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Réhabiliter la confiance comme actif économique : la véritable richesse de notre pays

  • Réhabiliter la confiance comme actif économique : la véritable richesse de notre pays

Par Rim Ouerghi

Il existe, au cœur de l’économie tunisienne, une richesse dont on parle peu, parce qu’elle ne se mesure ni en tonnes, ni en devises, ni en points de croissance. Une richesse silencieuse, diffuse, presque invisible, mais dont dépend pourtant la vitalité de tout le système : la confiance.

Dans les débats économiques, nous continuons à raisonner en termes de production, de déficit, de financement. Nous scrutons les chiffres, nous comparons les indicateurs, nous cherchons des solutions dans ce qui est visible et quantifiable. Mais pendant ce temps, un autre levier, plus déterminant encore, reste largement sous-estimé : la qualité des relations économiques, la fluidité des échanges, la capacité des acteurs à croire, à investir, à s’engager.

Car une économie ne fonctionne pas uniquement grâce à ses ressources. Elle fonctionne grâce à la confiance qui circule entre ses acteurs.

Lorsque la confiance est faible, tout devient plus lent, plus coûteux, plus incertain. Les décisions se retardent, les initiatives se freinent, les projets s’essoufflent avant même d’avoir commencé. Les entreprises hésitent à investir, les talents cherchent ailleurs, les énergies se dispersent dans la gestion des obstacles plutôt que dans la création de valeur. Ce que l’on perd, alors, ne se voit pas immédiatement. Mais il s’accumule, silencieusement, jusqu’à devenir structurel.

À l’inverse, lorsqu’un climat de confiance s’installe, l’économie s’allège. Les échanges s’accélèrent, les idées circulent, les collaborations se multiplient. La confiance réduit les frictions invisibles qui pèsent sur chaque décision. Elle agit comme un accélérateur discret, mais puissant.

Aujourd’hui, la question n’est donc plus seulement de savoir comment produire davantage, mais comment restaurer les conditions qui permettent de produire mieux. Et parmi ces conditions, la confiance occupe une place centrale.

Elle commence dans les institutions, dans leur capacité à simplifier, à clarifier, à tenir leurs engagements. Elle se construit dans la relation entre l’administration et les entreprises, dans la cohérence des règles, dans la lisibilité des parcours. Elle se joue aussi dans le quotidien des acteurs économiques, dans la manière dont les partenariats se nouent, dont les engagements sont respectés, dont la parole donnée retrouve sa valeur.

Mais la confiance ne se décrète pas. Elle se construit, patiemment, par des signaux cohérents et répétés. Elle suppose un changement de posture : passer d’une logique de contrôle à une logique de facilitation, d’une culture de la méfiance à une culture de la responsabilité.

Réhabiliter la confiance comme actif économique, c’est créer un environnement où l’initiative n’est pas freinée, où la compétence est reconnue, où l’engagement trouve un terrain fertile.Car au fond, une économie ne se transforme pas uniquement par des réformes structurelles. Elle se transforme lorsque ses acteurs retrouvent l’envie de croire en ce qu’ils construisent.

La richesse de la Tunisie  ne réside pas uniquement dans ce qu’elle possède, mais dans ce qu’elle est capable d’activer. Et parmi ces ressources, la confiance est sans doute la plus stratégique, parce qu’elle conditionne toutes les autres.

Il est peut-être temps de la considérer pour ce qu’elle est réellement : non pas une valeur abstraite, mais un véritable actif économique.

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