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Je vote, donc j’existe

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Je vote, donc j’existe

Par Hajer ZARROUK

 

Il y’a trois ans, les tunisiennes, toutes catégories confondues, ont été nombreuses à participer aux élections de l’Assemblée Constituante. Pour la majorité des femmes, la raison de cette mobilisation massive était la même. Il ne fallait pas en effet rater cet événement inédit : participer aux premières élections démocratiques depuis l’avènement de l’indépendance.

Après l’euphorie du vote, la déception a progressivement pris la place de l’espérance. Déception quant aux résultats des élections et déception de ne pas voir les changements tant attendus. Cet état des lieux a découragé une grande partie des tunisiennes qui se sont jurées de ne plus jamais voter.

Pourtant, dans l’histoire, l’abstention de vote a toujours eu des conséquences catastrophiques sur l’avenir d’un pays : lors des législatives allemandes de 1933, le taux d’abstention était tellement fort (environ 34%) que c’est le National-Socialisme qui a remporté les élections. On connait la suite. Plus tard, en 2002, le Front National accède au premier tour des élections présidentielles françaises. Le choc était immense, surtout que le taux d’abstention était le plus élevé depuis des années. Les français se sont ainsi précipités pour accomplir leur geste citoyen et contrecarrer la montée de l’extrême-droite.

Aussi, à chaque élection nationale, c’est l’avenir du pays et de la femme tunisienne, en particulier, qui est en jeu. S’abstenir de voter dans une société conservatrice comme la société tunisienne, dépourvue d’expériences démocratiques et encline à basculer dans les extrêmes se révèle être une décision inconsciente, voire dangereuse. L’on ne s’étonnera pas alors de voir les partis religieux sortir vainqueurs des prochaines élections.

Si le refus de participer aux élections émane d’une volonté de montrer son mécontentement et de sanctionner une politique tunisienne jugée incompétente, ce positionnement « original » peut s’avérer être fatal pour le statut de la femme dans notre pays. Et pour cause, l’abstentionnisme est contagieux et se transmet rapidement : il suffit de déclarer son intention de ne pas voter pour que le reste suit, notamment chez la population féminine qui, de par sa passivité et son traditionalisme, se désintéresse de la politique (perçue comme une fonction masculine) et trouve plus important de vaquer à ses occupations quotidiennes (travailler et s’occuper du foyer).

En conséquence, le bouche à oreille fait augmenter insidieusement le nombre d’abstentionnistes femmes et le jour où nous réaliserons l’ampleur de notre erreur, il sera trop tard.

S’abstenir de voter n’est jamais une solution. Bien au contraire, c’est la pratique citoyenne qui sanctionne les acteurs politiques et qui les pousse à prendre en considération les revendications du peuple. Je vote, donc j’existe, telle est la devise de chaque tunisienne consciente de sa citoyenneté et de son rôle moral et social. Je finis cet article par cette citation du poète et dramaturge allemand, Bertolt Brecht :

« Le pire des analphabètes, c’est l’analphabète politique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne participe pas aux événements politiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix de haricots et du poisson, le prix de la farine, le loyer, le prix des souliers et des médicaments dépendent des décisions politiques. L’analphabète politique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poitrine pour dire qu’il déteste la politique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la prostituée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu, qui lèche les pieds des entreprises nationales et multinationales. »

 

 

 

 

 

 

 

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