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Mieux vaut mourir par le CORONAVIRUS que mourir de faim ?

  • Mieux vaut mourir par le CORONAVIRUS que mourir de faim ?

Par Dr. Feryel OUERGHI
Maître de Conférences en Sciences Economiques –

Depuis la propagation de l’épidémie de la Coronavirus vers la Tunisie, et l’Etat tunisien n’a pas cessé de prendre des initiatives précoces par rapport à l’état de l’épidémie. Arrêt des cours à tous les niveaux, travail par séance unique avec deux régimes pour alléger l’encombrement des moyens de transport en commun, couvre-feu, passage au confinement total, et puis décision d’une batterie de mesures sociales et économiques. L’objectif de ces dernières est de venir en aide à la classe sociale à faible revenu, et de soutenir les entreprises pour ne pas avoir de perte d’emplois. Mais la question la plus importante est :
Est-ce que ces mesures sont suffisantes pour garantir aux tunisiens de parvenir à leurs besoins de première nécessité si la période de confinement s’allonge pour aller à plus d’un mois (et c’est plus probablement le cas) ?
Nous savons tous que l’économie informelle ou l’économie souterraine, représente en Tunisie près de 50% du PIB. Elle désigne toutes les activités de production qui ne sont pas déclarées auprès des organismes officiels et donc ne s’inscrivent pas dans une forme légale prévue par le code de travail.
Une enquête effectuée par l’INS montre que l’emploi informel représente 42% de l’emploi total. Ces emplois sont répartis essentiellement à des emplois en situation irrégulière (des clandestins) dans des entreprises non déclarées (clandestines), des emplois non déclarés dans des entreprises déclarées, des « auto-entrepreneurs » informels, le travail à domicile des femmes, et toutes activités non déclarées. Tous ces travailleurs se sont retrouvés sans revenus durant cette période de confinement, et dans l’obligation de payer leurs charges (facture, loyer, etc.)
Est-ce que l’Etat a réfléchi à ces tunisiens ? Les experts n’ont pas cessé de prévenir sur la gravité de la situation de ce secteur informelle pour l’économie tunisienne, rien que pour le manque à gagner pour l’Etat en termes de collecte d’impôt. Maintenant on est face à notre réalité amer !!
Peut-on compter sur la solidarité sociale pour empêcher une éventuelle crise sociale ?
L’Etat sera-t-il obligé de puiser dans les solutions faciles et procéder à des réductions des salaires dans la fonction publique ?
Mise à part le secteur informel, plusieurs employés dans le secteur privé peuvent se trouver sans revenue pendant les mois de confinement. Peut-on demander à des entreprises à verser les salaires pendant des mois, alors que l’activité est carrément arrêtée ?
Uniquement avec les mesures prises par le gouvernement afin de soutenir les entreprises, qui ont été fortement critiquées par les industriels et les chefs d’entreprises, on ne peut pas répondre à toutes ces questions.
L’Etat a priorisé la santé des tunisiens, mais malheureusement la décision d’arrêter complètement l’activité économique peut mener tôt ou tard à une explosion sociale.
On aurait pu réfléchir à d’autres solutions : préserver une activité des entreprises au moins à 50%, à moitié de l’effectif, ou à les encourager à choisir des séances de travail différées pour ne pas encombrer les moyens de transport en commun.

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