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Ce qu’un Premier Ministre « ne devrait pas dire… »

  • Ce qu’un Premier Ministre  « ne devrait pas dire… »

 

    Dr RejebHaji

 

« C’est à la stabilité de la monnaie que se mesurent la force d’un pays, sa prospérité  et son aptitude à gérer son économie… La monnaie témoigne du progrès et de la prospérité du peuple.»                            Habib Bourguiba      Tunis, le 3 novembre 1958

 

L’exemple nous vient toujours d’ailleurs ! Le Premier ministre français vient de réunir ses ministres pour un cinquième séminaire, depuis sa nomination. Il est organisé hors  Matignon, dans la prestigieuse école de cuisine Ferrandi (VIe), «un grand lieu de formation professionnelle et d’apprentissage », a rappelé le Premier Ministre. Il s’agit de « dessiner le programme des prochains mois en maintenant la pression ». Quel bel exemple de se réunir pour évaluer le chemin parcouru et prévoir les projets à venir.

Quant à nous, notre Premier ministre réunit la presse pour régler ses comptes et nous dire que « tout va bien Madame la marquise », sachant  que tous les clignotants économiques sont au rouge. Dans tous les pays du monde, l’appel est à la rigueur et à l’effort, à consentir par tous ; nous avons un échantillon de ce qu’un Premier Ministre « ne devrait pas dire… ».

Notre révolution n’a-t-elle pas recommandé de construire une nouvelle république exemplaire ?

Comment alors expliquer ces dérapages incessants dans la parole et dans les actes?

Comment expliquer les couacs du politique qui se multiplient ?

Comment justifier certaines prises de position incongrues ?

Cette démarche n’est-elle pas en parfaite contradiction avec les prérogatives pour lesquelles les gouvernants ont été désignés ?

Même si des remontrances  peuvent parfois être justifiées, la situation économique du pays permet-elle de se répandre en invectives ? Au contraire, elle interpelle à donner l’exemple, en se comportant avec  plus de transparence et plus d’humilité.Une question de bon sens qu’un citoyen lambda peut se poser aujourd’hui : où allons-nous avec ces attitudes inadmissibles ? Ce  cri d’alarme se fait de plus en plus jour. Le moral du citoyen est en berne. Il ne sait plus où donner de la tête. Il est accablé par la perte du pouvoir d’achat, l’augmentation des prix, la chute du dinar, le spectacle peu rassurant de la nomination de commissions d’enquêtes, même au Parlement… Ces ministres cumulards de responsabilités, celles de leur parti et celles du gouvernement, sont souvent soit aux abonnés absents au poste de commandement, soit sur les plateaux des médias inondant les ondes de déclarations intempestives et souvent contradictoires.

Le Premier Ministre lui-même, au cours de sa dernière intervention, n’est pas apparu dans les médias pour convaincre, calmer les esprits, colmater les brèches de son équipe et enfin insuffler du courage. Faut-il conclure qu’il n’a plus rien à nous dire  que défendre sa peau?

Aucune feuille de route, ni aucun phare pour éclairer les ténèbres, ces gouvernants,nouveaux venus, demeurent invisibles et inaudibles alors qu’ils devraient être en première ligne pour défendre aujourd’hui, CarthageI devenu Carthage Il…sans aucune explication ni raison. Comme c’est devenu de coutume, le pays est-il gouverné d’ailleurs ?On laisse le champ libre aux politicards qui tiennent toujours la corde des médias. Ces derniers par leur  suffisance et leur populisme, ont échoué  à rendre l’âme au pays. Au lieu d’aller au fond des choses, par leurs attitudes souvent inconvenantes, ils ont poussé le citoyen à se réfugier dans l’abstention et par suite à l’indifférence par rapport à la chose publique. Les dernières élections municipales en sont une preuve, pour ceux qui doutent encore de l’utilité des partis. Ces derniers ont été réduits à leur plus simple expression, c’est-à-dire à leurs militants et par suite ne représentent plus grand monde.

 

Comment sortir de ce marasme économique et politique ? Quels projets d’avenir permettront de réduire le chômage et d’arrêter la spirale de l’inflation ? Pour preuve, le recours aux institutions financières internationales pour sortir du goulot d’étranglement. A ce sujet les promesses et l’ampleur des engagements demeurent, comme à l’accoutumée, dans les dossiers de secret d’Etat. « On ne nous dit pas tout !». Mais tout laisse à croire que ces institutions réactualisent leurs anciennes exigences qui ont eu pour résultat de mettre le pays à genoux. Un nouveau plan d’ajustement structurel qui ne dit pas son nom est en train d’être concocté.

Le refrain libéral est toujours aussi exigeant. Une simple actualisation des demandes antérieures se fait jour. Qu’on se souvienne : adapter l’économie aux nouvelles contraintes par une rationalisation de l’investissement aboutirait à un réexamen des projets, en cours de réalisation, et à reporter les grands projets faute de financement ; une révision de la politique des prix, aboutirait à une libéralisation anarchique; une maitrise de la consommation et des dépenses publiques,  viseraient à ajuster les produits de la caisse générale de compensation de façon à diminuer aussi bien son déficit que sa couverture ; une augmentation des tarifs de transport, de l’électricité,  des prix du carburant…chercheraient des recettes additionnelles. Mais également il faut s’attendre à des coupes sombres dans le social ; un rôle prédéterminé pour l’Administration, consisterait à réprimer les abus lorsqu’il y a entrave au libre jeu de la concurrence.

Bref toute une panoplie de mesures pour ralentir les effets d’une politique dont les contours demeurent flous, voire même désastreux. Cela a toujours été le canevas des recommandations du FMI.L’exemple nous vient de la Jordanie, ces derniers temps. Il suffit de parcourir les conditions drastiques qui lui ont été imposées.Toujours la même recette : élargir les impôts sur les revenus aux salaires les plus modestes, et augmenter les prix du carburant et de l’électricité.

Pour contrer ce projet, une série de protestations populaires quotidiennes dans le Royaume,  a fini par la démission du Premier ministre. En contrepartie d’une dette approuvée par le FMI, le royaume s’est engagé à mettre en place des réformes structurelles, comme réduire progressivement sa dette à 77% du PIB à l’horizon  2021. Le langage des bailleurs de fondsest toujours le même. Après une réunion avec les experts,il faut s’attendre à ce que ses recommandations soient dictéesaprès une dose de satisfaction : «  Les autorités et l’équipe du FMI ont accompli des progrès significatifs dans les discussions autour des mesures nécessaires…. »

Ces recommandations concernent toujours la diminution du volume des salaires de la fonction publique, une augmentation des impôts avec son élargissement, à partir d’un minimum. Les entreprises n’échappent pas à ce dictat.

Comment l’Etat va-t-il garder son indépendance et ne pas se plier à ces exigences renouvelées ?

Quels nouveaux marqueurs pour cette nouvelle étape ?

Il s’agit d’en finir avec ces consultants qui ont libre accès à tout. De quel droit consultent-ils la société civile ? Auprès de quelles sociétés prennent-ils attachent ? Il faut en finir également avec les querelles de famille, les luttes de clans, la recherche de la prééminence des partis… Il faut redonner de l’espoir aux citoyens dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale. Un appel pressant au Président de la République pour qu’il remette les pendules à l’heure ! Il est le seul chef d’orchestre encore capable de remettre de l’harmonie et d’en finir avec les fuites et les bobards. Il est le seul auquel le peuple fait encore confiance. Le feu prend de toute part, il peut l’éteindre. Nul n’est indispensable, lorsque l’avenir du pays est en jeu. C’est le moment où jamais où Le Président « parlerait beaucoup plus à l’esprit qu’au sentiment » et dirait comme Bourguiba : « L’esprit avant le cœur ».

  H.R.

*Dr d’Etat en économie, Dr en statistique, Diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris, Diplômé de l’Institut de Défense Nationale (4ième promotion), Chef de cabinet de Mohamed Sayah, Premier maire de Melloulèche …

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