Fin du minimalisme : Quand la mode devient une prise de pouvoir
- société
Par Emna Khelifi-
La violence est bien souvent vue – et vécue – comme un phénomène lié à la jeunesse : hooliganisme, »tcharmil », »petite délinquance » sont de fait des manifestations de violence parmi les plus visibles. Le banditisme, le crime, le terrorisme sont autant d’autres formes de violence dont le plus souvent les adultes sont acteurs voire recruteurs. Un jeune ne naît pas violent, il peut le devenir, il est de notre responsabilité (parents, éducateurs, enseignants, forces de l’ordre, partis politiques, élus, société civile… ) de nous pencher sur les causes de cette violence et tenter d’y apporter propositions et remèdes. Notre société est violente : la violence est dans la Cité – au sens le plus large du terme – comment agir pour prémunir notre jeunesse de ce danger, comment concilier éducation- prévention-répression, comment faire face à nos responsabilités ?
On ne peut comprendre le banditisme sans le replacer dans l’histoire du pouvoir politique. Il apparaît, selon Hobsbawm, comme contestation de l’ordre social, économique et politique, dans les sociétés paysannes marquées par les divisions de classe, et par l’exploitation mais par la société moderne aussi. C’est l’intermittence de la puissance des Seigneurs et des Etats qui permet ensuite de comprendre la prolifération du banditisme : ce dernier se développe particulièrement dans les régions reculées, inaccessibles.
Mais n’est pas bandit qui veut, surtout dans le monde rural : « si, sur le plan social, le paysan courbe l’échine, c’est qu’il est la plupart du temps obligé de le faire, au sens propre, dans ses champs » écrit Hobsbawm. Le banditisme se développe ainsi là où la population rurale est en surplus. Ce sont ensuite des jeunes gens, entre l’âge de la puberté et celui du mariage, libérés des contraintes familiales. Enfin, les bandits sont aussi ceux qui échappent au contrôle habituel de la société, comme les bergers, vivant dans la montagne, où paysans et seigneurs ne pénètrent pas. Cependant, dans les pays occidentaux, dès le XIXème siècle, la constitution des Etats modernes, dotés du monopole de la violence physique légitime, a privé le banditisme des conditions favorables à son épanouissement : « le monde moderne l’a tué » écrit Hobsbawm.
En Tunisie la situation est différentes nous ne parlons plus de ce bandit qui prospère dans le contexte de discontinuité du pouvoir et d’exploitation de la population rurale, est parfois social. Dans ce cas, en tant que figure universelle de la protestation et de la révolte sociale, il n’a d’autre paradigme international que Robin des Bois, criminalisé par les Seigneurs et l’Etat, héroïsé par les paysans. Le bandit social se décline toutefois sous plusieurs formes, dont celle du bandit au grand cœur, philanthrope, redresseur de tort, défenseur de la veuve et de l’orphelin. En Tunisie la situation est différente, les bandits sociaux sont là pour nous agresser au quotidien.
Ce n’est pas le héros et le champion que le peuple voit en lui l’espoir de faire régner la justice, ces bandits sont perçus comme invulnérables, et accèdent parfois au rang d’intermédiaire entre les hommes et la divinité. En Tunisie post révolutionnaire, l’homme de média exerce un banditisme médiatique, l’homme politique exerce un banditisme politique, un intellectuel exerce un banditisme culturel, un professeur exerce un banditisme de notoriété, un médecin exerce un banditisme de pouvoir, un policier exerce un pouvoir de malveillance et de ‘insécurité en tuant et violant.
En Tunisie, le banditisme a pris une tournure totalement différente néfaste pour nous mais aussi pour le générations à venir qui voit ce fléau s’installer comme une évidence.
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