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Révolution du 14 janvier 2011 : On parle encore de nous

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Malgré toutes les difficultés qu’a connu la Tunisie pendant ces trois dernières années, notre pays a pu se distinguer des autres pays arabes qui ont plongé dans les méandres de la répression, du désordre et frisent la guerre civile.
Par ailleurs, il est vrai que les conditions de vie des Tunisiens se sont dégradées, les prix ont augmenté, le taux de change du dinar par rapport à l’euro a baissé, et ces derniers se retrouvent fatigués des débats politiques stériles par lesquels ils deviennent de mois en moins concernés. Toutefois, la démarche vers la démocratie fait encore des avancées prometteuses, de surcroit suite à la démission du gouvernement et les concessions qu’a fait le parti majoritaire Ennahdha. La Tunisie peut s’estimer être le dernier pays du dit « printemps arabe » à pouvoir encore réussir sa transition démocratique.
Les journaux internationaux, pour leur part, ont abordé la date du 14 janvier, comme remémoration de la révolution Tunisienne,  sous différents angles.
Lu sur le monde.fr
«Jérôme Heurtaux », politologue spécialisé sur la Tunisie à l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC) à Tunis, fait le bilan des trois années de transition politique.
« Le processus de construction démocratique en Tunisie est d’autant plus difficile que tous les acteurs politiques sont faibles, qu’il n’y a pas de chef incontesté ni de Solidarnosc  « Solidarité », fédération de syndicats polonais ayant joué un rôle-clé dans la contestation du régime communiste dans les années 1980].  En dépit de ce contexte, le pays se prépare à un second rendez-vous électoral et a connu des formes d’alternance gouvernementale sans être à feu et à sang. On peut dire  qu’il s’en sort pas mal, comparer à l’’Egypte, la Lybie ou encore à l’Algérie en 1988 ou à la Roumanie en 1989.
Les acteurs politiques en Tunisie partagent pour la plupart, et dans tous les camps confondus, le projet démocratique […] Ils sont acquis à l’idée que la démocratie est dans leur intérêt. Mais aucun de ces acteurs ne contrôle ce processus. Au quotidien, quand il s’agit de négocier d’écrire la Constitution ou de nommer un premier ministre, ils sont plongés dans une lutte concrète où leur survie est en jeu. Le produit de leurs interactions peut contrarier le processus démocratique. »
« Alain Destexhe »  a écrit pour le journal ATLANTICO  que « Malgré ces aspects décourageants, de nombreux acteurs de la société tunisienne ont manifesté une capacité de résistance incroyable au pouvoir des islamistes. Seul point vraiment positif de la Révolution de 2011, la liberté de la presse est bien réelle même si des journalistes sont accusés ou condamnés par une justice parfois héritière de l’ancien régime, parfois au service du nouveau pouvoir. Le droit de la famille et les acquis en matière de droit de la femme datant du temps de Bourguiba ont jusqu’à présent été préservés. À titre d’exemple, après une longue lutte, le corps académique de l’Université de la Manouba a réussi à résister aux tentatives d’islamisation de cet établissement réputé. Celles-ci se traduisaient par une volonté de séparer les garçons et les filles lors des cours, d’autoriser les jeunes filles à porter le niqab qui voile le visage, de refuser l’enseignement de Michel-Ange et de Diderot. Sous la conduite du courageux doyen de la faculté des lettres Habib Kazdaghli, la situation est redevenue plus ou moins normale sur le campus, mais le doyen, menacé de mort, vit désormais sous protection policière permanente. Le prix de la résistance est parfois très élevé. ».
« Wajdi Liman » président de l’association des Franco-Tunisiens Uni*T fait, à son tour, un bilan des 3 années post Ben Ali dans ses propos recueillis par Chloé Juhel sur le Courrier de l’atlas.
« Le bilan est globalement positif. Le fait que l’assemblée constituante soit élue par le peuple est un progrès énorme […] On a désormais des députés qui doivent rendre des comptes aux électeurs et à personne d’autre. C’est une avancée incroyable. Le principe d’égalité entre les hommes et les femmes est également acté. Et il faut aussi souligner le fait que malgré tous les fantasmes qu’il a suscité, Ennahda est un parti extrêmement modéré. Il n’est pas l’ennemi numéro un. Ce constat est intéressant car il permet de réfléchir à la question de l’islam politique au pouvoir. L’islam politique au pouvoir induit une pratique beaucoup plus complexe qu’on ne le croit. Mais tout n’est pas rose, loin de l0 […] Le problème de corruption est bien loin d’être résolu. Les tortionnaires sont toujours en place. Ils n’ont pas été arrêtés. Par ailleurs, les réformes sociales n’ont pas été engagées. Il n’y a aucun projet de lutte contre les inégalités sociales. Aucun changement ni actuellement, ni en projet. Et en termes de gestion économique, n’en parlons pas… c’est la même chose que sous Ben Ali ! ».
Les avis restent tout de même mitigés quant aux acquis post révolutionnaires car dans une société en perpétuelle mouvance politique et sociale, on a beau été avant-gardiste, le peuple nous enseignera mille et une fois que le changement est une destinée capricieuse mais inévitable pour une révolution qui étouffe et qui renait de ces cendres malgré la cacophonie ambiante.

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