5 à 7 fois plus de temps qu’un homme aux soins de la famille. Ce « travail gratuit » agit comme une taxe sur leur carrière.
L’absence d’infrastructures : Le manque de crèches abordables et l’inefficacité des transports publics transforment chaque journée de travail en un parcours du combattant logistique.
Le plafond de verre culturel : Persiste encore l’idée reçue qu’en période de crise, l’emploi d’un homme serait « plus prioritaire » que celui d’une femme. Une erreur économique fondamentale.
L’inclusion des femmes n’est pas une question de « charité » ou de simple justice sociale. C’est un impératif comptable.
Selon les rapports de la Banque Mondiale et du FMI, réduire l’écart de participation entre les hommes et les femmes pourrait doper le PIB tunisien de plusieurs points de croissance.
Plus de femmes actives = plus de revenus pour les ménages.
Plus de revenus = une consommation intérieure boostée.
Plus de mixité = une innovation accrue au sein des entreprises.
Une économie qui ignore 50 % de sa force de travail est une économie qui court un marathon avec une jambe attachée.
Pour changer la donne, les discours de célébration du 13 août ne suffisent plus. Il faut passer à une politique de résultats.
Réformer le Droit du Travail : Encourager le télétravail et les horaires flexibles pour tous (hommes et femmes) afin de normaliser le partage des responsabilités.
Investir dans « l’Économie du Care » : Créer un réseau national de crèches et de services à la personne pour libérer le temps productif des femmes.
La Tunisie se trouve à la croisée des chemins. Nous pouvons continuer à voir notre capital humain s’évaporer, ou nous pouvons décider que la réussite d’une femme est le moteur de la réussite nationale.
Le message aux décideurs est clair : Donnez aux Tunisiennes les moyens de leurs ambitions, et elles transformeront l’économie du pays.
Ce n’est pas une option, c’est notre seule issue.
Par la Rédaction
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