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Notre pays  est-il à un moment de vérité ?!

  • Notre pays  est-il à un moment de vérité ?!

Par Dr  RejebHaji*
 

« S’il y a une chose qui distingue la Tunisie de beaucoup d’autres pays récemment venus à l’indépendance, c’est bien l’honnêteté et la propreté de ses gouvernants et de ses cadres. Les ministres ne s’y enrichissent pas. Ils ne font pas fortune en accédant au pouvoir. En quittant le gouvernement, ils ne sont pas plus riches que le jour où ils y sont entrés. »
                   Habib Bourguiba, Tunis, 2 Mars 1963.

 
  A notre désespoir, notre pays est sanctionné  par deux fois à l’échelle internationale. C’est au tour de l’Europe de nous inscrire sur la liste noire des pays des paradis fiscaux. Une mise à l’index longtemps mûrie qui vient deux mois après celle de l’OCDE.
La motion, déposée par les amis de la Tunisie,  n’a pas recueilli la majorité des 376 voies pour retirer notre pays de cette « liste des pays susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme. » Courtiser les élus européens par de  petits cadeaux est resté sans effet et n’a pas suffi pour  renverser la vapeur. Même s’il a manqué peu de voix, la lourde responsabilité incombe à nos dirigeants, peu réactifs aux semonces et inaudibles aux conseils des experts tunisiens. Comment imaginer avec ce camouflet sanglant, aux conséquences néfastes pour l’économie du pays encore chancelante et incapable de sortir du gouffre, réaliser un taux de croissance de 3% prévu dans le budget 2018?
Rien qu’une augmentation du  prix du baril, retenu comme hypothèse,pour l’élaboration de ce budget, à 54 dollars, augmentait  de 1 dinar sur le marché international, les conséquences seraient immédiates.Ce surcoût se traduirait par une augmentation de 121 milliards de dinars pour renflouer la compensation du secteur de l’énergie ?
Comment payer alors les dettes de l’Etat qui sont de l’ordre de 7972 milliards ?
Comment  s’en tenir au déficit prévu de 4,9% du PIB en 2018 ?
La fuite, en avant, a trop duré et la politique menée par des coalitions hétéroclites et hétérogènes, basée sur la clientèle, voire sur le cercle des amis, n’a pas été la voie du salut. L’expérience  de ministres sans référence, à part d’être des membres influents des partis du pouvoir, n’a pas donné les résultats escomptés et plonge le pays encore plus dans le gouffre dont les mandataires successifs n’ont pas été capable de mener la barque « Tunisie » à son rivage. La « spécificité tunisienne » est de se larmoyer « en déplorant une décision injuste, hâtive et unilatérale » mais reste sans effets sur des intérêts qui priment pour les européens.
Il est vrai que, selon leurs diagnostics, les réformes tardent à venir et ceux qui ont le gouvernail actuel ne savent plus comment le tenir, tellement la houle est forte et le tsunami est proche. L’image de la Tunisie déjà ternie par ses propres enfants qui parcourent les médias à la recherche de l’apparence et de la réalisation de leurs nouveaux rêves pourtant sanctionnés par des élections qui ont abouti à leurs rejets de la scène politique, ne reviennent pas à la raison.
Ils défendent bec et ongles de revenir à la conquête d’un pouvoir qu’ils ont abîmé, à travers leur règne. Continuer à ménager la chèvre et le chou est un calcul absurde. Il n’est plus de mise et les élections municipales qui pointent  n’auront pour résultats  qu’accélérer les divisions et les approfondir, déjà entamées par une commission qui se  considèreau- dessus des lois, créée évidemment pour les besoins de la cause.

Comment contrôler le financement de ces nouvelles élections, alors que la clôture des précédents comptes  n’a pas été soldée ?
Quelle garantie de probité et de responsabilité de ces vagues de nouveaux politiques soumis au dictât de  centaines de partis et d’associations, en réalité sans troupe ?
Comment rétablir la confiance et revenir à ce qui distinguait la Tunisie des autres pays, comme le déclarait plus haut Bourguiba, le 2 Mars 1963? 

Là encore,nous dira-t-on, c’est « une spécificité tunisienne ». Notre pays souffre et  s’habitue aux grèves et à l’absence d’un Etat fort et respectueux. Ce sont de nouvelles semonces et des bombes à retardement qui explosent tous les jours.       De nouveaux scandales apparaissent, impliquant de hauts responsables de l’Etat, sont révélés par des indiscrétions des journaux, mais sous couvert de présomption de culpabilité. La justice seule, peut les débusquer. A fouiner de plus près dans la presse, le résultat est sans détour, le lobbysme de l’argent est présent partout.
Les réformes nécessaires ne concernent pas, en fait, uniquement la fiscalité mais également, l’exemplarité dans la gouvernance de l’Etat dans tous ses échelons. Faut-il rappeler que nous sommes le seul pays au monde à avoir un ministre des grands projets, alors que ceux-là, décentralisés ne méritent qu’un suivi et un contrôle de ceux qui ont eu pour charge de conduire leurs études ? Au lieu de chercher le mal qui frappe notre pays et atteint sa souveraineté de plein fouet, un ministre conseiller estime « que chercher le coupable n’avançait à rien, l’essentiel [pour lui] étant de savoir comment sortir de la classification ». Quelle belle trouvaille ! Le devoir et  la raison impliquent,au contraire, qu’on cherche les coupables pour au moins les écarter de la responsabilité.
Il ne suffit pas de limoger le Gouverneur de la Banque Centrale pour les besoins de la cause, un bouc émissaire en quelque sorte, mais il faut également mettre hors d’état de nuire, tous  ceux qui s’occupaient du dossier et à tous les niveaux. Nous avons eu, hélas !, l’exemple que nous avons dénoncé à temps, de conseillers qui paraphrasaient des dossiers pour les soumettre à la Banque Mondiale qui n’a pas été dupe, en ces temps, et les a rejetés ! Le pays regorge de compétences et il ne faut pas chercher des binationaux pour le diriger. Ces derniers, il faut le rappeler, sont interdits d’accession  aux hautes responsabilités en Algérie. Notre pays est, aujourd’hui, à un moment de vérité.
Des organisations internationales n’arrêtent pas de nous tacler,  à tout bout de champs, parce que nous prêtons le flanc par la non-réactivité de la gouvernance et le manquement à ses engagements. Nous avons rejoint  la « Liste noire » ou encore « Black List » celle des pays qui présentent « des déficiences stratégiques » établies par le Groupe d’Action Financière (GAFI).L’urgence d’une remise en ordre financière de l’économie tunisienne pour trouver le chemin de la croissance est devenue une nécessité voire une évidence. Elle doit être accompagnée d’une lutte contre l’inflation à travers une réduction du financement monétaire, devenue l’une des plaies actuelles de notre économie. Sans oublier l’économie parallèle à laquelle il faut chercher une limitation saine et efficace, afin de limiter ses dégâts.
Croissance et endettement, sont en liaisons dangereuses puisque corrélées et en équilibre instable. Tout gouvernement doit les maîtriser dans le court et le long terme. La solution pour  sauver le pays est encore entre les mains de ces nouveaux responsables qui sont comptables de l’échec et de la réussite de leur feuille de route, encore floue et ombrageuse. Pourtant ils avaient eu le temps, au fil des mois, d’affiner et de préciser leurs objectifs. Plus la descente en enfer de nos comptes perdure, plus il est difficile de répondre aux exigences du GAFI.
Il faut s’en sortir au plus vite, en répondant positivement, avant fin janvier 2019, car le pays  et ses entreprises vont  évidemment payer un lourd tribut. Pourtant  une occasion nous est offerte, celle de passer au peigne fin le financement des listes présentées  aux élections municipales et de réhabiliter la veille et le suivi des instances institutionnelles.  Ce serait alors un signal fort de redressement et de renouveau pour une plus large coopération dans un langage de sérénité et de vérité.
R.H.
 
 

*Dr d’Etat en économie, Dr en statistique, Diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris, Diplômé de l’Institut de Défense Nationale (4ième promotion), chef de cabinet dans plusieurs ministères…

 
 
 

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