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Homosexuels de Tunisie

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Homosexuels de Tunisie

Par Hajer Zarrouk
La chute du régime de Ben Ali et le basculement de la Tunisie dans un système dit « démocratique » sont censés créer une société nouvelle et un esprit nouveau. Aussi, soutenues par la communauté internationale et les Nations Unies, les organisations de la société civile militent jour et nuit contre toutes les formes d’abus et de discriminations visant les femmes, allant jusqu’à inscrire l’obligation de leur protection dans la nouvelle constitution. Pourtant, force est de constater que certaines « minorités » restent le cadet des soucis de la société civile, en l’occurrence la communauté gays et lesbiennes tunisienne qui ne bénéficie d’aucun appui et d’aucun droit.
Pire encore, le code pénal incrimine l’acte homosexuel entre des adultes consentants et condamne ses protagonistes à une peine allant de six mois à trois ans : de quoi se demander si la notion de « liberté individuelle » a un sens dans un pays en « révolution ».
Au niveau de la société, les mentalités peinent à changer : les homosexuels tunisiens sont généralement rejetés par leur entourage, sont considérés comme des malades, éprouvent du mal à sociabiliser et à trouver du travail. Ils vivent ainsi en « citoyens de seconde zone », en otarie et dans l’ombre de peur des agressions dans la rue ou bien de la réaction de la famille. Ce statut les rend plus marginalisés et, donc, plus vulnérables aux dangers comme la pédophilie, les MST et le SIDA dans la mesure où les campagnes de sensibilisations aux maladies vénériennes ne ciblent pas publiquement la catégorie homosexuelle dans sa stratégie de communication.
Quant au cercle savant, peu de chercheurs ont le courage d’afficher leur soutien à la cause gays et lesbiennes, à l’instar de l’islamologue moderniste Olfa Youssef, et rares sont les recherches qui ont abordé ce sujet alors que la communauté en question forme plus de 10% de la société tunisienne (selon l’enquête de l’ATL MST/SIDA). Du coup, il n’existe pas encore d’épistémologie Queer en Tunisie (comme il n’existe pas d’unités de recherches féministes dans nos universités car, historiquement, les théories Queer sont quasiment nées de la réflexion féministe).
Par contre, la situation diffère largement dans la scène culturelle puisque le sujet de l’homosexualité a été exposé plusieurs fois par les cinéastes tunisiens. En 1986, Nouri Bouzid exploite les thèmes de la pédophilie et de l’ambigüité sexuelle dans son film « L’homme de cendres ». En 2010, c’était au tour de Mehdi Ben Attia de mettre en scène dans «Le Fil», les amours tourmentées d’un jeune homme qui préfère les hommes. En 2011, le film «Histoires tunisiennes» réalisé par Nada Hfaiyedh, a fait le buzz avec l’histoire d’une femme qui découvre inopinément l’homosexualité de son mari. Même schéma dans «Khochkhach» tourné par Selma Baccar en 2006, où, encore une fois, une femme frustrée fait face au désintérêt de son époux homosexuel. Nadia El Fani traitera de l’homosexualité féminine en 2002 dans «Bedwin Hacker». Plus tard, en 2012, Mehdi Hmili contera, dans son court-métrage intitulé «La Nuit de Badr», les hésitations d’un vieux poète homosexuel désireux de rompre avec son exil parisien pour rentrer en Tunisie après la Révolution. Dans la télévision, la sitcom « Choufli Hal », en 2009, intègre un personnage homosexuel dans son synopsis joué par Lotfi Abdelli, malheureusement la série n’échappe pas à la propagation des stéréotypes réducteurs qui tournent autour des homosexuels. Certes, les mentalités mettent beaucoup de temps à changer.
Mais, le plus exaspérant reste le refus de la société civile à défendre les droits des homosexuels (malgré les appels des Nations Unies) et le silence qui emprisonne la communauté homosexuelle, la condamnant à évoluer et à revendiquer son droit à l’existence dans l’anonymat ou bien la poussant à choisir une vie autre que celle qu’elle veut réellement vivre.

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