Protéger les femmes autrement : une nouvelle offre d’assurance face aux violences conjugales
- société
En Tunisie, le divorce n’est plus un tabou, mais il révèle de nouvelles réalités sociales et féminines. Les femmes divorcent plus jeunes et, après une séparation, se remarient moins souvent qu’avant. Derrière cette évolution se trouvent des causes multiples : transformation des mentalités, indépendance économique, contraintes sociales et expériences individuelles. Analyse des chiffres, des dynamiques et des enjeux.
Les statistiques officielles confirment que le taux de divorce a augmenté de manière significative au cours des dernières décennies en Tunisie.
Entre 2014 et 2024, la part des personnes divorcées dans la population adulte est passée de 1,3 % à 2,1 %, avec une progression plus marquée chez les femmes : de 1,8 % à 2,8 % sur la même période.
Chaque année, environ 14 000 à 16 000 divorces sont prononcés, ce qui représente en moyenne plus de 40 divorces par jour, selon les données les plus récentes.
Ces chiffres traduisent une mutation profonde des rapports conjugaux en Tunisie : le divorce n’est plus l’exception marginale qu’il fut naguère, mais une réalité sociale de plus en plus visible.
Près de 30 % des divorces interviennent dans les 10 premières années de mariage.
Cette donnée suggère que beaucoup de couples tunisiens se heurtent rapidement à des difficultés qu’ils ne parviennent pas à surmonter, souvent en lien avec des attentes incompatibles ou des difficultés de coexistence.
Le coût du mariage en Tunisie, souvent élevé, peut pousser certains couples à s’unir sans une base suffisamment solide — un facteur qui fragilise la relation dès les premières années. Par ailleurs, les difficultés économiques (emploi instable, logement coûteux) créent des tensions qui pèsent directement sur la vie de couple, surtout lorsque les conjoints n’ont pas les ressources nécessaires pour construire une stabilité durable.
L’autonomie économique croissante des femmes transforme la dynamique conjugale. Là où une dépendance financière pouvait autrefois dissuader une femme de quitter un mariage insatisfaisant, aujourd’hui, la possibilité de subvenir seule à ses besoins rend cette option plus viable et moins stigmatisée.
Si le divorce progresse, le remariage des femmes après une séparation reste moins fréquent qu’auparavant. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance :
Priorités personnelles plus affirmées : de nombreuses femmes choisissent de se concentrer sur leur carrière, leur autonomie et leur épanouissement personnel après un divorce.
Expériences passées plus formatrices : un premier mariage difficile peut rendre certaines femmes plus sélectives ou réticentes à renouveler l’expérience.
Pressions sociales persistantes : malgré une meilleure acceptation du divorce, certaines normes culturelles continuent de stigmatiser les femmes divorcées, ce qui peut freiner leur volonté de se remarier.
Responsabilités familiales : les mères divorcées qui élèvent seules leurs enfants font face à des contraintes concrètes (emploi, garde, charge mentale) qui limitent leur disponibilité pour une vie conjugale renouvelée.
L’évolution du divorce en Tunisie doit être comprise dans un contexte plus large :
La famille traditionnelle tunisienne, longtemps perçue comme un pilier sacré de la société, est en pleine transformation. Les jeunes générations redéfinissent ce que signifie être en couple, ce qu’elles attendent d’une relation et ce qu’elles tolèrent — ou pas — dans une union.
Certains sociologues estiment que l’affirmation de l’individu comme acteur de sa destinée influence profondément les rapports conjugaux. Les choix personnels, le bien-être psychologique et la liberté individuelle prennent une place plus centrale que la simple obligation sociale de rester marié « quoi qu’il arrive ».
Les conséquences du divorce s’étendent souvent au-delà des adultes : aujourd’hui, près de 600 000 enfants vivent dans des familles séparées en Tunisie, soulevant des questions importantes sur l’accompagnement social, l’accès au soutien et la protection psychologique des mineurs.
En Tunisie, divorcer plus tôt et se remarier moins ne sont pas des phénomènes isolés ou relatifs à un seul facteur. Ils reflètent une complexe recomposition sociale :
une transformation des attentes conjugales,
une autonomie accrue des femmes,
des contraintes économiques palpables,
et une redéfinition des normes familiales.
Le divorce n’est plus uniquement un échec relationnel : c’est souvent l’expression d’un choix conscient, d’un refus de subir une situation insatisfaisante, et d’une aspiration à aligner sa vie personnelle avec ses valeurs et ses besoins.
Pour les Tunisiennes, cette évolution appelle à des réponses sociales, juridiques et psychologiques adaptées — loin des clichés, et au cœur de la réalité quotidienne des familles tunisiennes.
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Femmes Maghrébines
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