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OUED MEJERDA : Le principal fleuve de la Tunisie est empoisonné par l’industrie

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Alors que la Tunisie se trouve dans une situation de pénurie d’eau (suivant les critères de l’ONU, moins de 500 mètres cubes par habitant et par an),le seul fleuve du pays agonise . La Medjerda prend sa source en Algérie, mais c’est en Tunisie qu’elle parcourt la plus longue distance, 350 des 460 kilomètres de son cours. Elle représente lessentiel des rserves tunisiennes en eau d surface , irrigue 80.000 hectares de terres agricoles et contribue à approvisionner plus d’un tiers de la population en eau potable. Cette ressource est aujourd’hui menacée, sa qualité n’a cessé de baisser et, selon l’étude du ministère de l’Environnement datant de 2018, « 60.000 tonnes de polluants » atterrissent chaque année dans le fleuve. Si la grande majorité des rejets proviennent des eaux usées urbaines, ceux des sites industriels sont bien plus forts. Cela fait des années que les usines déversent ouvertement leurs déchets dans la Medjerda et ses affluents.

Alaa Marzouki dirige l’Observatoire tunisien de l’eau, un projet développé par l’association Nomad08. Il est écœuré par l’inertie des autorités tunisiennes, notamment sur la question des infrastructures. « Les stations d’épuration fonctionnent souvent au-delà de leurs capacités dans le pays. »

Ainsi, à Bou Salem, des analyses ont montré les niveaux les plus élevés de coliformes, d’après l’étude du ministère de l’Environnement, c’est ici aussi qu’a été enregistrée la concentration la plus forte en streptocoques. Ces deux bactéries, quand elles sont fécales, servent d’indicateurs pour la qualité de l’eau, plus elles sont nombreuses et plus cette dernière est médiocre. Alors que la station d’épuration locale devrait contribuer à protéger l’environnement, elle participe donc à la dégradation de la Medjerda.

Un autre type de menace pèse sur le fleuve : les eaux usées des ménages. Une partie des zones urbaines du bassin de la Medjerda ne disposent pas d’assainissement. C’est le cas à Tebourba par exemple.

Dès l’Antiquité, la Medjerda a permis le développement de l’agriculture. Dans les anciennes cités du bassin du fleuve, à Thibar, Vilta, Vaga ou encore Bulla Regia, les civilisation numides, puniques et romaines ont pu s’épanouir. « C’est l’une des régions les plus fertiles d’Afrique du nord. Elle produit du blé et je suis certain qu’elle fut l’un des greniers de Rome », s’enthousiasme Moheddine Chaouali, archéologue et inspecteur du patrimoine pour le nord-ouest tunisien. La transmission de ce bien commun aux générations futures est aujourd’hui menacée. Dans les montagnes et les plaines, la mémoire de ceux qui habitent ses rives rappelle une époque, pas si lointaine, où la nature était encore préservée.

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