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Le sombre destin de la chemise hawaïenne

  • Le sombre destin de la chemise hawaïenne

La chemise hawaïenne n’a pas forcément toujours eu la meilleure des réputations mais elle a peu à peu convaincu le monde qu’elle peut être une grande alliée en matière de style estival.
Mais avant d’énoncer les règles pour porter une chemise hawaïenne sans être ridicule, intéressons-nous à son histoire assez controversée. Les historiens de la mode pensent que ce style de chemise est apparu entre les années 1920 et 1930 à Hawaï et deux personnes différentes prétendent l’avoir inventée. La première est le tailleur d’Honolulu Kichiro Miyamoto, qui a commencé à créer des chemises à partir du même tissu que celui utilisé dans les kimonos japonais traditionnels.
Dolores Miyamoto, l’épouse du tailleur, a déclaré à The Aloha Shirt qu’au début des années 1930, ils ont créé des chemises pour des célébrités comme l’acteur John Barrymore et c’était en 1935 qu’ils ont commencé à vendre les soi-disant chemises Aloha, qui étaient des chemises à manches courtes avec des tissus à motifs colorés, très similaires aux chemises hawaïennes d’aujourd’hui. Mais Miyamoto avait de la concurrence.
En avançant un peu dans le temps, la chemise hawaïenne a commencé à gagner en popularité et elle a explosé à Hollywood quand elle est tombée entre les mains d’acteurs comme Elvis Presley ou Montgomery Clift qui en portait une en 1953 dans le film From Here to Eternity, qui a remporté 13 nominations aux Oscars l’année suivante, y compris celle pour le meilleur costume. La chemise a fait son retour dans les années 1980 avec Al Pacino dans Scarface et Tom Selleck dans Magnum PI puis avec Brad Pitt dans Fight Club et Leonardo DiCaprio dans le Roméo et Juliette de Baz Luhrmann.
De nos jours, la chemise hawaïenne est en train de connaître un destin plus sombre avec un groupe d’extrême droite américaine qui se l’est appropriée. Des hommes armés jusqu’aux dents, le regard farouche et la main sur la gâchette, déambulant en chemise hawaïenne portée sur des pantalons militaires. Eux, ce sont les membres du mouvement Boogaloo, l’une des milices blanches extrémistes américaines qui manifestent lorsque, notamment, il est question d’interdire le port d’arme, pourtant autorisé par le 2e amendement de la Constitution des États-Unis. Sans doute fatigués des treillis, ils semblent avoir fait de ce vêtement exotique leur uniforme, au grand dam du grand public. Le gouvernement fédéral et l’aile gauche politique sont les deux autres ennemis du mouvement Boogaloo. Leur existence est légitime de même que leur action, tant qu’elle ne prône pas la violence et le racisme. Néanmoins, leur marginalité et leur isolationnisme ne font pas l’unanimité au sein de la société américaine et leur appropriation de la chemise hawaïenne, symbole de joie de vivre et de grandes évasions, fait bien évidemment grincer des dents.
Le terme Boogaloo, qui désigne un courant musical afro-cubain, est utilisé depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux en référence à une nouvelle guerre civile. Le mouvement, qui est peu organisé, rassemble des activistes anti-gouvernement et pro-armes à feu, des néo-nazis et des suprémacistes blancs.
Ce qui les rassemble, c’est leur haine de la police et des autorités et leur propension à porter des fusils d’assaut et des tenues militaires sur des chemises hawaïennes.

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