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Quand un amour charnel vire vers l’obsession  

  • Quand un amour charnel vire vers l’obsession  

 

C’était probablement son premier amour. Sept ans d’une vie commune, relation absurde rythmée par les violences et les condamnations. Aujourd’hui, il semble être le temps de la prise de conscience. Ceci est le témoignage d’une femme qui a été longtemps battue. Elle nous raconte son calvaire au quotidien:

Ils ont grandi ensemble, dans la même rue. Il avait quatre ans de plus qu’elle.

Jeunes, Lilia et Meher (prénoms d’emprunt) ont vite été confrontés au pire pour des adolescents ; la fuite précoce du père pour elle, le décès prématuré de la mère pour lui.  »  j’avais à peine 16 ans, lui 20 » raconte Lilia.  » On avait des amis en commun. On sortait en groupe mais sans pour autant qu’il y est quelques choses.

Un soir, il m’a proposé de sortir en boîte. Et c’est là que tout a commencé. Les premiers sentiments, le premier amour, celui qui déflagre tout sur son passage. Elle ajoute :  » Je ne sais pour quelle raison, j’ai séché les cours, lui pareil, il n’allait plus au travail. Impossible de se quitter. On était dans notre sphère de tourtereaux. C’était sublime, d’une tendresse inouïe. L’homme de ma vie quoi « .

Et puisque les belles choses ne durent jamais,  quelques mois plus tard, les premiers nimbus surplombent leur beau ciel bleuté et viennent s’installer sous forme d’élans de jalousie.  » Je ne voyais plus trop mes copines, j’ai arrêté le basket, la chose qui me tenait à cœur « .

La « bulle » se rigidifiait de jour en jour.  » Il avait toujours cette obsession que j’allais l’abandonner je ne sais pour quelle raison. On se voyait souvent chez lui ou chez moi, on discutait beaucoup, de tout et de rien. Moi j’entamais à peine ma jeunesse, je voulais découvrir mes limites, lui, cherchait de l’affection qu’il a perdu suite à la mort de sa maman.

Après les vendanges, le couple part en vacances :  » Là, il y a eu des pétage de plomb, des téléphones cassés, il avait fait son sac pour partir du camping, je hurlais pour le retenir (…) Ma mère m’a mis en garde, elle avait peur pour moi, et je l’ai quitté.  »

« J’étais folle amoureuse »

Après cet événement, ce sont les appels téléphoniques répétés et souvent menaçants de Meher qui ont remplacé les coups de téléphone de minuit. Une soirée entre amis nous remettait dans la même pièce.  » Il m’a sauté dessus ; ses copains l’ont attrapé en nous séparant.

Je me suis débattue en criant « mais qu’est-ce que tu fais ? »

Je n’en pouvais plus. Je voulais porter plainte coûte que coûte. Le commissariat était à 500 mètres, j’y suis directement allée, il m’a suivi. Il m’a jetée au sol et frappée. Je n’ai pas compris ce qui se passait, je me sentais tellement mal,.. je suis partie, il me suivait en me disant : « Je suis désolé, je n’aurais jamais dû faire ça ». Je pleurais, j’étais choquée. Il n’était plus lui-même, ce n’est pas l’homme que j’ai tant aimé. »

Une plainte est déposée :  » au fond de moi, je n’avais pas envie de porter plainte contre lui, j’étais encore follement amoureuse de lui « .

Lilia et Meher se retrouvent une fois de plus face à face mais cette fois ci au tribunal. Un délit, une condamnation et puis une punition. Sursis pour Meher.  » J’étais folle amoureuse, je culpabilisais sans arrêt. Loin de lui, je devenais folle, j’avais besoin de ses bras pour me réconforter, je me rendais chez lui la nuit. C’est fou ce truc  cette passion accablante, étouffante dont on ne contrôle plus les ficelles. A la maison,  je mentais à tout le monde. »

L’engrenage du « je te frappe-je m’excuse-je t’aime » s’installe et revient au galop chaque deux semaines. Coups-plainte-condamnation, encore et encore. Nouvelle audience : huit mois de prison pour Meher.  » C’était un soulagement. J’avais peur mais j’avais besoin de lui « , se souvient-elle. On insiste : pourquoi revenir dans les bras de son bourreau ? Elle répond avec un regard vague, sinistré :  » Je ne saurais vous dire. Il était pour moi le plus beau, celui qui me faisait rire. J’avais toujours cette espérance qu’il changera un jour. »

Lilia, plus sereine, a repris le chemin du lycée. Mais Meher, sorti de détention, revient à son entourage et via les réseaux sociaux, en toute sincérité, il l’affirme :  » J’ai changé. » Deux mois plus tard, lors d’une fête entre copains, Meher s’en prend en public à Lilia qui était dans les parages.   » Il m’a défoncée devant tout le monde et il a déplacé la clavicule d’un pote qui s’interposait. J’ai fini enfermée dans les toilettes.  Retour en enfer.  Je ne pleurais pas, je ne me confiais à personne… J’ai laissé tomber certains amis. Le week-end, je restais cloitrée chez moi pour éviter le regard des autres. Je m’enfermais sur moi-même mais il était là, dans ma tête. » Appels menaçants et violences rythmaient cette relation toxique. »

« Combien de fois j’ai entendu : T’es morte  ? Ma manière de lui faire du mal c’était de lui rendre la monnaie de sa pièce, c’était de le quitter à chaque fois. Il pleurait, menaçait de se suicider. Mais à chaque fois, j’y retournais. Nous avions malgré tout cela de bons moments, apaisés. Mais quand on se disputait, il n’y avait aucune limite. » À la veille d’une nouvelle condamnation (assortie comme souvent d’une obligation de soins pour l’alcool et une interdiction de contact avec Lilia), Meher passa la nuit avec Lilia. C’était un 13 février, veille de Saint-Valentin.  » On l’a dit à l’audience, le juge a vu à quel point notre relation était malsaine.  » Lilia a finit par s’user :  » À un certain moment, mes parents n’en pouvaient plus de moi, je ne ressentais rien de bien ou mal. Je n’avais plus d’humeur puis, à force d’avoir des crises de panique. J’avais peur de ne plus pouvoir me contrôler, je rêvais de ma mort. »

« Peur d’être toute seule »

Les années passèrent rapidement, celles, dit Lilia, « d’une adolescence gâchée ». En janvier dernier, la jeune femme qui a vécu cela nous avoue  » Ça fait sept ans qu’on ne doit plus s’approcher « , sourit celle qui concède « avoir peur d’être toute seule ». Mais durant l’été dernier, une énième épisode de violences a nécessité l’intervention de la police. Pour la première fois,  Lilia est frappée au visage. Deux jours plus tard, Meher, condamné, retourne derrière les barreaux. Le temps de la prise de conscience :  » Aujourd’hui, je n’ai plus confiance en moi.  J’ai réalisé que j’avais tout essayé. Il profitait de moi, on se faisait simultanément du mal.

J’ai fini par pouvoir me dire : Tu es victime de violences conjugales. De voir mon visage dans la glace, ça me faisait penser aux affiches qu’on voyait un peu partout sur les femmes battues.  » Le lendemain des dernières violences subies, je marchais dans la rue en cachant mon visage et j’ai croisé une femme âgée qui a eu de la peine pour moi, elle me dit :  » C’est ton mari ? J’ai vécu la même chose« . Ça m’a mis les larmes aux yeux. » Deux jours plus tard, après une dernière audience, j’ai décidé de dire stop à tout cela. Voilà… Aujourd’hui, je veux vivre ma vie. Je suis sûre que le meilleur reste à venir.  »

F.M

 

 

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